À 82 ans, le pape François ne cesse de jouir d’une grande popularité en raison de ses qualités personnelles, son action inlassable pour le dialogue et surtout ses initiatives et autres engagements à la tête du trône pontifical qui visent à rapprocher les membres du clergé des fidèles. Six ans après avoir été élu pape de l’Église catholique, revenons sur le portrait de celui qui foulera le sol mauricien le 9 septembre.

C’est le mercredi 13 mars 2013, à l’âge de 76 ans, que le cardinal jésuite argentin Jorge Mario Bergoglio a été élu pape de l’Église catholique, soit le 266e évêque de Rome. Il devient alors le premier pape d’Amérique latine, et aussi le premier à prendre le nom François, en mémoire de l’engagement de Saint François d’Assise, signe fort d’une volonté de simplicité évangélique et d’attachement à la pauvreté. Ce choix manifeste aussi son respect de toute la Création et la protection de l’environnement.

Proche de ses fidèles.

Né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires en Argentine, Jorge Mario Bergoglio est fils d’émigrants piémontais. Il obtient un diplôme de technicien en chimie avant d’entrer au séminaire de Villa Devoto. Il reviendra dans sa ville natale pour étudier la philosophie et la théologie. Ordonné prêtre en décembre 1969, il prononce ses vœux perpétuels le 22 avril 1973. À 36 ans, il est élu provincial d’Argentine, puis, entre 1980 et 1986, il est recteur à l’université de San Miguel et des Facultés de philosophie et théologie, ainsi que curé de la paroisse de San José. Il poursuit ses études en Allemagne, en obtenant un doctorat à Fribourg. Lettré, Jorge Mario parle couramment l’espagnol, l’italien, le français, l’anglais, l’allemand, le latin, et possède des notions de portugais.

De retour en Argentine, Jorge Mario redevient simple curé de paroisse, dans la ville de Cordoba. En 1992, Jean-Paul II le nomme Evêque titulaire de Auca et auxiliaire de Buenos Aires. En 1997, il est nommé Archevêque coadjuteur du même archidiocèse, puis devient finalement Archevêque de la capitale argentine à la mort du Cardinal Antonio Quarracino, le 28 février 1998. En 2001, il est nommé Cardinal par Jean-Paul II. Il refuse cependant d’être élu à la tête de l’épiscopat argentin.

MARIE REINE DE LA PAIX, lieu où sera célébrée la messe lors de la venue du Pape

Dès lors, sa popularité ne cesse de grandir, car il reste proche de ses fidèles pendant la crise politique et économique que traversent l’Argentine et ses élites. Ainsi, la carrière ecclésiastique de Jorge a toujours été profondément liée à l’expérience de la réalité sociale de son pays. Pendant la dictature militaire, de 1976 à 1983, il se bat pour conserver l’unité et la non-politisation de la Compagnie de Jésus. C’est un homme simple et de compassion, connu pour son humilité. Avant d’être pape, il est admiré pour son refus d’occuper les somptueuses résidences d’archevêque, son choix de vivre dans un petit appartement près de la cathédrale, de prendre les transports en commun et de passer des week-ends dans les paroisses défavorisées pour rester au plus près des personnes démunies. Afin de rester proche des prêtres, il crée une ligne téléphonique directe avec eux.

Le 13 mars 2013, Jorge Mario succède à Benoît XVI. Sa première messe d’inauguration a lieu le 19 mars 2013, devant 150,000 à 200,000 fidèles sur la place Saint-Pierre au Vatican. Dans son homélie, le pape invite à “avoir du respect pour tous, pour chaque personne, spécialement les enfants, les personnes âgées, ceux qui sont les plus fragiles et qui souvent se trouvent à la périphérie de notre cœur”.

Ses engagements.

Si les premiers traits de caractère du pape François sont sa modestie, son humilité, sa simplicité et son abnégation au service des pauvres, l’action du souverain pontife est souvent associée à un engagement fort en faveur de la promotion du dialogue interreligieux.

Depuis son élection en mars 2013, il s’est fixé pour ligne de conduite de promouvoir et d’encourager le dialogue avec les musulmans, de consolider le vivre-ensemble, la cohabitation et la compréhension mutuelle. Depuis, lors de ses différents déplacements à travers le monde, le pape plaide pour la paix, la fraternité humaine, le dialogue et l’entente entre les nations, indépendamment de leur appartenance ethnique, religieuse ou culturelle.
Une priorité donnée aux exclus qui tranche avec ses prédécesseurs, mais qu’il présente comme le vrai sens des Évangiles. Dans la même perspective, François n’a cessé de s’adresser aux “périphéries”, multipliant les voyages auprès de communautés catholiques minoritaires dans leurs pays, comme en Turquie en 2014, au Sri-Lanka en 2015 ou au Bangladesh en 2017.

AFP

Il ne manque pas aussi d’appeler au rapprochement entre les cultures, à l’acceptation de l’autre, au partage des nobles valeurs humaines et à la lutte contre les stéréotypes.

Un pape réformateur.

Au lendemain de son accession au pontificat, François a entrepris des réformes ambitieuses destinées à une adaptation de la pastorale de l’Église au monde actuel. Dans un discours aux cardinaux prononcé peu avant son élection, il avait déjà souligné que “le Christ frappe à la porte de l’Église, mais il frappe de l’intérieur ! Il veut qu’on ouvre les portes en grand, pour le laisser sortir. Pour aller rencontrer le monde et l’humanité”. Les deux premières grandes réformes entreprises ont concerné les institutions centrales de l’Église au Vatican et la pastorale de la famille. Même si l’action du pape François s’est heurtée à de fortes résistances, il répète souvent son intention de lutter contre ce qu’il appelle le “cléricalisme”, c’est-à-dire la trop grande distance entre les membres du clergé et les fidèles.

Le pape François est très présent sur la scène internationale et se positionne sur de nombreux dossiers. Il s’illustre notamment par son discours d’accueil, d’appel à la générosité et d’ouverture envers les réfugiés. En septembre 2015, frappé par l’image de réfugiés syriens entassés dans des embarcations précaires, il exprimait lors d’une audience publique sur la place Saint Pierre son désir “que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille réfugiée, à commencer par celle de mon diocèse de Rome”. Le pape s’est également emparé à bras le corps de la problématique écologique dans son encyclique Laudato Si’ (2015). Dans ce texte “sur la préservation de la maison commune”, François critique le consumérisme et appelle à un partage plus équilibré des ressources. Enfin, le souverain pontife a entrepris une vaste réforme de l’Église elle-même, entre assainissement des finances du Vatican et création d’une Commission de protection des mineurs.

Cadress Runghen, diacre permanent – “Le pape à la rencontre de familles victimes de drogues”

“Le pape François est un révolutionnaire de paix, d’amour et de justice. C’est un pape qui va vers le peuple, et pas uniquement les catholiques. Il a lancé un appel pour aller vers les périphéries. Il a toujours montré l’exemple en allant dans les pays arabes et d’Afrique qui font face à des problèmes sociaux, culturels et politiques. Maurice est un point dans l’océan, mais le pape a tout de même choisi de venir chez nous. Ce dernier a toujours été présent avec les pauvres. Il ne fait pas que prêcher mais va aussi à la rencontre des plus démunis de la société. C’est aussi une personne qui fait beaucoup de plaidoyers sur le partage des richesses, l’égalité, etc.

Le pape François ira à la rencontre de familles victimes de drogues lors de son passage à Ste-Croix. Il fait montre de compassion pour ceux qui souffrent de problèmes de drogues et pour les parents affectés par ce problème. À Rome, il réunit souvent des partenaires militant contre les drogues pour connaître la marche à suivre.

Si son séjour à Maurice avait été plus long, il aurait visité les prisons, comme c’est coutumier pour lui à Rome de laver les pieds des détenus à l’occasion du Jeudi Saint. C’est un pape sur tous les fronts. Pour Maurice, sa visite représente l’unité nationale car il réunit le peuple de Maurice. Sa présence signifie la paix, l’harmonie sociale et la justice.”

Pamela Bapoo-Dundoo, conseillère écologique – “Son message de spiritualité écologique fait écho”

“La venue du pape à Maurice est un grand événement. Bien qu’il ne soit pas le premier pape à parler en faveur de l’environnement, son message de spiritualité écologique fait écho au vu de tout ce qui se passe au niveau du réchauffement climatique. La fonte des glaces nous a fait perdre récemment 11 millions de mètres cubes d’eau. Ces problèmes écologiques grandissants font que son message a une résonance très forte. De plus, il y a une prise de conscience au niveau des jeunes qui se mobilisent pour aller porter le message. Si les scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme depuis longtemps, le discours de spiritualité écologique du pape vient à un moment précis où il y a une prise de conscience plus poussée que d’habitude auprès des jeunes”.

Pandit Ved Gopee, Conseil des Religions – “Aider les politiciens à réfléchir sur leur rôle”

“Le pape François est un chef d’État mais un aussi un chef spirituel qui représente une foi reconnue dans le monde. Il faut savoir qu’il est un pèlerin de paix. Partout où il s’est rendu, il a prêché la paix et l’harmonie entre les nations, les religions et les communautés. Pour Maurice, qui est un pays multiculturel et multiracial, sa visite est un plus. On s’attend à ce qu’il vienne renforcer l’harmonie qui existe entre tous les Mauriciens.
Là ou le pape s’est rendu à travers le monde, il a aussi rencontré les chefs d’État et les politiciens. Il explique comment la politique doit être au service de la nation. Cela aidera les politiciens à réfléchir davantage sur leur rôle en tant que représentants du peuple.
Sa visite est très importante et attendue. En tant que représentant de la foi hindoue, nous accueillons favorablement cette visite, qui vient sanctifier et bénir notre pays”.

Père Sylvio Lodoïska, curé – “Il dépasse les frontières de l’Église catholique”

“La visite du pape peut être vue sous plusieurs angles. Que le pasteur suprême de toutes les églises vienne visiter notre petite île Maurice montre qu’il a le souci de ceux qui sont loin. Suivant son discours d’aller vers les périphéries, nous voyons qu’il est attentif à tous. C’est aussi un pape à la personnalité inspirante, car son message est écouté, même en dehors du cercle catholique. Sa visite est un message en lui-même, elle est parlante. Avoir une personne de cette envergure sur le sol mauricien veut dire beaucoup de choses. Il dépasse les frontières de l’Église catholique. C’est un militant de l’écologie et un pèlerin de la paix qui vient et c’est toute l’île Maurice qui l’accueille avec joie.”

Ashwin Ramenah, Collectif Arc-En-Ciel – “Une volonté d’ouverture et d’inclusion”

“Le message de paix et d’inclusion du pape François est très important pour la communauté LGBT. La personnalité de ce dernier a beaucoup aidé sur les questions environnementales et sociales à travers le monde. Si quelquefois il est pris dans certaines contradictions, on sent qu’il y a une volonté d’ouverture et d’inclusion. Son message est prégnant et peut influencer sur le besoin de considérer la communauté LGBT comme les autres dans la république mauricienne. Nous saluons toute personnalité qui a cette vision car cela permet d’aller vers un monde de plus en plus inclusif.”

Nicolas Ritter, PILS – “Sa visite ne peut qu’être bénéfique”

“Le pape François a effectivement eu plusieurs messages qui vont dans le sens de l’acceptation des personnes malades et des plus vulnérables. Il fait partie des rares papes à montrer une certaine ouverture d’esprit, souhaitant une évolution et une modernisation de l’église. Néanmoins, il y a encore beaucoup de travail à faire et des obstacles à franchir avant que toutes les portes ne puissent réellement s’ouvrir, surtout concernant des sujets sensibles et tabous. Certes, il y a eu plusieurs prises de parole du pape François sur la question du Sida, mais c’est encore timide et pas très direct, comme sur la nécessité de se protéger et de protéger les autres.
Comme tous les Mauriciens, je suis heureux de sa visite à Maurice. Le pape François est un symbole d’amour, de paix et d’écoute. Au-delà de la chrétienté, c’est toujours important de rappeler les valeurs universelles et le vivre-ensemble que nous chérissons à Maurice, peu importe notre appartenance religieuse. Sa visite ne peut qu’être bénéfique, d’autant plus qu’il vient avec un message très positif, prônant le respect de la terre et l’écologie.”