Le thème du « leadership » est en vogue sur nos rives comme ailleurs et il ne faut pas être sorcier pour comprendre et tenter de mettre à contribution ses ingrédients principaux dans la vie de tous les jours : vision + mission + valeurs (VMV).
Les gourous du management et du leadership en font des variations sur le même thème et pérorent avec style lors de grandiloquentes conférences chèrement payées. Cela ne veut pas dire que tout le monde peut devenir un Mahatma, Che, Mandela, Lee Kwan Yew, Churchill, De Gaulle, Indira Gandhi, Mao, Lenin, voire Poutine ou encore un SAF (Sir Alex Ferguson) … Dans tout cas de figure, s’abreuver de pensées profondes, en extraire les préceptes et la substantifique moelle pour les appliquer dans le concret, requiert beaucoup d’autodiscipline, de sagesse, et une influence sur la discipline des autres.
Lorsqu’on parle de « leadership » généralement à Maurice, on pense plus aux leaders politiques et à la façon dont ils dirigent leurs partis respectifs, les institutions, voire le pays. Ainsi, quand la République fait face à des difficultés, ou est carrément en crise, l’on a tendance à pointer du doigt ces boucs émissaires tout désignés et « coupables-en-chef » pour la vindicte populaire, même si l’on a voté pour les mêmes têtes des décennies durant.
L’on occulte donc trop souvent le fait que la stabilité et la prospérité d’une nation dépendent également – pour ne pas dire surtout – d’une forte dose de leadership à tous les niveaux du pays, et au sein de toutes les institutions, qu’elles soient publiques ou privées : banques, médias, judiciaire, fonction publique, police, assurance, entreprises privées, fisc, secteur éducatif, etc. Bien sûr, le leadership collectif assumé au sein de tels « groupes » se traduit inévitablement en point de repère chez l’individu, tant sur le plan psycho-émotionnel que sur le plan physiologique.
La norme de la “médiocratie”…
Ainsi, si les diverses VMV véhiculées par nos institutions sont généralement perçues – la perception étant souvent plus forte que la réalité – comme des incitations à l’enrichissement personnel et familial à n’importe quel prix, au profit, à la vitesse, au bruit, au monde glamour, à la débauche, à la promotion-canapé, à la rage de vaincre/tuer/crier/frapper etc., notre société reproduira de tels comportements et dérives sur le plan individuel et collectif.
Il ne faut pas se leurrer non plus. Il y a un cruel manque de visionnaires à l’heure actuelle chez nous. Nonobstant le « brain-drain » de milliers de Mauriciens qualifiés et capables durant ces dernières décennies vers d’autres contrées, certaines institutions (écoles, institutions socio-administratives, corps socioreligieux) et personnes (mentors, chefs hiérarchiques, politiques) n’ont pas joué leur rôle pédagogique et de “transmissionnaires” de vertus/principes comme il se doit. Qui sont vraiment ceux et celles qui nous ont inspiré une vision pour l’île Maurice de 2020 ou 2030 par exemple ? Quelle devrait être notre mission pour y arriver ? Quelles valeurs devrons-nous adopter et adapter pour réussir ?
Un tel échec a aussi entraîné la multiplication d’experts-consultants – souvent autoproclamés – et démagogues en tout genre qui peuvent intervenir régulièrement dans nos médias ou qui s’accaparent des leviers de direction de nos institutions. La médiocrité risque malheureusement de devenir une norme (la médiocratie ?) si nous ne faisons pas attention, à force de faire la promotion de la bêtise, des agressions verbales et de la billevesée…
Tout comme un valeureux concept écologique devenu slogan, il ne suffit pas de dire au peuple de se mettre au vert et de se taire, en promettant de sempiternels ‘white paper’, ‘green paper’, consultations ad vitam aeternam… L’on assiste en effet depuis quelques années à une sorte “d’écolonisation” par laquelle on tente d’imposer des produits bios, écolos, pour tout et rien, et bien sûr on omet de nous dire que des compagnies et des banques deviennent plus profitables en tentant de sauver notre jolie planète Terre…
Un leadership éclairé dans ce domaine par exemple aurait permis au peuple de se sentir vraiment partie prenante pour un meilleur environnement, tout en étant mis au courant des bénéfices substantiels des commerçants du photovoltaïque et des moulins à vent… De même, votre voisin BCBG cessera aussi de déverser ses détritus sur le terrain en friche d’en face s’il accepte la lumière…
“Quantum leap” 
D’autre part, si l’on n’explique pas le « rationale » des verdicts en cour et si les médias ne remettent pas en question certaines choses, le peuple finira par devenir insensible et cessera de croire dans la justice humaine. Comment expliquer qu’un individu trouvé coupable de détournement de plusieurs millions de roupies se voit condamné à une simple amende alors qu’accusée de vol d’un pot d’achards, une personne se voit infligée la servitude pénale ? Comment expliquer aussi les cas où des récidivistes notoires sont impliqués et régulièrement relâchés dans la nature ? L’individu finira par croire que seul le jugement divin importe s’il y a un manque de cohérence et de cohésion au sein de nos vénérées institutions…
La République de Maurice a besoin d’un bon coup de fouet pour réussir le “quantum leap” tant recherché depuis le progrès des années 80-90. Les forces conservatrices, élitistes et autres adeptes de l’omerta et du statu quo ne pourront faire éternellement la pluie et le beau temps. Il en est de même pour ceux qui croient que les gènes et l’ADN suffisent pour diriger.
Le leadership est un potentiel qui se développe et qui s’assume. La prise de décision alliée aux VMV est la principale qualité qui se voit, se projette. Ce qui demeure toutefois invisible, indicible, est la capacité réelle à se tenir courageusement debout durant la tempête et à aider les autres sans l’intention d’un retour de l’ascenseur. L’île Maurice de demain mérite certainement un meilleur leadership et des monuments de sagacité dans toutes les sphères.