La boîte de Pandore entourant le vol de Rs 30 millions de bijoux au détriment de la Société Mauricienne de Saphirs (SMS) continue de déballer ses secrets. Alors que deux employés de ladite compagnie, à savoir Aslam Khodabaccus (46 ans) et Hans Shabeelall (61 ans) – qui étaient chargés du transport de la précieuse cargaison entre l’aéroport de Plaisance et Goodlands – demeurent en détention, les limiers de la Central Criminal Investigation Division (CCID) et de la Northern Division CID sont sur les traces de deux suspects, dont un récidiviste notoire spécialisé dans les braquages. Tout en privilégiant la thèse d’une bande organisée à l’origine de ce vol audacieux, les enquêteurs estiment que cette bande a bénéficié de complicité interne au niveau de la SMS. Lundi, à la suite d’une opération nocturne de grande envergure, neuf boîtes remplies de bijoux ont été récupérés à Mare d’Albert sous un drain…
À hier soir, les enquêteurs étaient des plus avares en commentaires concernant ce qui est désormais connu dans les milieux policiers comme étant le vol le plus audacieux commis depuis des années. Pour cause : une chasse à l’homme a déjà commencé. Divulguer d’amples informations au sujet des deux suspects recherchés serait, pour les enquêteurs placés sous la supervision générale de l’Assistant-commissaire de Police (ACP) Devanand Reekoye, leur donner l’occasion de filer de plus belle s’ils se savent traqués.
L’un des deux suspects recherchés est fiché comme habitual criminal (HC) depuis belle lurette et a pour modus operandi les braquages. Selon nos informations, l’homme en question, narcissique à souhait, ne se lasse jamais de dire qu’il ne prend pas de risques pour de la babiole, ni pour des peccadilles. L’autre homme serait, pour sa part, très bien vu dans certains milieux proches des services aéroportuaires…
Ces deux hommes seraient, selon les enquêteurs, les maillons d’un gang bien rodé, qui aurait bénéficié de substantielles informations quant à l’arrivée ainsi qu’au transport des Rs 30 millions de bijoux dont Aslam Khodabaccus et Hans Shabeelall avaient la charge à partir de leur dédouanement. Pour les enquêteurs, il serait impossible que le gang soit en mesure d’opérer sans une taupe à l’intérieur de SMS. Cette « taupe » serait celle qui aurait fourni le maximum d’informations au récidiviste notoire et à son équipe.
Dans l’optique de la mise à jour de ce réseau bien rodé, l’état-major des Casernes centrales a pris des dispositions précises auprès de la Cour Suprême ainsi que de Mauritius Telecom afin de filtrer tous les appels entrant et sortant des téléphones cellulaires d’Aslam Khodabaccus et de Hans Shabeelall. Un Judge’s Order a ainsi été sollicité dès le début de la semaine. Ce move, laisse-t-on entendre dans le giron des enquêteurs, pourrait très rapidement payer des dividendes…
Dès samedi dernier (NDLR : voir notre précédente édition), les enquêteurs ont eu de très gros doutes quant aux explications des suspects Aslam Khodabaccus et Hans Shabeelall, notamment après les exercices de reconstitution des faits auxquels ils avaient pris part. Surtout en ce qu’il s’agit du « braquage » dont ils auraient été victimes à Calebasses, et des coups de feu qui auraient été tirés en direction de leur 2 x 4. Des contradictions dans leurs versions des faits ont ainsi été relevées. Alors que l’un a indiqué que la fourgonnette immatriculée 2130 MY 07 avait été attaquée à environ un demi-kilomètre du rond-point de Calebasses, l’autre avait, pour sa part, conduit les enquêteurs bien après ledit rond-point, soit à l’entrée de Beau-Plan. L’un a soutenu qu’une balle avait été tirée sur la roue avant, et l’autre, sur la roue arrière de la 2 x 4. Comme par hasard, jusqu’à présent, aucune preuve scientifique, attestant du fait que des coups de feu auraient bel et bien été tirés en direction de la 2 x 4, n’a été obtenue…
Un tip-off providentiel
Les deux employés de SMS, qui ont été reconduits en cellule policière après leur comparution en cour de Pamplemousses hier, maintiennent qu’ils ont été victimes d’un braquage commis par trois individus, circulant à bord d’un véhicule de couleur noire à Calebasses. Dans les prochaines 24 heures, ils seront confrontés à de nouvelles preuves versées au dossier à charge, et les éléments de réponse qu’ils y apporteront devront soit démolir la thèse du braquage pour privilégier la mise en scène, soit indiquer le contraire.
Dans n’importe quel cas de figure, d’autres arrestations sont à prévoir avant la conclusion de cette enquête policière…
Pourtant, en début de semaine, les enquêteurs ne disposaient pas d’informations précises au sujet des deux suspects. C’est un tip-off donné par un Sudiste à un policier de sa localité – à l’effet qu’il avait vu des mouvements très suspects du côté de Mare d’Albert – que les enquêteurs ont touché le jackpot dans la soirée de lundi. Après une opération rondement menée, avec le concours des officiers du Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM), neuf boîtes remplies de bijoux ont été retrouvées dans une bouche d’égout. Celui-ci traverse la route de La Vigie en direction de Mare d’Albert.
Autre indication de l’organisation entourant le vol des bijoux : la présence de certains pièges autour des boîtes retrouvées. Ces pièges ont été habilement déjoués par la police. À hier, selon certaines sources autorisées, il semblerait que la majorité des 40 kg de lingots d’or et des 120 kg d’argent a été répartie dans les neuf boîtes récupérées par la police. Cependant, les enquêteurs insistent pour que les autres boîtes – neuf autres au total – soient également retrouvées.
Dans la soirée de lundi, l’opération policière, qui a été enclenchée peu après 19 h 30, a été suivie de très près par les ACP Pregarsen Vuddamalay, n° 1 de la CCID, Devanand Reekoye, responsable de cette enquête, et Jean-Claude Gungah, responsable de la Southern Division. Et ce jusqu’à 02 h 30 mardi matin. Dans un premier temps, trois boîtes devaient être retrouvées. La progression des enquêteurs s’est avérée des plus ardues, compte tenu des pièges disposés autour des boîtes. Celles-ci, ainsi que leur précieux contenu, ont été placées sous une surveillance des plus strictes au Vacoas Detention Centre dans la nuit de lundi à mardi.
Des développements imminents sont attendus dans cette affaire, qui tient toujours la police en haleine…