La visite des officiers de l’Environnement, accompagnés des officiers de la Police de l’Environnement à la centrale thermique du groupe Terra à Belle-Vue hier, était un simple exercice de suivi du ministère. C’est du moins ce que soutient une source autorisée de ce ministère au sujet de cette visite qui a soulevé de nombreuses interrogations quant aux « intentions » du gouvernement. Si certains au niveau du groupe Terra évoquent des « tentatives d’intimidation », le ministère explique que cette visite fait suite à un program notice servi en avril dernier au groupe et que le rapport de la visite d’hier sera soumis cet après-midi. En toile de fond : une polémique au sujet de la campagne « Gérizon komens par twa » lancée par Collectif Citoyen Maurice Environnement, dont un des sponsors est le groupe Terra.
« Le ministère de l’Environnement effectue régulièrement des analyses de la qualité de l’air et nous avons établi que la qualité de l’air à Belle-Vue ne répondait pas aux normes environnementales », explique une source autorisée au ministère de l’Environnement. Un program notice a ainsi été servi au groupe en avril dernier afin que celui-ci prenne les mesures environnementales correctives. Un rapport sera d’ailleurs soumis cet après-midi au sujet de la visite d’hier afin d’établir si la centrale thermique a mis en oeuvre les mesures préconisées. Interrogé au sujet de la coïncidence de la visite des officiers de l’Environnement avec la polémique actuelle autour de la campagne lancée par le Collectif Citoyen Maurice Environnement, et dont le principal sponsor est le groupe Terra, notre interlocuteur déclare que la visite d’hier n’était qu’un simple exercice de suivi après l’envoi du program notice.
Plusieurs officiers au ministère de l’Environnement se disent « agacés » par la campagne en question. Ce qui fait lourdement sourciller serait le fait que le groupe Terra, qui est actif dans l’industrie sucrière, soit partie prenante d’une campagne pour l’environnement et contre la pollution. « On a l’impression que cette campagne sert au groupe pour se donner bonne conscience. L’industrie sucrière est un gros pollueur avec ses pesticides qui sont déversés dans les rivières depuis plusieurs années. Comment des gens qui polluent peuvent parler aujourd’hui de campagne antipollution ? » argue notre interlocuteur.
« Faire partie de la solution »
Lors du lancement de la campagne il y a quelques temps, le Managing Director de Terra se disait conscient que le groupe n’était pas sans reproche dans l’exercice de ses activités, mais qu’il « souhaitait ardemment faire partie de la solution et travaille depuis plusieurs années à améliorer son impact sur l’environnement ». Dans une déclaration officielle parvenue à la presse, Cyril Mayer réagit : « La raison d’être de Terragen est de fournir de l’électricité au pays. Elle le fait à partir de bagasse et de charbon. C’est un fait que toute activité industrielle pollue. Les centrales thermiques, de même que les moteurs diesel du CEB n’y échappent pas. Cependant, il faut souligner que Terragen a obtenu un EIA en bonne et due forme, dont elle respecte scrupuleusement les termes. Mais, comme citoyen responsable et soucieux de l’environnement, Terragen veut aller plus loin que son EIA et étudie avec des partenaires, et depuis un bout de temps déjà, une solution qui lui permettra de disposer de ses cendres de manière encore plus écologique. Ce projet est en bonne voie ». Le groupe déploie une série d’initiatives afin d’améliorer son impact sur l’environnement comme la conversion de la vinasse (un rejet de la distillerie) en engrais bio, un audit de tous les effluents, un exercice de sustainability reporting pour le groupe, la sensibilisation des employés à travers des green months, un vaste programme de plantation d’arbres dans le Nord, explique Cyril Mayer. « C’est dans ce même esprit qu’il a soutenu, et continuera à soutenir, la campagne antipollution du Collectif Citoyen Maurice Environnement, qui vise à éveiller et à responsabiliser chaque Mauricien concernant l’environnement », précise le MD de Terra.
Aisha Allee-Mosaheb, membre du Collectif Citoyen Maurice Environnement, souligne que cette campagne n’a rien à voir avec la politique, mais qu’elle sert à déclencher une prise de conscience chez les citoyens mauriciens sur les problèmes environnementaux auxquels fait face le pays, surtout dans le contexte du changement climatique et de ses effets sur Maurice, en vue de susciter des changements positifs de comportement.
Que cette visite des officiers de l’Environnement soit une coïncidence ou pas, il nous revient que la campagne « Gérizon komens par twa », particulièrement son slogan « Nou péi bien malade », n’enthousiasme guère au niveau du gouvernement. Cette polémique prend différentes proportions avec la MBC qui a interdit la diffusion des spots publicitaires. Selon la MBC, les guidelines de la station de télévision et de l’Independent Broadcasting Authority s’opposeraient à l’utilisation du mot « Nou pei » dans le slogan. Nous avons tenté d’obtenir des précisions à ce sujet mais on nous a fait comprendre que le directeur de l’IBA « était occupé ». Invités à faire parvenir nos questions par courriel, nous l’avons fait en précisant notre deadline, mais en vain.
Parmi ceux que slogan dérangent, le parlementaire Patrick Assirvaden et président de PTr. Ce dernier évoque un mauvais choix de slogan sur les billboards montrant une radiographie de Maurice. « Le slogan actuel fait peur. Ce slogan met à mal la réputation de Maurice comme île touristique. Il y a d’autres moyens plus créatifs où ils auraient pu choisir d’autres mots. Je suis pour la liberté d’expression mais dans ce contexte, le slogan n’est pas approprié car il effraie », soutient notre interlocuteur, sollicité pour une déclaration. Il s’en prend également au groupe Terra, qui dit-il, « est un des plus grand pollueurs du nord de l’île ». « C’est une vraie contradiction », affirme Patrick Assirvaden.