Quelle belle aventure que d’aller à l’Opéra de Vienne! Je ne l’oublierai jamais. Voir l’opéra Die Zauberflöte – La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, un 25 décembre, et l’opérette Die Fledermaus – La Chauve-Souris de Johann Strauss II, un 1er janvier, est une fabuleuse façon de démarrer l’année! À la transition 2014-2015, c’est ce que j’ai vécu en plein hiver dans la capitale autrichienne.
Je ne suis pas forcément amateur d’art lyrique, pardon Friends of the Opera!, mais séjournant trois mois dans « la » ville de l’opéra, je me devais de m’intéresser au Wiener Staatsoper. J’ai donc commencé par un tour guidé de 40mn de cette imposante bâtisse enracinée au coeur du centre historique de Vienne, à deux pas de l’Albertina. Les tours se font en plusieurs langues, au choix, pour une dizaine d’euros.
L’on vous indique, d’emblée, que l’Opéra national de Vienne, d’une capacité d’accueil de 2300 spectateurs, est l’une des toutes premières adresses lyriques au monde où l’on peut savourer la diversité au plus haut niveau de qualité; que c’est l’un des plus grands opéras du monde avec des productions d’un niveau exceptionnel et un programme changeant tous les jours: plus de 60 opéras et ballets différents, 300 jours par saison, de septembre à juin. Le répertoire va du baroque au 20e siècle, la priorité étant donnée au 19e siècle. Question de prestige, les concerts classiques et autres types de spectacles se jouent en d’autres salles de Vienne, et non à l’Opéra.
La tradition veut que l’on y démarre le Nouvel An par une opérette, jouée déjà la veille, lors de la Saint-Sylvestre, pour des raisons pratiques relatives aux employés en période festive. Il faut savoir que plus de 200 techniciens oeuvrent dans les coulisses de l’Opéra de Vienne en 3 équipes opérant le shift des 3/8. Le programme changeant quotidiennement, les décors le sont donc aussi, ce qui implique une organisation monumentale pour toute la mise en place et les répétitions, d’autant que le lieu d’entreposage des décors se situe à quelque 25 km de l’Opéra dont l’infrastructure n’est pas prévue pour y stocker les décors volumineux des nombreux spectacles.
Le guide vous raconte que, l’un des grands projets du Ring, l’Opéra fut construit de 1861 à 1869. Ses architectes, August Sicard von Sicardsburg et Eduard van der Nüll, le conçurent dans un style néorenaissance qui reçut de vives critiques. Van der Nüll se suicida et Sicardsburg mourut d’un infarctus peu après, ce qui les empêcha de voir leur ouvrage achevé. L’inauguration de l’Opéra eut lieu le 18 mai 1869 par une représentation en allemand de Don Giovanni de Mozart.
Des deux douzaines de directeurs artistiques s’étant succédé de 1867 à nos jours, il est fait mention spéciale du charismatique Autrichien Gustav Mahler (7 juillet 1860-18 mai 1911) qui régenta l’Opéra de Vienne d’une main de fer de 1897 à 1907. Ses initiatives n’étaient pas forcément comprises ou appréciées. Mahler favorisa la concentration sur l’oeuvre en faisant baisser les lumières de la salle pendant les représentations, innovation très critiquée mais maintenue par ses successeurs. Il mit aussi de l’ordre dans le public, lui imposa notamment l’obligation d’assister à la représentation des opéras en leur entier sans quitter leur place. Mention spéciale, aussi, du mondialement réputé directeur artistique autrichien Herbert von Karajan (5 avril 1908-16 juillet 1989) qui fut chef d’orchestre de l’Opéra de Vienne de 1956 à 1964.
Pendant  la Seconde Guerre mondiale, le 12 mars 1945, la salle et la scène de l’Opéra sont détruites par un bombardement et le bâtiment ravagé par un incendie, à l’exception du foyer, du grand escalier, du vestibule et du salon de thé. Si la façade, murée par précaution, reste intacte, la quasi-totalité des décors, des accessoires de plus de 120 opéras et de plus de 150,000 costumes part en fumée.
La reconstruction, en une période de difficulté économique, est en partie financée par des dons privés ainsi que par l’Union soviétique. Beaucoup de bois sera utilisé pour améliorer l’acoustique. Avec des transformations ici et là, la capacité de la nouvelle salle passe à 2200 places, en plus de celles, debout, vendues à bas prix 1 h avant chaque spectacle. La façade, l’entrée et le foyer décoré par Moritz von Schwind, épargnés par l’incendie, sont restaurés et gardent leur style originel. Le 5 novembre 1955, l’Opéra rouvre avec une représentation de Fidelio de Ludwig van Beethoven dirigée par Karl Böhm, devant un parterre de personnalités autrichiennes et étrangères.
La visite guidée inclut l’historique du prestigieux Bal de l’Opéra qui a lieu chaque hiver, le jeudi précédant le mercredi des Cendres. Il se tient dans la salle des spectacles, le parterre étant rehaussé jusqu’au niveau de la scène pour servir de piste de danse. L’une des conditions requises aux jeunes couples participant au bal est de savoir danser la valse viennoise, à gauche. L’événement rassemble des personnalités de la haute société, du monde des affaires et de la politique. Le même soir, sur le Ring, des mouvements d’extrême-gauche organisent, depuis quelques années, une « manif du bal de l’Opéra », protestant contre les valeurs incarnées par certains visiteurs richissimes du bal, ce qui a parfois donné lieu à des violences.  
De ce rapide survol d’un siècle et demi d’histoire, ce qui a retenu ma plus vive attention, voire mon admiration est l’Orchestre de l’Opéra, très lié à l’Orchestre philharmonique de Vienne, association indépendante qui ne recrute que parmi les musiciens membres de l’Orchestre de l’Opéra. Si l’Orchestre philharmonique se produit au Festival de Salzbourg et réalise des enregistrements en studio, c’est uniquement l’Orchestre de l’Opéra qui se produit à l’Opéra. J’en ai été conquise, absorbant, enchantée, chaque note des deux spectacles vus les soirs de Noël et du Nouvel An: La Flûte enchantée sous la direction d’Adam Fischer et La Chauve-Souris sous celle de Patrick Lange. L’art lyrique, oui, ça vous transporte, surtout dans un cadre aussi grandiose!