La visite du Pape François à Maurice lundi dernier demeure une des plus mémorables qu’aura connues le pays depuis longtemps. Cinq jours après son passage dans l’île la mémoire de cette présence charismatique, simple et humble de celui qui est connu comme le « pèlerin de paix » continue à imprégner les esprits.

Si le grand rassemblement du 29 juillet était une manifestation d’un sentiment patriotique fort et de fierté nationale après la grande victoire de Maurice aux Jeux des îles 2019, la mobilisation populaire créée par l’arrivée du Pape François était véritablement d’une autre nature – tant elle était animée par un élan national de communion spirituelle. Plus important encore, les dizaines des milliers de Mauriciens qui sont sortis de chez eux pour ne serait-ce qu’apercevoir le chef de l’église catholique romaine, depuis l’aéroport jusqu’au caveau du Père Laval, n’étaient habitées ni par un sentiment identitaire ni par un quelconque intérêt politique mais par cette volonté, sincère, d’être en présence d’une personnalité qui symbolise la paix. La grande majorité de personnes qui se sont déplacées était motivée surtout par la piété et la ferveur. Le simple fait de voir le pape représentait une forme de bénédiction en soi. De nombreux témoignages le démontrent. « La religion importe peu lorsqu’on est croyant et qu’on est dans la prière », confiait une personne qui l’attendait en bordure de l’autoroute ; « Maintenant que j’ai vu le Pape je me sens léger »; « Après avoir assisté à la messe à Marie Reine de la Paix je sens en moi comme un sentiment de paix » ; « Je l’ai vu de très près, quelque chose d’inexplicable m’a touché le cœur. J’étais tellement heureuse que j’ai pleuré », racontait une dame. À proximité de Plaine-Verte une grosse foule s’était massée pour voir passer le Saint-Père. « Quand aura-t-on encore l’occasion de voir passer une personne d’une telle envergure ? », lance quelqu’un. Le long de l’Allée Père Laval, jeunes et moins jeunes, bien portants et autrement capables, ont lancé le cri « Benediksion. Donn nou benediksion ». Tout cela pour expliquer la ferveur qui prévalait tout au long de son passage.

C’est par le biais de gestes simples que le Pape aura découvert l’âme de la population mauricienne. Le bouquet que lui a offert l’Imam de Jummah Mosque symbolise pour lui la fraternité entre les religions et les cultures. Il ne cache pas son admiration au regard de la capacité des Mauriciens à reconnaître, respecter, et harmoniser les différences existantes selon un projet commun. Pour lui, Maurice possède une voix faisant autorité, capable de rappeler qu’il est possible de parvenir à une paix stable à partir de la conviction que « la diversité est belle… ». « Cela est une base et une opportunité pour la construction d’une véritable communion au sein de la grande famille humaine sans avoir besoin de marginaliser, d’exclure ou de rejeter », souligne-t-il. Par ailleurs, il n’a pas caché son appréciation concernant l’éducation gratuite à Maurice, qui devrait servir d’exemple pour d’autres pays africains.

Fidèle à son habitude, le Pape François aura eu des paroles très fortes que ce soit durant ses interventions publiques ou encore lors de son homélie à Marie Reine de la Paix ou lors de son intervention à la State House. C’est ainsi qu’il a encouragé la promotion « d’une politique économique axée sur les personnes et qui soit en mesure de favoriser une meilleure répartition des revenus, la création d’emplois et la promotion intégrale des plus pauvres ».

Au chapitre des changements climatiques, le Saint-Père préconise la promotion d’un changement de mode de vie. Quant aux Chagos, il n’a pas ménagé les Britanniques, qui sont censés respecter des institutions auxquelles ils appartiennent comme la CIJ et les Nations unies. Dans le même souffle, il met en garde contre la colonisation idéologique consistant à imposer des valeurs contraires à la nature d’un peuple.

Terminons par cet appel lancé directement aux politiciens de la République de Maurice : « Puissiez-vous être un exemple pour celles et ceux qui comptent sur vous, et en particulier pour les jeunes ! Par votre comportement et par votre volonté de combattre toutes les formes de corruption, puissiez-vous manifester la valeur de l’engagement au service du bien commun et être toujours dignes de la confiance de vos concitoyens ». Tout un programme.

Jean Marc POCHÉ