Malgré le rapport de la Commission d’enquête, que le Premier ministre a eu le mérite de rendre public deux jours après l’avoir reçu, en sus d’annoncer les démissions de Roubina Jadoo-Jaunbaccus et Sanjeev Teeluckdarry, l’une du gouvernement et l’autre de ses fonctions de Deputy Speaker, on ne peut passer sous silence la présence du chef d’Etat d’une puissance mondiale à Maurice aujourd’hui. Quelle que soit la durée du séjour d’une personnalité mondiale de son envergure, sa seule présence sur le territoire mauricien suffit pour faire l’histoire. D’autant plus que le président Xi Jinping n’est pas n’importe qui.

Il est aujourd’hui considéré dans le monde comme le nouveau Mao ou le plus puissant de Chine depuis Mao. Son nom est le seul à être inscrit dans la Constitution du Parti communiste chinois depuis le grand timonier. L’Assemblée nationale populaire du Parti communiste vient en effet d’adopter une résolution qui lui permet de rester au pouvoir au-delà de la limite des deux mandats, qui devaient prendre fin en 2023. Ce qui lui donne la possibilité d’être président à vie. Il est aujourd’hui à l’origine de la “belt and road initiative” dans laquelle Maurice occupe une position stratégique. Pour les observateurs avertis, cette visite donne tout son sens à l’amitié qui unit nos deux pays et démontre concrètement que cette amitié n’est pas une simple déclaration d’intention et se traduit dans les faits. Cette visite n’est pas le fruit du hasard, comme l’explique Joseph Tsang Man Kin dans une interview publiée dans la présente édition du Mauricien. Un tel déplacement est en effet préparé méticuleusement par les autorités chinoises longtemps à l’avance. « Il faut savoir qu’une des valeurs fondamentales des Chinois est la reconnaissance.

La Chine populaire n’a jamais oublié qu’à un moment où elle était en difficulté, lorsqu’elle était pauvre et était au ban des nations, Maurice l’a reconnue. Sir Seewoosagur Ramgoolam a fait venir l’ambassadeur chinois pour l’indépendance. La Chine n’a pas oublié cela. Aussi, lorsque Hu Jintao est venu à Maurice, il a tenu à porter des fleurs sur la tombe de Chacha. Donc, les Chinois sont reconnaissants. C’est la raison pour laquelle Xi Jinping vient ici.

C’est pourquoi les Chinois tiennent à nous. C’est la raison pour laquelle ils ne nous oublieront jamais », explique Joseph Tsang Man Kin. Vijay Makhan, diplomate rompu aux relations internationales, abonde dans le même sens. « Nous avons toujours entretenu des relations amicales à divers degrés d’appréciation avec nos partenaires et ces relations d’entente cordiale et d’amitié ont été réciproques. La visite du président Xi s’inscrit dans cet état relationnel », soutient-il. Quoi qu’il en soit, la présence du président chinois dans l’île donne une grande crédibilité à l’ambition de Maurice de se positionner comme une plateforme entre l’Asie et l’Afrique. L’ancien ambassadeur de Chine à Maurice, Gao Yuchen, l’explique de manière sans équivoque. « L’île Maurice est une porte d’entrée de l’Asie vers l’Afrique.

Je crois qu’une relation sino-mauricienne bien développée peut promouvoir la coopération politique et économique de la Chine avec d’autres pays africains et renforcer les cinq principaux piliers des relations sino-africaines. L’Afrique était historiquement la fin extrême de l’extension vers l’ouest de l’ancienne route de la soie maritime et une destination importante. Le mémorandum d’accord Chine-Maurice sur la coopération dans le domaine de la “Belt and road initiative”, qui doit être signé, servira d’exemple à imiter pour d’autres pays africains. »

En fin de compte, la visite du Xi Jinping permettra non seulement à Maurice de bénéficier d’une publicité inattendue en Chine, où le président chinois bénéficie d’une couverture généreuse, mais elle ouvre aussi la voie devant permettre à Maurice de jouer un rôle de premier plan lors du prochain Forum sur la coopération sinoafricaine (Focac), qui se tiendra à Pékin en septembre. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, devrait diriger une délégation mauricienne à cette occasion.