Le ministre des Affaires étrangères des Seychelles Jean-Paul Adam plaide pour une coopération plus poussée entre les îles du sud-ouest de l’océan Indien, affirmant que c’est la politique déclarée du président James Michel de pousser dans la direction d’un renforcement des échanges avec les îles voisines. « Il faut penser complémentarité et non concurrence », a-t-il déclaré en présence des dirigeants de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), à qui il rendait une visite de courtoisie hier. Le ministre seychellois était, hier soir, l’invité d’honneur au dîner annuel de la MCCI à l’hôtel Intercontinental et devait parler de la perspective des Seychellois concernant le développement économique et l’intégration régionale.
Jean-Paul Adam a fait ressortir lors d’un point de presse que les Seychelles accordent beaucoup d’importance à l’approfondissement des relations avec Maurice et que la visite officielle du président Michel en tant qu’invité spécial pour les célébrations marquant le 44e anniversaire de l’accession de Maurice à l’indépendance « ne fera que resserrer davantage les liens d’amitié entre les deux pays. » D’ailleurs, a-t-il poursuivi, le président seychellois fait de la coopération régionale l’un des axes principaux de sa politique de développement. Les Seychelles, dit-il, ont subi les contrecoups de la crise mondiale ainsi que de la crise dans la zone euro, vu la dépendance de ce pays des marchés européens.
Depuis 2008, l’économie seychelloise a connu des moments difficiles mais grâce à des réformes en profondeur, la croissance économique est bien présente. « Nous voulons partager cette expérience seychelloise avec les Mauriciens. Tous les jours qui passent peuvent nous rendre encore plus pessimistes. Nous constatons que le centre de gravité de l’économie mondiale a tendance à bouger vers l’est. L’avantage de nos deux îles c’est qu’elles sont dans une position favorable pour jouer le rôle de passerelle entre l’est et l’ouest », soutient Jean-Paul Adam. Celui-ci est d’avis que les liens historiques et culturels qui unissent les deux îles sont des atouts et que c’est sur une stratégie de complémentarité que les deux pays devraient bâtir l’avenir. Le ministre seychellois a appelé les autorités politiques et les opérateurs économiques des deux îles à conjuguer leurs efforts « car il y a beaucoup d’opportunités à exploiter ensemble. »
Tout en reconnaissant qu’il y a des actions concrètes à mener ensemble pour consolider la coopération bilatérale, Jean-Paul a fait ressortir que « beaucoup de choses se font mais qui ne se voient pas » comme par exemple, l’accroissement des échanges commerciaux — les Seychelles, a-t-il annoncé, importent aujourd’hui environ 9 % de leurs produits de Maurice — et le développement des investissements. Il a dans ce contexte laissé entendre qu’il y a deux compagnies d’assurance, une banque et des groupes hôteliers mauriciens qui opèrent dans l’archipel. « Il faut créer encore plus d’espaces pour une coopération plus poussée », dit-il.
Accès aérien libéralisé
Jean-Paul Adam pense que dans le domaine touristique une stratégie de coopération régionale peut être élaborée en sus du concept « îles Vanille ». Les Seychelles, qui assurent la présidence de la Commission de l’océan Indien, comptent organiser une réunion stratégique sur le tourisme. Il s’agit, dit le ministre, d’établir le nombre de touristes additionnels dont les îles ont besoin et de définir en conséquence les moyens à mettre en place pour atteindre l’objectif fixé. « Il faut parler de l’océan Indien comme d’une région disposant d’une stratégie en matière touristique. Il faut réfléchir sur les voies et moyens pour faire venir les touristes dans nos îles. Les Seychelles ont libéralisé l’accès aérien. Cela a été une décision difficile et a engendré de la concurrence pour Air Seychelles mais nos actions ont payé. Air Seychelles seule n’avait et n’a pas tous les moyens requis. Je pense que toutes les compagnies aériennes régionales doivent se mettre ensemble pour arrêter une stratégie régionale commune », a argué le ministre seychellois.
Parlant des échanges commerciaux, Jean-Paul Adam est d’opinion que des actions concrètes peuvent être envisagées en termes d’importation en vrac avant la redistribution vers les îles de la région. Le ministre admet qu’il y a la question de transport maritime à régler au préalable. Pour ce qui est de la gestion du plateau continental par Maurice et les Seychelles dans le sillage du traité qui sera signé très bientôt par les dirigeants des deux pays, Jean-Paul Adam a indiqué qu’il n’y a pas seulement l’exploitation des ressources halieutiques à considérer mais aussi l’exploitation des minéraux et les recherches pétrolières.
« Nos deux îles ont des défis à relever mais en mettant nos moyens et capacités ensemble nous pouvons y faire face. Il faut, cependant, reconnaître que malgré les nombreux défis à relever, nos deux économies sont en croissance », a ajouté le ministre des Affaires étrangères des Seychelles. Notons que selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), l’économie seychelloise pourrait enregistrer un taux de croissance de 4 % cette année contre 5 % en 2011. Dans un rapport publié en début d’année, le FMI a salué les efforts des Seychelles dans la relance de leur économie depuis 2008.