Intervenant au ministère de la Sécurité sociale à l’issue d’une visite qu’il a effectuée chez nous dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées, le président de Disabled Peoples’International et directeur honoraire du Centre national pour la promotion de l’emploi pour les personnes handicapées de l’Inde, Javed Abidi, a déploré l’absence de facilité d’accès pour les handicapés dans nos bâtiments. Il s’est tout de même félicité des avancées dans le domaine de l’aide aux personnes handicapées.
« Vous êtes une jeune nation en développement. Mais cela fend le coeur de voir le nombre de bâtiments qui ne sont pas accessibles aux personnes handicapées. Je peux comprendre que certains datent des années 1950-1960 et ne sont pas adaptés pour les handicapés. Mais il est impardonnable que des bâtiments modernes aient été conçus sans penser à l’accessibilité aux personnes handicapées », a lancé Javed Abidi de son fauteuil roulant, installé dans la salle de conférence du ministère de la Sécurité sociale, au 13e étage du Renganaden Seeneevassen Building, Port-Louis.
« Nous disons aux décideurs et autres constructeurs : ‘Si vous ne pouvez pas nous faciliter la vie, de grâce, ne nous la rendez pas plus difficile s’il vous plaît ! », a-t-il ajouté. L’accessibilité est le maître mot de l’intégration des personnes handicapées, selon le président de Disabled Peoples’International. « Semer des obstacles (physiques, légaux, psychologiques ou autres) sur le chemin d’une personne handicapée, c’est lui barrer l’accès à l’éducation qui lui ouvre une porte sur l’emploi ! », a-t-il plaidé.
Ainsi, poursuit l’intervenant, pour une personne handicapée, l’accès physique dans le transport en commun, dans des bâtiments publics ou privés, ou encore l’accès au savoir et à l’éducation à travers des supports adaptés (langage des signes, braille, etc), de même que l’accès à l’Internet et aux Technologies de l’information et de la communication (logiciels adaptés), entre autres, est la clé à la dignité d’une personne handicapée à travers un emploi. « Nous ne demandons aucune faveur. C’est notre droit sous la Convention. C’est l’engagement que nos gouvernements respectifs ont pris devant la communauté internationale », a-t-il expliqué.
Dans ce contexte, Javed Abidi a déploré que 99,5 % du savoir se trouvent sous forme imprimée. « C’est criminel que seulement 0,5 % du savoir soit accessible aux personnes handicapés à l’ère des TIC alors que l’on peut si facilement digitaliser les livres. C’est une violation flagrante de nos droits ! », s’est-il écrié. « Grâce aux guidelines du WWW Consortium, les aveugles peuvent, sans frais supplémentaires, avoir accès à l’Internet. Mais qui se soucie de leur concevoir des sites dédiés ? » a-t-il demandé.
Javed Abidi a auparavant félicité la ministre Bappoo pour « sa vision » de vouloir l’année prochaine une Disability Act. « Une loi unique, où seront inclus tous les droits des personnes handicapées, évitera aux handicapés d’avoir à courir de service en service pour bénéficier des services qui leur sont dus », a-t-il expliqué. Se félicitant que Maurice a ratifié en janvier 2010 la Convention relative aux droits des personnes handicapées, l’intervenant a rappelé que le pays doit présenter d’ici février son tout premier rapport aux Nations unies. « Ce sera une occasion pour votre pays de démontrer ce qu’il a fait jusqu’ici pour la communauté des personnes handicapées », a-t-il indiqué. « Ayant vu l’enthousiasme de votre ministre et de son personnel, ainsi que des personnes que j’ai rencontrées, de vouloir traduire dans les faits les objectifs de la Convention, je n’ai aucun doute sur l’intégration graduelle des personnes handicapées », a-t-il ajouté.
Javed Abidi a ensuite élaboré sur les rencontres qu’il a eues à Maurice avec la communauté des personnes handicapées et leur a promis son aide.