Vishal Magraja a une maîtrise rare de la pyrogravure, à travers laquelle il dessine sur le cuir et le bois avec du métal chauffé à blanc. De Mahébourg, où il a commencé il y a 22 ans, le maître artisan s’est taillé une grande réputation grâce à la qualité de ses oeuvres. Mais son rêve s’est éteint, le diabète a eu raison de sa vue. Pour échapper à l’obscurité, il a décidé de monter un projet visant à mettre en lumière l’artisanat des autres et son village.
La flamme est vacillante. Elle éclaire les dernières couleurs que peut encore distinguer l’artiste. Cet homme qui, dans ses travaux, a un exceptionnel souci du détail, contemple les paysages de la vie derrière des voiles qui laissent filtrer de moins en moins de lumière à l’intérieur de son oeil. Les contours s’estompent, le flou est permanent. Il a déposé les outils et attend. Une intervention chirurgicale, si elle a lieu assez tôt, lui enlèvera ces résidus qui lui bloquent la vue au niveau de cet unique oeil que le diabète n’a pas encore emporté. L’autre est fini. Vishal Magraja s’y prépare : bientôt, ce sera le noir.
Sous sa chevelure attachée en queue-de-cheval, le contour de la barbe méticuleusement défini, dans sa chemise immaculée, l’artiste n’a laissé se faner aucune couleur dans sa vie. Puisqu’il ne peut plus travailler la pyrogravure et la sculpture, il a changé le concept de son atelier/magasin, situé non loin du poste de police. Ce, dans le but de soutenir l’artisanat à travers l’entraide et la solidarité, tout en aidant à préserver l’authenticité de Mahébourg.
En ce moment, tandis que des matériaux recyclés retrouvent une nouvelle vie dans la décoration de son magasin, il effectue des recherches et accompagne des ouvriers vers l’artisanat. Récemment, il a montré à un soudeur de l’endroit comment transformer des drums en sofas. Avec différents collaborateurs, des expériences se mettent en place. Jusqu’à la fin de mars, le concept commencera à s’exposer autour de l’appellation I Love Mahébourg, déjà visible sur les t-shirts qui font face aux sculptures et pyrogravures du magasin.