Dans un communiqué émis ce matin, Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis, dit qu’il a « été profondément choqué par les propos insultants » du ministre des Îles éparses à l’égard de l’Église catholique lors de son passage à Agalega le dimanche 10 février. Outre l’évêché, d’autres organisations proches de l’Église expriment elles aussi leur indignation et comptent envoyer des lettres à ce sujet aux autorités concernées. Pour rappel, Le Mauricien avait fait état dans son édition de vendredi dernier, avec force détails, de la virulente sortie du ministre Aimée contre l’Église catholique ainsi que d’un chapelet de reproches sur un ton très dur contre les Agaléens alors qu’il étaient chez eux.
Les responsables de l’Église catholique n’ont pas réagi plus tôt parce qu’ils attendaient davantage d’informations sur le déroulement de cette rencontre des Agaléens avec le ministre Aimée le dimanche 10 février dernier. Selon nos informations, ils ont obtenu un enregistrement sonore et visuel du discours quelque peu enflammé du ministre des Administrations régionales et des Îles éparses qui leur ont permis d’avoir une idée exacte du contenu de l’intervention ministérielle. Dans leurs témoignages au Mauricien, des personnes qui ont assisté à cette rencontre soutiennent que le ministre Aimée aurait utilisé dans ses attaques contre l’Église catholique les termes « tou kouyon legliz nek ekrir ».
Selon l’évêque de Port-Louis alors que les Agaléens « avaient besoin d’être réconfortés après le passage du cyclone Dumile qui les a durement éprouvés, ils ont été convoqués par M. Aimée pour être insultés publiquement en tant que membres de l’Église catholique ».
Le ministre Aimée avait ce jour-là interpellé à plusieurs reprises son auditoire sur la contribution de l’Église à l’avancement des causes des Agaléens. Mgr Piat souligne la présence de l’Église dans l’île depuis 150 ans et ajoute que celle-ci « n’a pas à étaler dans la presse les longues démarches, les multiples réunions, l’investissement du diocèse de Port-Louis en finance et en personnel pour aider les Agaléens à lutter pour obtenir les conditions de vie dignes de citoyens mauriciens ». Dans le communiqué de ce matin l’évêque de Port-Louis fait ressortir qu’il est de la responsabilité de l’État en premier « de mettre en place les structures et les organisations de développement social et économique d’Agalega » en ne manquant de rappeler que « l’île fait partie intégrante de la République de Maurice ».
L’évêque fait allusion au volet consacré à Agalega dans le rapport de la Commission Justice et Vérité. Cette instance, dit-il, « a souligné l’énorme travail qu’il faut faire à Agalega et a fait appel à la collaboration entre l’Église et les pouvoirs publics ». Mgr Piat soutient que l’Église catholique a toujours témoigné d’un esprit de collaboration s’agissant d’Agalega. « L’Église a montré amplement qu’elle est disposée à collaborer, mais elle ne peut en aucun cas se substituer à l’État. Il est honteux que M. Aimée, responsable des Administrations régionales et des Îles éparses, se contente lors de sa visite de tomber dans les injures bassement politiciennes. »
À la fin de ce communiqué, Mgr Piat dit que les Agaléens attendent du gouvernement un « véritable plan de développement qui répond à leur dignité ». « Ils attendent qu’on écoute leurs revendications. Pas une litanie d’insultes sur l’Église catholique », termine le chef de l’Église à Maurice.