Le parti conservateur de Boris Johnson a réussi un coup de maître en remportant une victoire historique aux élections générales anticipées organisées jeudi au Royaume-Uni. Il a remporté un total de 364 sièges alors que 326 lui auraient suffi pour obtenir une majorité parlementaire. Le Parti travailliste de Jeremy Corbyn aura, pour sa part, remporté seulement 203 sièges. Ardent défenseur du Brexit, soit du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, Boris Johnson avait succédé à Theresa May, forcée de soumettre sa démission dans des conditions très difficiles.

Les négociations en cours avec l’Union européenne étaient laborieuses au point que la question d’un Brexit sans accord était devenue d’actualité. La situation au Parlement n’était guère facile, l’accord proposé par le gouvernement conservateur pour se retirer n’avait pas réussi à obtenir une majorité et avait donné lieu à des défections au sein du parti conservateur au point que le Premier ministre Boris Johnson s’était retrouvé au sein d’un “hung parliament”, c’est-à-dire sans une majorité parlementaire.

Après maintes tractations dont la suspension des travaux parlementaires, Boris Johnson a finalement réussi à prendre le pari de l’organisation des élections générales du 12 décembre autour du thème “Get Brexit done”. Pari réussi puisque désormais, grâce à l’obtention d’une large majorité parlementaire, la voie menant au Brexit à la fin de janvier prochain est grande ouverte et libre. Ce qui l’a amené hier à affirmer triomphalement : « With this mandate and this majority we will at last be able to [get Brexit done] because this election means that getting Brexit done is now the irrefutable, irresistible, unarguable decision of the British people. And with this election I think we’ve put an end to all those miserable threats of a second referendum. » Dès vendredi après-midi, Boris Johnson a rencontré la reine Elizabeth II afin d’obtenir le feu vert en vue de la formation qui devrait se mettre immédiatement au travail en vue de compléter le Brexit.

Ces élections ont été suivies avec beaucoup d’intérêt à Maurice à plus d’un titre, notamment parce que notre système de “first to past the post” est inspiré du Westminster System. Il est intéressant de constater que le dépouillement a débuté immédiatement après la clôture des bureaux de vote et que les résultats officiels étaient disponibles dès 9h le lendemain matin. Il est également bon de noter la précision du sondage publié aussitôt la fermeture des bureaux de vote. Dès 22h, les “polling pundits” donnaient une large victoire au parti conservateur. Devant sa défaite qualifiée de « catastrophe » par les commentateurs britanniques, Jeremy Corbyn a, dès sa première déclaration, annoncé qu’il ne dirigera pas le Labour Party aux prochaines élections. Ce qui sous-entend qu’il démissionnera comme leader de ce parti à un moment ou un autre.

Malgré le contentieux qui oppose Maurice à la Grande-Bretagne concernant les Chagos, cette dernière reste un partenaire économique et commercial majeur pour le pays. Il faudra désormais toute la dextérité de la diplomatie mauricienne pour manœuvrer entre nos revendications légitimes et notre partenariat économique avec la Blonde Albion. A ce propos, le groupe de l’Eastern Southern Africa (Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles, la Zambie et le Zimbabwe) ont conclu un accord avec le Royaume-Uni depuis le 31 janvier dernier selon les termes que « Mauritius will continue to benefit from duty free-quota free access on all products, including that of high export interest such as sugar, tuna, garments, agro-processed products, pasta, biscuits, coconut oil, sugar confectionery and beer amongst others on the UK market ».

Ces conditions sont les mêmes que celles dont bénéficiait ce groupe de pays dans le cadre de l’accord de partenariat économique avec l’UE. L’accord entre en vigueur dès la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Ce qui fait que les exportateurs mauriciens vers la GB bénéficient d’une prévisibilité et d’une sécurité juridique. Les opérateurs mauriciens considèrent que le Brexit ouvrira de nouvelles possibilités de coopération entre Maurice et la Grande-Bretagne dans le domaine des services financiers. Il y aura donc du pain sur la planche tant pour les autorités que pour les opérateurs mauriciens au début de l’année prochaine.