Surprenante expérience pour l’équipe Eductour Like a Local qui a été conviée samedi à un dîner chez l’habitant. Vish Narain, responsable du bar et restaurant au Coin de Mire Attitude, a ouvert les portes de sa maison pour un dîner “set kari”. La feuille de bananier a été disposée sur la table et les convives avaient le choix entre savourer les mets avec les doigts ou opter pour les fourchettes et couteaux. Vish Narain a également organisé la dégustation d’un rhum arrangé aux oranges flambées.

Vish Narain sait manier les mots et son sourire accueillant est contagieux. Célibataire, c’est dans la cuisine de sa mère qu’il conduira ses invités. « Le premier accueil passe par une visite des lieux, de la cuisine, à la chambre, le salon, et même le coin de prière. Dans la religion hindoue, il est important d’avoir son temple de prière », lance Vish Narain. Ce rêve de mettre le savoir culinaire de sa mère en évidence, Vish le doit au Groupe Attitude qui, dit-il, a lancé sa première vidéo en venant dîner chez l’habitant. « Notre atout est que nous travaillons chez Attitude et cela nous a permis de cerner l’attente de tout un chacun. Ce que recherche le touriste, c’est une cuisine différente. Je me souviens de la première vidéo du dîner chez l’habitant chez moi où je recevais les cadres d’Attitude. Porté par la cuisine de ma mère et trouvant intéressant mon art de l’accueil, le groupe Attitude m’a donné carte blanche pour ce projet », raconte notre intervenant encore ému de sa première prestation.

« On insiste pour garder cette chaleur humaine »

Chez lui, chaque objet traditionnel force l’admiration des invités… La roche et la “baba ros kari” deviennent les éléments de découverte pour les invités et cette préparation de gâteaux piments, de samoussas dont l’odeur de la friture imprègne les lieux de la cuisine, font débat dans la salle. Lorie, la journaliste, immortalise chaque moment en faisant un reportage vidéo. Vish n’est pas pressé car, pour lui, l’accueil commence par du bavardage qu’il qualifie comme l’instant privilégié. « Un couple a même fait une demande de mariage sur le canapé de mon salon. Celle qui était alors encore sa fiancée a été surprise de recevoir la bague. Chez l’habitant, c’est un moment mémorable différent de ce qu’on vit dans un hôtel. On insiste beaucoup pour garder cette chaleur humaine et l’art de rendre les gens heureux », explique-t-il. Des souvenirs, il en garde jalousement, tant chaque passage semble être « unique ».

Sa maison, à Royal Road St-François, est bien située et, sous la véranda, on peut entendre le crépitement des fritures et surtout l’odeur du curry qui titille les narines. Satam, riz avec poulet, curry de poisson accompagné de brèdes, de salades et d’achards, sans oublier les petits piments confits, les rotis, chacun s’en délecte. Le piment semble faire sourciller le photographe anglais qui préfère s’en abstenir, alors que son collègue, lui, se dit intrigué de voir ses petits piments flotter dans une eau et s’enquiert de la recette. Vish leur explique que le dîner chez l’habitant est une expérience authentique. « Il faut ce “one eye contact”. Je mets aussi les chambres à la disposition des enfants. Ces derniers peuvent jouer à des jeux vidéo ou se reposer en attendant le départ des parents. Un invité qui vient chez moi est comme un membre de ma famille », dit Vish.

Il est aussi dit dans la coutume hindoue qu’offrir du jus en entrée à son invité lui permet d’avoir la bouche mielleuse et qu’une fois que ce dernier quitte votre toit, il n’aura que de bonnes pensées à votre égard. Vish souligne que les langues différentes ne posent aucun problème. « Il faut juste enseigner notre art de vivre à la mauricienne qui est une signature intemporelle. Ce soir, j’ai la chance que ma tante rentre d’un mariage et le fait de présenter un habit comme le sari à mes invités, tout cela les interpelle devant une riche diversité de notre culture. Il faut d’abord connaître les coutumes et traditions hindoues pour pouvoir s’en imprégner », poursuit Vish.

Et, quand il n’y a plus vraiment de sujet de conversation, l’hôte se lance dans la description de son village. « Je leur parle de la plage d’Anse-la-Raie, de ce village touristique, du football qui fait partie des loisirs des jeunes. J’ajoute aussi quelques anecdotes d’antan, comme les maisons qui étaient construites à partir de la bouse de vache, puis la manière dont les coupeurs d’herbes transportent leurs herbes sur la tête. Autrefois, quand les gens faisaient une randonnée, ils aimaient bien se regarder dans les roches couleur… Chaque village a ses traditions et ses coutumes. »

Chez Vish, l’ambiance atteint son apogée et pas question de rester figé dans son coin, autrement vous offenserez votre hôte. « Chez moi, c’est la convivialité qui prime », dit-il. Lorsque vient l’heure de dîner sur les feuilles de bananier, la petite équipe opte pour les assiettes et Vish se plie à la règle. Déjà, quelques membres du groupe lui font part de leur désir de revenir chez lui avec leur famille. D’autres veulent savoir le numéro chanceux du Maiden qui devait avoir lieu le lendemain. Les pronostics vont bon train sous la véranda. « On gagne combien ? Ce sera en euros ou en roupies mauriciennes ? La chance sera-t-elle de notre côté  ? Autant de questions mêlées à des éclats de rire.

Pour faire monter l’adrénaline, Vish leur propose un petit rhum arrangé à l’orange. Transportant le récipient dans lequel nage le précieux nectar, il demande un silence comme pour immortaliser l’événement. Briquet en mains, il fait flamber le nectar sous les applaudissements de toute l’équipe. La soirée se termine dans de grands éclats de rire et avant de prendre congé de ses invités, un petit selfie pour se rappeler qu’un dîner chez l’habitant relève d’une expérience authentique et unique qui donne l’impression d’être « dan lakaz mama ».