N’est pas Mauricien qui ne connaît pas les glaces   Corona, pourrait-on dire. Aujourd’hui, c’est la quatrième génération qui a pris la relève d’une entreprise ayant vu le jour il y a 88 ans, à en croire Aslam Jewon, de la troisième génération. Rencontré à Arcade Sunassee, Rose-Hill, où il écoule ses glaces fait maison, Aslam Jewon se souvient de son dur labeur à l’époque où il parcourait Rose-Hill pour servir les écoliers, mais aussi des moments forts d’un métier qui l’a exposé au mauricianisme dans ce qu’il a de plus vrai. Pour lui, plus qu’une glace, Vona Corona est un peu comme La Madeleine de Proust. En effet, la saveur, mais aussi le fait de voir un marchand servir la glace sur son tricycle, comme au bon vieux temps, n’est pas sans réveiller des souvenirs d’enfance…
Cela fait 37 ans que Aslam Jewon s’est lancé dans cette entreprise familiale. Aujourd’hui âgé de 60 ans, il a commencé à passer la main à son fils, qui le remplace de temps en temps. Les jours de semaine, en soirée, c’est Aslam ou son fils qui assure la vente à cet endroit, alors que durant la journée, c’est un autre frère qui y est, et le week-end, un deuxième. Proposant au départ des glaces à la vanille et à l’amande, aujourd’hui, d’autres parfums s’y sont ajoutés : fraise et chocolat. Les glaces Vona Corona ont ceci de particulier d’être parsemées d’un coulis d’ananas rouge et de « coco râpé » rose.
Même s’il a hérité d’un savoir-faire familial, Aslam Jewon n’oublie pas la dureté du métier quand il était plus jeune. « Vingt-cinq ans durant, je passais mes journées à travailler à Beau-Bassin. J’allais au Collège La Confiance à l’heure du break et de la récré. Ensuite, je poussais mon tricycle jusqu’au collège Ville Soeur, à Beau-Bassin, pour proposer mes glaces à la fin des classes, à 14h30. À 15h, je poussais encore un peu plus loin, à l’école André Glover, Beau-Bassin, où j’allais soulager la soif des petits avant leurs leçons. Par la suite, vers 16h, je me dirigeais aux Cinéma Lido et Roxy à l’heure de l’entracte… »
Vers 17h, il se rendait alors à l’Arcade Sunassee et y restait jusqu’à 22h45. Malgré les difficultés de son travail, Aslam en garde de bons souvenirs. « C’était très épuisant de pousser mon tricycle de Beau-Bassin, surtout en été, vers 16h30, pour venir à Rose-Hill. Mais j’ai pu nourrir ma famille grâce à mon dur labeur et pu payer l’éducation de mes enfants et les marier. Je ne suis pas sûr qu’un jeune le ferait aujourd’hui. Mais c’est aussi un métier intéressant car j’ai des contacts avec toutes sortes de gens, des personnes de milieux modeste et aisé, des politiciens… Toujours avec un petit sourire. J’ai vécu le mauricianisme dans ce qu’il a de plus vrai et, surtout, j’ai vu 25 générations d’élèves venir acheter mes glaces ?! »