Virginie Gaspard chantera dans la pièce Niama, de Shenaz Patel, qui sera jouée les 30 et 31 janvier à Caudan Arts Centre. Sélective dans ses projets, la chanteuse envisage un album reggae roots et s’y prépare à travers des textes qu’elle espère profond et une musique sans fioriture. Sortie de sous les projecteurs de The Voice et de Vibe Moris elle s’est retranchée auprès des siens à Kewal Nagar. Même si ses conditions de vie y sont modestes elle n’abandonne ni ses ambitions ni ses rêves. Pas pressée pour un succès éphémère et rapide elle prend son temps afin que l’éclosion soit éblouissante.

Dobi de klas la célèbre chanson de Jean-Claude Gaspard conviendrait parfaitement à Virginie Gaspard. A Belle Rive, il lui arrive encore, à certaines occasions, de prendre son attirail de lavandière pour aller faire sa lessive à la rivière. Quand ça lui prend c’est en famille qu’elle se rend vers ce beau cours d’eau loin de sa maison à Kewal Nagar. Le linge lavé sur la roche et rincé à l’eau claire est ensuite mis à sécher sur les berges. Prétexte idéal pour ses trois enfants, son compagnon et elle-même de pique niquer. Au programme aussi une partie de pêche aux tilapias ou à la carpe si la chance est de leur côté. “Les vers de terre ce sont pour les tilapias, le pain pour les carpes”, explique-t-elle. Depuis sept ans qu’elle a rejoint Joël dans son village ce dernier l’a initiée à la pêche qui est, du coup, devenue une de ses nouvelles passions. Le linge séché, le pique nique rangé, la famille rentre à la maison à quelques mètres du mémorial dédié à SSR. La meilleure façon de terminer une telle journée est autour d’un “satini tilapia frir ar zonion ek inpe vineg”, préparé des mains expertes de Joël qui sait que Virginie en raffole quand il ne rajoute pas de pomme d’amour à son fameux satini.

Family portrait.

Loin des feux de la scène, des caméras de The Voice, de Vibe Moris, des yeux des téléspectateurs internationaux et locaux et des clameurs des spectateurs Virginie Gaspard reprend son rôle de mère et de femme au foyer. Pas pour se la couler douce, loin de là. “Chaque matin je me réveille à 5h. Je prépare les affaires de mon compagnon pour qu’il aille travailler et celles de mes enfants pour qu’ils se rendent à l’école.” Une attention particulière pour chacun de ces derniers. Kendra, l’aînée fréquente un collège à Beau-Bassin, Kellan est en primaire et la petite Kenzell est dans une école maternelle située non loin de la maison. “Je veille à ce qu’aucun n’aille jamais à l’école seul. Le transport est organisé ou je vais les déposer. Mais par précaution je ne veux pas qu’ils se retrouvent laissés à eux-mêmes.”

A sa première apparition dans l’émission française The Voice elle avait fait tourner les têtes et les fauteuils des quatre coachs à travers sa reprise de Family portrait de Pink. Accrochées au mur de son salon, plusieurs photos offrent un  beau portrait de la place que sa famille occupe dans sa vie et dans son cœur. Si d’aucuns se demandent pourquoi elle était retournée dans la discrétion alors qu’elle surfait sur la vague du succès en tant que chanteuse et présentatrice (Vibe Moris 2) la réponse se trouve ici. La soudaine notoriété avait un peu chamboulé l’ordre des choses dans la maison. Joël, sa sœur et d’autres proches l’avaient aidée avec ses tâches et les enfants. Mais, au-delà des concours et des plateaux une priorité demeurait ; les examens de PSAC auxquels devaient prendre part sa fille. “Quand nous nous sommes rapprochés de cette étape j’ai préféré prendre du recul dans ma carrière pour lui consacrer du temps et l’aider à se préparer.”

Les projecteurs, les flashs, les acclamations, les compliments lancés dans la rue et à travers le monde, tout cela elle les a vécus intensément. Mais rien de comparable, dit-elle, avec ce qu’elle avait ressenti quand elle avait accouché à 18 ans. “Ca m’avait procurée une joie intense que de venir mère. Ca a été la plus belle des expériences.” Même si les conditions dans lesquelles elle vivait étaient loin d’être optimales l’ancienne gamine turbulente se découvrait une nouvelle joie de vivre. L’arrivée des deux autres enfants ne pouvaient que la stabiliser davantage dans ce même bonheur.

Le choix du bonheur.

L’ex-pensionnaire du Rehabilitation Youth Centre s’était aussi éveillée à ses responsabilités de mère. De là, les objectifs avaient été définis dans sa tête.  “Je veux qu’ils soient heureux. Peu importe les choix de carrière qu’ils feront j’espère qu’ils réussiront et qu’ils seront stables mentalement et financièrement.” D’où la vigilance autour des études. Et un principe fondamental : “Pas de téléphone portable ou autre interférence technologique.” Ici, pour s’occuper il y a les raquettes de badminton, les moments passés ensembles, les histoires racontées en famille et bien d’autres choses.  “Ca me ramène à l’époque de mon enfance, et je préfère que les choses soient ainsi pour mes enfants. Cela ne les dérange pas. Nous passons beaucoup de bons moments ensembles.”

9h vient de passer. Elle peut enfin souffler avant de se consacrer aux autres tâches qui occuperont sa journée. Pieds nus, assise dans un des fauteuils bricolés avec du bois brut et des feuilles de ravenalas Virginie Gaspard a le regard franc et les phrases claires. Les conditions de vie modestes de la famille ne freinent ni les rêves ni le bonheur. Peu importe, elle a appris à assumer pleinement ce qu’elle est. Ce qui la met à l’aise dans toutes les situations.

Fer in bon kari.

Lors d’une des étapes de The Voice au milieu de ces talents confirmés et de ces candidats qui venaient de grandes écoles de chants “à un moment je me suis sentie inférieure. J’en avais parlé à la mère d’un participant qui m’a rappelée que peu importe d’où je venais et qui j’étais, nous étions tous sur le même pied d’égalité ici.” Une anecdote qui résume un peu sa philosophie. Virginie Gaspard ne bénéficie peut-être pas des mêmes opportunités, mais elle est consciente d’avoir aussi le potentiel d’avancer et choisit de se donner les moyens et de faire les choses bien. Il y aura définitivement une suite à sa carrière de chanteuse mais elle ne  cherche la facilité et n’est pas pressée d’enchaîner les projets. “Je ne veux pas m’engager dans plusieurs choses. Je veux faire un projet à la fois et prendre mon temps d’apprécier chaque étape.”

Dans ces choix elle est encadrée et conseillée par Dominique Raya qui l’a prise en main.  “Ce que je veux c’est de faire du gros reggae.” Un travail a déjà commencé avec l’orchestre The Gentlemen. “J’ai envie d’écrire des textes qui racontent mon vécu. Je prends mon temps, je fais mes affaires à ma façon pour arriver à quelque chose qui me ressemblera”, explique-t-elle avant d’ajouter : “Banla dir kan ou fer in bon kari ou bizin les li kwi lontan !”

Sept ans depuis qu’elle vit dans ce village elle y a trouvé ses repères même si l’adaptation a été un peu ardue pour cette originaire de la Résidence La Cure. “Avant j’étais entourée de toute la famille et il y avait du mouvement. Dans un premier temps je faisais le va-et-vient entre ici et Port-Louis. Puis j’ai fini par me plaire. J’aime le calme, le voisinage est paisible. C’est un bon endroit pour grandir les enfants.”

Poésie.

C’est ici que Joël lui a appris quelques notes de guitare. Une fois qu’il l’avait laissée pour une vingtaine de minutes elle avait trouvé quatre accords sur lesquels elle avait improvisé un texte. “Puisque c’est Joël qui m’apprenait à jouer à la guitare je lui avais dédié cette chanson.” Mo lideal, cette belle ballade romantique à la poésie sincère et profonde, elle l’avait présentée lors d’un des derniers grands concerts de Désiré François. “Je n’ai jamais appris à écrire les chansons bien que j’ai toujours aimé les chansons à texte que ce soit du rap, du rock, du reggae ou autres.” Virginie Gaspard sera dans son élément les 30 et 31 janvier quand elle chantera la poésie composée par Michel Ducasse pour la pièce Niama de Shenaz Patel qui sera jouée au Caudan Arts Centre. Un texte que la chanteuse trouve profond et qui lui parle. L’année dernière, elle l’avait présentée à La Réunion.

Un autre pays qu’elle a ainsi découvert à travers la musique. Elle n’avait jamais imaginé que son destin prendrait cette tournure. Après une période trouble son ciel s’était éclairci et les opportunités s’étaient succédées sur son parcours. Bien des changements sont intervenus dans sa vie depuis. “J’ai surtout compris que le monde de la musique n’était pas le pays des Bisounours. J’ai compris que c’est un domaine où les choses peuvent être très dures et où il faut faire attention.”

Walk with the talk.

Il y a aussi cette joie ressentie quand elle prend conscience qu’elle fait enfin la fierté des siens et de ses enfants. Dans la rue, elle a aussi appris à vivre avec la notoriété. Régulièrement reconnue est abordée, elle retourne les signes de politesse qui lui sont lancées tout en parvenant à garder la même humilité. “Je n’oublie jamais d’où je viens et qui je suis à l’origine. Le succès peut être éphémère. Tout cela peut s’arrêter soudainement. Le public qui te porte peut te faire dégringoler à tout moment. Autant rester ce que je suis. Et puis il y  Joël et surtout ma sœur qui sauront me faire garder les pieds sur terre si un jour je m’égare et que je prends la grosse tête.” On la croit sans peine lorsqu’elle ajoute : “Mo pa kon fer samblan. Mo pa ti pou kapv endos sa rol star la lontan !”

Des feuilles, des bouts de bois, des roches ont été montés et installés pour constituer le décor du salon de leur maison. Dehors, le mauvais temps apporte de la pluie et un peu d’angoisse dans le cœur de Virginie Gaspard. “La maison d’ici ne fuit pas. Mais quand j’étais à La Cure c’était un stress permanent à chaque averse puisque la maison coulait.” Dans ses chansons, Virginie Gaspard parlera aussi de cette réalité et de la pauvreté. “Mais je dois walk with the talk. Je ne peux pas me dire que je ne passerai que des messages et c’est tout. Je vais aussi m’engager socialement pour aider à changer les choses.”