« J’ai failli percuter un motocycliste », raconte M.F encore sous le choc plusieurs jours après l’incident. Et aujourd’hui, c’est avec angoisse qu’il roule sa Peugeot 2008. Non pas qu’il a été négligent sur la route ou que le motocycliste a été imprudent de son côté. Le problème est tout autre.

Après une petite enquête, M.F a appris qu’il n’est pas le seul conducteur à témoigner de ce genre d’épisode, avec comme risque la mise en danger de sa vie et de celles d’autres usagers de la route. Ce problème de voitures qui calent en pleine route concerne plusieurs types de véhicules, plus particulièrement les grosses cylindrées et les voitures à injection.

Si concessionnaires et automobilistes pointent du doigt la qualité de l’essence, les autorités réfutent, affirmant que l’essence sur le marché est aux normes. La publication des résultats d’analyses effectuées à Londres est toujours attendue. Plus que les désagréments causés aux automobilistes, cette situation fait craindre le pire. Il suffit d’un accident…

« Depuis quelque temps, j’avais remarqué que lorsque j’accélérai, ma voiture avait des ratés. À chaque fois que je donnai un petit coup d’accélérateur, la voiture broutait. Elle calait. Pour éviter tout problème sur la route, je me suis rendu chez le concessionnaire et après vérification, on m’a assuré qu’il n’y avait aucun problème avec le véhicule », raconte M.F. Cependant, il apprend également qu’il n’est pas le premier à venir à l’agence avec ce type de problème. « On m’a dit clairement que depuis le mois de novembre, et même d’octobre, il y avait au moins 300 à 400 propriétaires de véhicules qui sont venus vérifier leur voiture avec le même problème », dit-il.

S’il reprend sa Peugeot 2008 avec une garantie que ce n’est pas sa voiture qui est défectueuse et continue de l’utiliser pour ses déplacements, M.F. reste traumatisé par l’incident dont il a été victime il y a quelques jours. En roulant sur l’autoroute un matin, il a accéléré pour pouvoir doubler un motocycliste, mais voilà que sa voiture carotte. Tant et si bien qu’il a failli percuter le motocycliste. Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal, mais cet incident le mène à faire une nouvelle révision de sa voiture chez le concessionnaire. Il obtient une nouvelle fois la même réponse : aucun problème avec le véhicule. En questionnant davantage, il apprend que le problème, comme celui des autres 400 désormais conducteurs qui se sont plaints, proviendrait de la qualité de l’essence.

Ce qu’avance également la Motor Vehicule Dealers Association qui, après avoir reçu plusieurs plaintes de ses clients, a informé la State Trading Corporation (STC), avec copie au ministère du Commerce, et réclamé une enquête sur la qualité de l’essence. Si dans un premier temps la STC a émis un communiqué avançant que la qualité de l’essence disponible sur le marché respecte « les normes contractuelles et est de la même qualité que les précédentes livraisons », il ressort que, par la suite, des échantillons ont été récoltés aux fins d’analyses à l’étranger. Ces résultats qui seraient en possession de la STC n’ont toutefois toujours pas été rendus publics.

Le ministre du Commerce, que Week-End a sollicité, avance pour sa part être en présence de résultats préliminaires, et est toujours en attente du rapport final. Toutefois, il soutient  qu’ « il n’y a aucun problème avec l’essence sur le marché. Nous garantissons que l’essence sur le marché est according to specifications of the STC. »

«According to specifications of the STC»

Yogida Sawminaden concède cependant qu’un examen approfondi a été diligenté par la STC auprès d’experts étrangers. Examen qui ne concerne pas uniquement les échantillons d’essence récoltés auprès des différentes stations-service, le fournisseur également, dans les voitures qui rencontrent des soucis en route etc. mais aussi les pièces de véhicules et les additifs. Ces analyses sont effectuées par une agence indépendante à Londres, en présence du fournisseur et des représentants de la STC, dit-il. Affirmant que la nouvelle cargaison d’essence est elle aussi aux normes requises par la STC, le ministre du Commerce indique qu’il faut attendre le rapport final pour comprendre le problème qu’encourent certains automobiles sur nos routes ces temps-ci.

Reconnaissant que ces problèmes dont témoignent les automobilistes sont inquiétants, Yogida Sawminaden, qui note que cela concerne particulièrement les voitures européennes, ou de d’autres marques mais montées en Europe toujours, avance néanmoins que « sur le nombre de véhicules sur nos routes, ce n’est qu’un petit nombre qui rencontrent des soucis. » Toujours est-il, petit nombre ou grand nombre, que ces problèmes risquent de provoquer des accidents avec des conséquences graves, des accidents qui peuvent être fatals.

Si les autorités affirment que la qualité de l’essence ne peut être mise en cause, au niveau de la MVDA, l’on souligne que les résultats d’analyses envoyées en Afrique du Sud par certains concessionnaires confirment qu’il y aurait un problème avec l’essence. Plus précisément celle revendue par une station-service en particulier. Contactée, cette agence dit avoir pris connaissance des plaintes de certains automobilistes à travers la presse et qu’elle collabore, comme d’autres stations-service, pleinement avec la STC pour faire la lumière sur cette affaire. « Les échantillons ont été envoyés aux fins d’analyses et nous attendons les résultats qui nous seront communiqués par la STC », a répondu une préposée de l’agence pointée du doigt. Et d’ajouter que « si nous avions un problème avec notre essence, c’est toute l’île Maurice qui aurait eu des soucis. »

Interrogé sur la publication du rapport concernant la qualité de l’essence, Yogida Sawminaden a indiqué ne pas savoir quand il recevra le document en question. Compte tenu de l’importance de cette enquête, il dit espérer obtenir les conclusions au plus vite, soit avant fin 2019.