Devons-nous nous offusquer des dérapages verbaux outrageants et retournements de veste imprévisibles de la part des dirigeants politiques sans vergogne, ceux-là mêmes qui sont pourtant censés donner le bon exemple ? Devons-nous nous indigner devant tant de volte-face, de mensonges et d’hypocrisie qui polluent de plus en plus notre entourage ? Devons-nous nous révolter face au comportement irresponsable, immoral ou insolent d’une large frange de notre jeunesse en pleine errance ? Devons-nous… ? En effet, la dégradation inquiétante des valeurs de base – morales, sociales, familiales, etc. – ne peut laisser indifférents tous ceux, soucieux de l’existence de tant d’animosité, de hargne et d’antagonisme au sein de notre société. Mais il ne faut pas se leurrer. Au milieu de toutes ces valeurs qui dégringolent, il n’y a qu’une qui émerge aujourd’hui comme le grand vainqueur, la dominante, qui est érigée parfois en idole, en icône que l’on vénère et adore. L’argent.
C’est manifestement, pour demeurer dans le politiquement correct que personne n’ose réellement pointer du doigt la cause radicale de tous nos maux sociaux. L’on évoque souvent la responsabilité des parents, de l’école, des religions, etc., mais que peuvent vraiment ces institutions lorsqu’elles sont elles-mêmes prises dans l’engrenage d’un système socio-économique financiarisé qui, tel un rouleau compresseur, anéantit indistinctement sur son passage toutes les valeurs existantes. La puissance du matériel a atteint ces jours-ci un tel niveau de démesure qu’elle ne peut ne pas avoir d’incidences directes sur les relations humaines et toutes les valeurs qui y sont associées. Même la violence, tant physique que morale, à la télévision et ailleurs, est devenue une commodité bassement commerciale destinée à faire grimper l’audimat et, par conséquent, les profits. Bref, aujourd’hui, la famille ne représente plus ce bastion de sécurité affective qu’elle ne l’était jadis.
Il est évident que lorsqu’un système économique n’est plus soutenu par un minimum de vertu, son développement anarchique, s’il n’est pas maîtrisé, a toujours tendance à provoquer crises et instabilités avec toutes les conséquences que cela comporte pour la population et la société. Ainsi, l’accent sur le capital, au détriment du social, a produit les mêmes effets sous-jacents de par le monde : précarité, chômage, pauvreté, exclusion. À Maurice même, au-delà de la politique de la démocratisation de l’économie, dont on entend parler depuis des décennies et celle de l’intégration sociale, la pauvreté ne cesse de grignoter du terrain. Or, pauvreté et instabilité constituent les deux faces d’une même pièce. Hormis les fléaux mentionnés plus haut, d’autres, tels la drogue, l’alcoolisme, la prostitution, la délinquance sous toutes ses formes, qui émergent en conséquence, ne font que fragiliser davantage la cellule familiale, provoquant sa dislocation dans beaucoup de cas. Et il est déplorable qu’en guise de remède à cette consternante situation, le pouvoir public choisit toujours la voie de la facilité, notamment la consolidation de la répression. Mais le traitement des symptômes de la maladie uniquement ne nous mènera nulle part car la racine du mal est bien plus profonde. L’essentiel aujourd’hui ne repose pas sur des constats béats et des dénonciations tous azimuts, mais c’est d’identifier ce mal et d’agir en conséquence. Car il est temps de mettre un frein à cette politique de l’autruche et se concentrer sur les causes réelles de cette dérive des valeurs qui pourrit notre jeunesse et la société dans son ensemble.