Enfant du village du Morne, Virginia Botte est en troisième année en Psychology & Counselling skills à l’université. Partie de rien, la jeune femme s’était mis en tête qu’il lui fallait avancer pour sortir de la misère. Elle s’est finalement donné les moyens de rêver grand.
Habitant la cité au village du Morne, elle s’est mis en tête de déroger à la règle de la localité où les métiers se transmettent de générations en générations. “Il n’y a pas encore un enfant du village qui soit devenu avocat ou médecin. Personne n’habite une belle maison ni ne roule dans une voiture de luxe. Il n’y a que des pêcheurs, artisans, employées de maison ou employés d’hôtels. Il n’y a que deux enseignants qui soient des enfants du village”, se désole-t-elle. Elle souhaite aller plus loin et faire comprendre aux autres de sa région qu’il est possible de sortir du moule dans lequel ils semblent être conditionnés et que l’éducation est la clé de tout. Elle a ainsi tout le temps aimé les études pour avoir un bon travail et faire la fierté de ses parents.
Étudiante en troisième année dans la filière Psychology & Counselling skills à la Middlesex University à Bonne Terre, Virginia Botte espère aller le plus loin possible dans le domaine qu’elle a choisi, “pour étudier l’homme et son comportement afin de l’aider et lui donner une certaine motivation”. Une motivation qu’elle ne sent pas vraiment dans la localité où elle habite. “Je veux avoir les aptitudes et les connaissances nécessaires pour savoir quoi faire et comment.” Mais cela va dépendre grandement de ses moyens financiers. “Je veux faire mon Masters et le Doctorat, si c’est possible, en travaillant pour financer mes études.” Pour avoir la possibilité de suivre ces cours elle a dû galérer avant que deux bienfaiteurs entendent son appel.
C’est un peu grâce à la chance qu’elle a pu commencer ses études. À la recherche d’une bourse auprès des instances gouvernementales, elle a découvert qu’elle n’était pas éligible à une forme d’aide, eu égard à sa situation familiale. On lui a aussi fait comprendre que l’Université qu’elle avait choisie était trop chère pour qu’elle bénéficie d’un soutien. Mais elle n’a pas voulu aller ailleurs, son choix étant basé sur l’environnement et l’univers moins compétitif de la Middlesex University par rapport à l’Université de Maurice. Mis au courant de ses démarches, le professeur Sing Fat, un Mauricien qui travaille à Singapour et un prêtre, membre d’une association, ont accepté de financer ses trois premières années d’études. Le soutien n’est pas que financier, les deux donateurs suivent son parcours et l’encouragent. Pleine de reconnaissance, la jeune fille se donne à fond dans ce qu’elle fait et espère pouvoir payer elle-même pour la suite de son parcours en travaillant à temps partiel. Affichant une détermination à toute épreuve, elle déclare qu’elle va se donner les moyens pour décrocher son Doctorat. Sa devise : “A quoi ça sert de commencer quelque chose si ce n’est pas pour le finir ?”
Si pour certains la vie est un long fleuve tranquille, tel n’a pas été le cas pour Virginia Botte. Mais les embûches qu’elle a rencontrées sur sa route ne l’ont pas empêchée d’avancer. Alors que d’autres auraient sans doute baissé les bras, elle a choisi de faire face aux difficultés. Chaque épreuve a ainsi été vécue comme une expérience. Cela a forgé son caractère et fait d’elle la jeune fille pleine d’ambitions et de détermination qu’elle est aujourd’hui et qui a des projets plein la tête. Parmi : être une femme indépendante financièrement, avoir un bon emploi et un salaire convenable pour mener une vie décente. “J’habite chez mes parents mais ce n’est pas ma maison. Je veux avoir mon chez-moi, me consacrer à ma carrière professionnelle et me stabiliser avant d’envisager de me marier. Je ne souhaite pas dépendre de celui qui sera mon conjoint”, dit-elle candidement.
C’est en visionnant les séries brésiliennes et mexicaines que son rêve de réussir sa vie est né. Elle prenait beaucoup de plaisir à regarder les actrices dans leurs jolies tenues et leurs belles maisons. Virginia Botte s’est alors dit qu’elle voudrait être comme elles. Pour l’enfant qu’elle était à l’époque, cela semblait être un rêve qu’elle ne pourrait jamais concrétiser. Cependant, arrivée au collège, elle a croisé sur son chemin Marjorie Desveaux, alors enseignante au collège St Esprit Case Noyale. À travers elle, la jeune fille a compris que l’éducation peut contribuer à faire réaliser ses rêves et projets. Pour cela il suffit de bien s’appliquer et avoir de l’ambition. “Elle m’a indiqué la voie à suivre pour atteindre mes objectifs.” Cette rencontre a ainsi été salutaire pour Virginia Botte car en l’absence d’un véritable soutien familial dans l’orientation à prendre dans ses études, son enseignante à su la canaliser et lui faire jouer sur les compétences qu’elle avait déjà.
Aujourd’hui, Virginia Botte veut être un modèle pour les jeunes de son village. Elle veut leur faire comprendre qu’en se donnant à fond dans ses études d’autres voies sont possibles. Mais cela a un prix : “Il faut savoir faire des sacrifices et être disciplinée. C’est important pour réussir.” Faisant une introspection de son parcours, elle dit ne rien regretter et elle se voit comme une personne résolument placée sur la voie de la réussite. Volontaire avec l’ONG Lead, elle conclut qu’elle a l’occasion de mettre un peu en pratique ce qu’elle a appris dans ses cours et qu’elle se sent bien dans ce qu’elle fait car sa mission rejoint celle de l’organisation : amener les gens à se développer là où ils sont et les empower.