La visite à Agalega dimanche dernier d’Hervé Aimée, ministre des Administrations régionales et des Îles éparses, a été une douche froide pour les habitants. Alors que ces derniers s’attendaient à des réponses précises à trois requêtes spécifiques au gouvernement, ils ont eu droit à une volée de reproches de la part du ministre concernant leurs récentes manifestations. Ce qui aura le plus choqué les Agaléens, selon divers témoignages, ce sont les propos et les qualificatifs jugés « insultants » envers l’Église catholique tenus par Hervé Aimée qui aurait utilisé le terme « tou kouyon legliz », lancé sur un ton virulent  pour désigner ceux qui s’élèvent contre la situation qui prévaut dans l’île.  Des habitants comptent envoyer une lettre au Premier ministre pour dénoncer et protester contre « l’attitude dénigrante » du ministre durant cette dernière visite.
Après le passage du cyclone Dumile à Agalega le 2 janvier, les habitants ont à maintes reprises, dans des correspondances officielles, réclamé une visite du ministre de l’Outer Islands et de leurs députés à l’Assemblée nationale pour faire un constat de la situation. En outre, ils voulaient que les représentants du gouvernement prennent note sur place de leurs trois demandes spécifiques et prennent l’engagement de faire avancer ces projets : la construction d’une nouvelle jetée, la construction d’une piste d’atterrissage selon les normes internationales et le upgrading du service de santé pour éviter les déplacements inutiles vers Maurice pour les soins qui auraient pu être prodigués sur place, moyennant bien sûr un service doté de toutes les facilités nécessaires.
Hervé Aimée a pris la décision finalement de se rendre dans l’île dimanche dernier et Tristan Carver, le Resident Manager, avait informé avant le week-end les habitants de sa visite. Le ministre est arrivé à 10 h et était accompagné de son garde du corps et a quitté l’île à 15 h. Les habitants, qui avaient insisté pour une rencontre ce jour-là avec le ministre, ont été nombreux au rendez-vous qui s’est déroulé à l’Arche de Noë, un bâtiment situé au village 25 à l’Île du nord. « Depi lontan nou ti pe atann sa vizit-la e tou bann abitan lor tou le de zil ti asiste sa rankont-la », dit Arnaud Poulay, un des porte-parole des habitants. La rencontre a commencé à 13 h 30 pour prendre fin aux alentours de 14 h 30 et environ 250 personnes y étaient présentes.
Ceux qui étaient là racontent qu’Hervé Aimée a commencé son intervention sur un ton très rude qui a pris tout le monde de court. Dès le début il leur a fait comprendre qu’il n’était pas du tout satisfait de la récente manifestation de protestation organisée devant le quartier général de l’administration et s’est lancé dans un chapelet de reproches et de remontrances. « Li komans tir lor nou depi li komans koze e li finn ale mem koumsa ziska lafin », relatent plusieurs personnes. « Son ton ti bien arogan e li finn byin imilie nou », allègue une mère de famille. D’autres témoins soutiennent qu’Hervé Aimé aurait reproché aux habitants leur manque de reconnaissance pour ce qu’il a fait pour Agalega depuis la période qu’il occupait le poste de président de l’OIDC et en tant que ministre responsable des îles. Il a dressé une liste de ses réalisations. « Li finn koz boukou lor li mem e li dir nou ki nou bann dimoun byin ingra parski nou pa panse ki li finn fer pou Agalega. Langaz e ton minist pa ti korek ditou li finn byin abess nou », soutiennent d’autres habitants qui se disent très peinés par de tels propos.
« Ton hargneux »
Hervé Aimé s’en serait pris ensuite à l’Église catholique sur un ton sévère en demandant à plusieurs reprises à l’assistance ce que cette institution a fait pour améliorer leurs conditions de vie. Des personnes qui étaient dans l’assistance disent qu’elles ont été déconcertées d’abord et ensuite choquées en entendant le ministre lancer : « Tou kouyon legliz nek ekrir lor Agalega… Ki legliz inn fer pou zot ? Ki legliz pe fer pou zot ? » Soeur Olivia Bergue, religieuse de la Congrégation Soeur Marie Réparatrice, et qui est la représentante du Diocèse de Port-Louis dans l’île depuis une dizaine d’années, était présente à cette rencontre de dimanche dernier et confirme au Mauricien les propos du ministre à l’encontre de l’Église catholique. « Le ministre avait un ton hargneux contre l’Église. J’ai mis immédiatement l’évêché au courant des propos et de l’attitude du ministre. Je suis triste des propos du ministre Aimée à l’égard de l’Église et de son ignorance du travail que nous accomplissons. Je suis envoyée en mission ici par le diocèse et je mets la main à la pâte pour faire respecter la dignité des Agaléens » dit Soeur Olivia Bègue. Celle-ci rappelle au ministre Aimée l’existence de l’Église à Agalega depuis plus de 150 ans. « J’ai bien envie de dire à M. Aimée que l’Église était là avant lui et qu’elle sera toujours là après lui. Monsieur Aimée connaît-il le travail entrepris par l’Église dans le domaine de l’éducation ici avant que les institutions publiques commencent à s’y intéresser ? Si les Agaléens ont pu avoir accès à la terre sous bail et si les travailleurs sont entrés dans le système salarial du PRB, c’est grâce au travail entrepris avec détermination et conviction par un comité de soutien à l’initiative de l’Église et avec la collaboration de Jack Bizlall et de l’avocat Ramano. L’Église a fait avancer aussi beaucoup d’autres dossiers », poursuit Soeur Olivia Bègue.
Le père Jean-Maurice Labour, vicaire général et responsable du dossier Agalega à l’évêché, a confirmé au Mauricien ce matin être en présence d’un compte rendu des « propos insultants » du ministre Hervé Aimée à l’égard de l’Église. « Je trouve dommage que la seule visite officielle d’une autorité depuis le passage du cyclone a été consacrée à une engueulade et à des propos blessants à l’égard de la religion ».
Selon Arnaud Poulay, l’assistance était très déçue de cette visite ministérielle mais a gardé son calme pour ne pas envenimer la situation. « Minis ti byin negatif sa zour-la. Nou ti bien-byin an koler pou so latitud me nou finn gard nou kalm pou ki li pa al dir dan Moris ki nou bann dimoun bitor », soutient Arnaud Poulay.
Sollicité pour une réaction au sujet de la colère des habitants après ses propos à Agalega, le ministre Aimée n’a pas voulu répondre. Son attachée de presse nous a fait part de la réaction suivante : « Le ministre a dit “Je ne veux pas faire de commentaires pour l’instant” ».