Les 20es Jeux du Commonwealth à Glasgow (21 juillet-3 août) suivis des championnats d’Afrique d’athlétisme à Marrakech (10-14 août) ont permis au président de l’Association mauricienne d’athlétisme (AMA) de prendre la mesure du niveau à une année de l’événement phare de 2015, les 9es Jeux des îles. Si la page est définitivement tournée, il n’en reste pas moins que « ces deux événements n’auront qu’en partie comblé les attentes », observe-t-il. Quitte à remettre l’ouvrage sur le métier avec l’apport de toutes les parties concernées afin de « relever le défi national l’année prochaine ».
Dans l’entretien qui suit, Vivian Gungaram parle des mesures qu’il compte mettre en oeuvre pour atteindre cet objectif élevé.
 
Vivian Gungaram, la saison 2013 appartient déjà au passé. Mais elle reste une année préparatoire aux Jeux des îles 2015 à travers notamment la récente participation des athlètes aux 20es Jeux du Commonwealth et aux championnats d’Afrique. Performances et résultats ont-ils été à la hauteur des attentes ?
Ces deux événements n’auront qu’en partie comblé les attentes. Certains athlètes se sont bien comportés dans leur épreuve, d’autres sont passés à côté. Mais on en compte un qui a été exact au rendez-vous des deux événements : le sprinter Jonathan Permal. À Glasgow, il a raté d’un rien sa place en demi-finales des 100 et 200 m. C’est bien pour une première participation aux Commonwealth. Il a aussi réalisé son temps le plus rapide au 100 m, soit 10 » 46, contre 10 » 57 antérieurement. Au 200 m, il a été crédité de 21 » 21, ce qui n’est pas loin de son record personnel (21 » 17). Donc, il a concouru à son meilleur niveau. Mais il a fait mieux à Marrakech en descendant pour la première fois sous les 21 », soit 20 » 98 en séries et 20 » 85 le 9e temps des demi-finales, ratant d’une place la finale. Au 100 m, il échoua en demi-finales (10 » 49) après avoir couru sa série en 10 » 60.
Au décathlon, il y a eu Guillaume Thierry, 11e avec 7303 pts sur 14 concurrents à Glasgow, mais médaillé d’argent à Marrakech avec 7312 pts. Au Maroc, il fallait viser la médaille en non la performance. Il lui a fallu bien gérer pour terminer sur le podium. Par contre, la position qu’il occupa au final à Glasgow tient aussi du fait qu’il n’avait plus rien à espérer en abordant le 1500 m, dernière épreuve du concours. Il savait qu’il n’avait plus aucune chance d’améliorer son record national (7 537 pts) et encore moins d’accrocher un podium. Donc, il a préféré, avec le consentement de son coach (l’Ukrainien Oleksandr Nevskyy), ne pas se donner à fond au 1500 m, remettant ses ambitions pour les championnats d’Afrique qui allaient avoir lieu un moins plus tard. Et il n’a pas eu tort.
Au triple saut, Jonathan Drack n’a vraiment pas eu de chance. Sa blessure survenue en qualification (8e avec 16, 13 m sur 12 finalistes) lui enleva tout espoir de disputer la finale, ce qui aurait constitué une grande première pour le triple saut mauricien. Mais il est aussi vrai de dire que c’est la première fois qu’un Mauricien se qualifie dans cette épreuve pour une finale aux Jeux du Commonwealth. Ce petit exploit est passé inaperçu à cause de cette blessure. Les médecins lui ont déconseillé de s’aligner à la finale, pensant qu’il pourrait être suffisamment rétabli pour les championnats d’Afrique. Mais quand il est rentré à Toulouse et après être passé sous le scanner, ses médecins ont vu qu’il n’était toujours pas guéri pour concourir au Maroc.
Enfin, il y a eu Jessika Rosun. Quoique 12e et dernière avec 47, 37 m à Glasgow dans l’unique phase qualificative qui constituait aussi la finale de l’épreuve du javelot, elle s’est bien comportée en se rattrapant au Maroc pour ramener le bronze (48, 04 m). Mais ses performances restent malgré tout en deçà de son record personnel (50, 13m). De plus, elle a perdu sa place dans l’équipe africaine de la Coupe intercontinentale (13-14 septembre à Marrakech) en se faisant ravir la 2e place qu’elle occupait toujours jusqu’à son 5e et avant-dernier essai par la Ghanéenne Mary Zutu Nartey (médaillée d’argent avec 52, 57 m). Donc, elle a perdu la médaille d’argent et sa place dans l’équipe africaine.
 
Reste que Maurice ne compte toujours pas de nouveau médaillé à cet événement hormis celle en argent remportée par Stephan Buckland au 200 m à Melbourne en 2006…
C’est la seule médaille que nous ayons à ce jour remportée aux Jeux du Commonwealth. Mais nous continuons à y travailler…
Pensez-vous que Jonathan Permal soit sur la bonne voie et qu’il puisse à l’avenir succéder à Buckland ?
Oui, je pense que s’il a la tête bien sur les épaules, s’il est bien encadré, il peut aller bien loin, surtout qu’il n’a que 20 ans. D’ailleurs, il a bénéficié d’une bourse de la Solidarité Olympique dans l’optique des JO de Rio en 2016. Il a décidé qu’il ne rejoindrait pas le centre de sprint de l’IAAF de Kingston en Jamaïque où il a évolué ces trois dernières années. Il avait le choix entre celui d’y retourner ou de poursuivre sa carrière à Maurice avec Stephan Buckland responsable de sprint au Centre international d’athlétisme de Maurice (Ciam). Nous avons donc discuté avec Jonathan et avons ensemble trouvé qu’ici il pourrait suivre des études d’électricien et en même temps profiter pleinement de la dynamique qui existe au Ciam avec la présence des sprinters étrangers pour continuer à progresser. Et il a fait son choix. Mais attention, même s’il a choisi de rester à Maurice, il va toutefois habiter avec les athlètes du Ciam et non chez lui, conformément aux conditions établies par l’IAAF. Nous avons aussi déjà entamé des démarches pour qu’il débute ses cours.
 
Son choix en faveur du Ciam est en fait assez logique. Pourquoi retourner à Kingston quand on dispose Maurice d’un Centre international d’entraînement de sprint, de surcroît performant, que vous avez intégré au Ciam…
Tout à fait, mais à la seule différence qu’avant il aurait pris des risques en faisant ce choix. Étant maintenant plus mature, il est plus en mesure de le faire pour s’assumer pleinement. Au Ciam, il aura des partenaires tels Saviour Kombe (Zambie), Mosito Lehata (Lesotho), Mohamed Abukhousa (Palestine), Francis Zimwara (Zimbabwe) et le Seychellois Henriette Leeroy pour le pousser. Ces athlètes étrangers se sont bien comportés à Glasgow et au Maroc, Lehata s’est classé 4e de la finale du 200 m en 20 » 36 (rec.national Lesotho), alors que Kombé a terminé 4e de la finale du 400 m au Maroc en 45 » 27, son record personnel.
 
Justement, pour en revenir à Glasgow et à Marrakech, les performances des lanceurs mauriciens en général ont été visiblement en deçà des attentes. Pourtant, elles étaient en hausse et prometteuses déjà en mars avril. Mais alors que toutes les conditions étaient réunies, les performances n’ont pas suivi. Avez-vous une explication ?
Il n’y a pas que les lanceurs Elvino Pierre-Louis (disque), Jessika Rosun (javelot) et Sylvain Pierre-Louis (poids). Même aux 110 m-400 m haies hommes (Antonio Vieillesse) et en sprint (Joanilla Janvier, Aurélie Alcindor) et demi-fond féminin (Annabelle Lascar), les performances ont subi des revers tant à Glasgow qu’au Maroc. Mais s’agissant des lancers, je ne vais pas blâmer, condamner ou défendre qui que ce soit. Je crois que l’entraîneur national a déjà revu cet aspect afin de rectifier le tir à l’avenir. Il faudra assurément travailler dessus pour les Jeux des îles 2015 et les Jeux d’Afrique prévus du 2 au 14 septembre au Congo-Brazzaville.
 
Et qu’en est-il du sprint et du demi-fond féminin ?
En sprint, aucune des filles ne s’est pointée faute de niveau. Aucune d’entre elles n’a amélioré son record personnel. C’est décevant. Mais en demi-fond, je pense qu’Annabelle Lascar a trop couru le 800 m. L’heure est arrivée pour elle de monter sur 1 500 m. Il n’y pas mieux à faire si elle a envie de progresser et réaliser des performances. Il faut maintenant se concentrer sur les JIOI 2015 et profiter des facilités offertes par le MJS, sans lesquelles les résultats recherchés ne seront pas atteints.
Plus exactement, quelles étaient les conditions climatiques qui ont prévalu à Glasgow et Marrakech ?
Il n’y pas eu de condition défavorable dans l’un ou l’autre événement. Les conditions sont toujours les mêmes pour tous. Mais il faisait parfois un peu frais à Glasgow à la tombée de la nuit. Les athlètes n’étaient peut-être pas suffisamment équipés pour se réchauffer, surtout dans les épreuves de lancer où la compétition se déroule différemment qu’en course à pied. Une fois son tour passé, il faut attendre le prochain, dépendant du nombre de concurrents en lice. Cela a pu être un handicap. Au Maroc, par contre, on savait qu’il ferait chaud.
 
Quelle suite comptez-vous donner à la préparation des athlètes en vue des JIOI 2015 ?
Certains d’entre eux devraient être mieux encadrés. Nous avons effectué une demande de bourse à la Conféjes en faveur de Jean-Yan Degrâce, qui est un sprinter d’avenir. Ses performances réalisées à Marrakech aux 100-200 m l’ont prouvé. Il pourrait retourner au Ciad (Sénégal), où il avait passé deux mois avant d’aller au Maroc, ou poursuivre sa préparation à Maurice. Nous avons aussi approché l’IAAF pour que Julien Meunier (sprint) bénéficie d’une bourse et on décidera après s’il restera lui aussi à Maurice ou s’il repartira à Kingston. Pour Thierry Ferdinand et Joanilla Janvier également (Kingston), nous sommes en discussion avec le TFES pour le renouvellement de leur bourse. On décidera aussi avec eux s’ils vont rester ici ou s’ils repartiront à Kingston ou à Dakar. Idem pour les lanceurs tels Elvino Pierre-Louis, Jessika Rosun et Christopher Sophie, entre autres, pour lesquels on a fait une demande de bourse au TFES.
 
Les entraîneurs seront eux aussi appelés à assumer des responsabilités accrues en vue de l’événement phare de 2015…
Nous aurons justement une réunion avec eux jeudi (demain) pour parler de la préparation des athlètes. Nous établirons également un responsable dans chaque spécialité, en sprint, sauts, lancers, demi-fond et fond. Ces derniers seront assistés dans leurs tâches. Nous comptons aussi finaliser avec eux le programme de préparation et les lieux d’entraînement jusqu’à ce que la nouvelle piste synthétique à Réduit soit disponible. Nous apporterons aussi des retouches à la présélection. Je suis confiant de pouvoir compter sur des athlètes capables de bien faire et, je l’espère, même mieux qu’à Mahé en 2011.
 
Les athlètes seront-ils assurés d’un présence permanente de leur coach sur le terrain à l’entraînement ?
La présence des entraîneurs sur le terrain est primordiale, même s’ils seront payés. Les coaches qui sont par ailleurs des fonctionnaires dans le service public devraient être tous détachés de leur poste, comme c’est le cas aux Seychelles, à Madagascar et aux Comores. Alors pourquoi pas à Maurice ? L’État et le privé doivent collaborer en ce sens afin de relever ce défi national. Les Jeux des îles ne sont pas uniquement l’affaire des fédérations sportives.