ALAIN JEANNOT

Une moyenne de 29 vols est enregistrée chaque jour à Maurice, laissant des victimes traumatisées et étripées de leurs biens. Les coupables, lorsqu’ils sont interpellés, font face à des sanctions qui ne semblent pas les dissuader de répéter leurs méfaits ou dissuader les autres de leur emboîter le pas.

En 2018, les voleurs et cambrioleurs constituaient un peu plus de la moitié de la population carcérale, dont 70% étaient des récidivistes ! Il n’est donc pas surprenant que le voleur de piments de Pointe-aux-Piments n’ait pas été à son premier coup. Il avait déjà été interpellé et pénalement été sanctionné pour le même délit dans le passé. Cette fois, son forfait allait lui coûter la vie. Le propriétaire, qui en avait assez que d’autres récoltent le fruit de son labeur, aurait décidé de prendre les choses en main en faisant le guet. Surprenant le voleur en flagrant délit, il lui aurait administré une funeste correction. Ce malheur irréversible pour le voleur changerait le destin du planteur. Pour un sac de piments, le voici faisant face à un confinement très prolongé, semble-t-il.

Considérant, à raison, que la vie n’a pas de prix, une bonne partie des internautes est tombée à bras raccourcis sur le planteur, l’accusant de tuer pour quelques piments. D’autres, ne les entendant pas de cette oreille, ont souligné le dur labeur des cultivateurs et la compassion à géométrie variable qui leur est injustement réservée. « Pourquoi le meurtre d’un planteur de bananes par des voleurs n’a-t-il pas provoqué une telle indignation ? »  se sont-ils demandé.

Dans un cas comme dans l’autre, il est clair que les vrais enjeux ne sont pas cernés dans les deux camps.

Ne devrions-nous pas plutôt nous poser les bonnes questions sur l’origine de ces tragédies ?

Pourquoi y a-t-il tant de voleurs à Maurice ? La toxicomanie pourrait en être une des causes, alors comment la contrôler ? Pourquoi 7 voleurs sur 10 récidivent ? Les sanctions sont-elles assez dissuasives ? La réhabilitation demande-t-elle à être améliorée ? Les victimes arrivent-elles à être compensées ou à retrouver leurs biens ? Les cas sont-ils élucidés la plupart du temps ? Mettons-nous suffisamment l’accent sur les valeurs morales édificatrices dans notre curriculum ? Une forêt de questions que cache l’arbre de la réaction primaire ; celui qui réduit dans des proportions simplistes une ramification de raisons dont nous ne voyons que les conséquences.

Le virus de la criminalité foisonne aussi dans le confinement de nos réactions primaires. Libérons nos idées, posons-nous les vraies questions et rétablissons cette confiance mutuelle qui fait la part belle à une civilisation digne de ce nom.