Souvent citée en exemple par les Mauriciens, qui aiment y voir une similitude avec notre pays, Singapour exerce un pouvoir d’attraction quasi surnaturel. Mais tous ne sont pas de cet avis, jusqu’à évoquer l’hermétisme d’un “enfer de béton”. La vérité se situerait-elle entre les deux ?
À Maurice plus qu’ailleurs, Singapour reste “le” modèle à suivre. Poussés en cela par nos politiciens, les Mauriciens aiment s’y comparer, l’évocation de son nom suffisant même parfois à leur faire imaginer une Maurice singapourienne, comme pour s’enfermer davantage dans l’enclave stéréotypée de l’éternelle quête d’un rêve. Pour eux alors, la “cité du lion” n’est plus seulement façonnée à l’image de la renaissance asiatique, mais devient simplement l’exemple, l’élite parmi l’élite, là où l’impossible devient possible. Offrant enfin la satisfaction de vérifier que la force d’une nation ne se mesure pas seulement à l’étendue de son territoire mais à l’obstination de son peuple.
Des idées préconçues, certes, mais modélisées par les nombreuses similitudes existant entre nos deux nations. À commencer par notre petitesse, la cité-État s’étalant sur une superficie trois fois moins grande que la nôtre. Pour peu évidemment que l’on accorde de l’importance à ce genre de considération à nos échelles respectives. Vient ensuite l’alchimie culturelle, la coexistence pacifique entre différentes communautés. Puis, enfin, le niveau de développement et la stabilité économique, semblant résister, contre vents et marées, aux multiples crises mondiales.
Mais la comparaison s’arrête là, pour autant que l’on ne regarde d’ailleurs pas de plus près les arguments précités, de crainte d’y apercevoir finalement plus de différences que de points communs. Reste que le voyageur mauricien trouvera sans doute sur place autant de raisons de durcir ses convictions. Et l’on peut le comprendre, tant il faut avouer que Singapour arbore un visage aseptisé. Trop, diront cependant ses détracteurs. Car contrairement à Maurice, un simple papier ou chewing-gum jeté devant un officier de police est sanctionné par une amende. C’est qu’on ne badine pas avec la loi à Singapour. Au point que certains n’hésitent pas à dire que tout ce qui est amusant y est interdit.
Sentiment de bien-être.
Si cette image négative de la cité-État trouve ses fondements dans la réalité quotidienne des Singapouriens, elle occulte cependant tout ce qui en fait son charme : sa richesse et le sentiment de bien-être qui y est associé. Un petit tour en taxi de l’aéroport de Changhi au centre-ville suffit d’ailleurs pour s’en convaincre. Là, sur les deux bords d’une quatre-voies digne des plus grandes mégalopoles du monde, s’étendent des arbres taillés avec soin. Aucune branche ne dépasse, les oiseaux quasiment “triés sur le volet”. Seule l’humidité nous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un paysage virtuel.
Bientôt apparaît une forêt d’acier et de béton. Sans surprise toutefois, Singapour étant d’ailleurs quelquefois baptisée la “Manhattan asiatique”. Et pour cause : la cité-État est prospère. Et chaque coin de rue, chaque parcelle de trottoir témoigne autant de sa richesse que de l’ordre, avec lequel on ne badine pas, rappelons-le. Sur la Singapore River naviguent des bumboats, eux aussi aseptisés, bondés de touristes. Et, en face, le Boat Quay, où s’alignent autant d’arbres que de restaurants.
Plus loin s’étend le Merlion Park, en fait une zone artificielle gagnée sur la mer. Là, les visiteurs ne manqueront pas de photographier le symbole de la ville, la statue du “Merlion”, une créature fabuleuse mi-lion mi-poisson. De l’esplanade surgissent alors un pont par-delà lequel s’étend une baie, tout aussi fabuleuse, et un auditorium à l’architecture étrange, en forme de durian, fruit dont il vaut mieux se fier au goût qu’à l’odeur.
De Chinatown à Little India.
Mais la véritable richesse de Singapour vient de ses communautés, dont la cohabitation pacifique appelle à la réflexion. Coexistent là, dans des pans de rues entiers, Chinois, Malais et Indiens, et autant de religions. Certains quartiers mériteront ainsi que l’on s’y attarde, à l’instar de l’Arab Street et de l’agréable Bussorah Street, au coeur du quartier musulman, de Chinatown, aux façades recouvertes d’idéogrammes. Ou encore de Little India, où foisonnent les tailleurs et autres tenanciers de boutiques de soie. Un parcours idyllique qui ne saurait se conclure sans une visite du jardin botanique, qui laissera aux souvenirs, c’est certain, l’empreinte indélébile du parfum de sa collection d’orchidées.
Ensuite, si le temps le lui permet, le visiteur n’hésitera pas à s’offrir un moment de détente mérité sur la plage artificielle de l’île de Santosa, accessible en téléphérique. Voire, s’il lui revient de vouloir récompenser par un plus long repos d’exténuantes journées de shopping, l’île indonésienne de Bintan, qu’il pourra rejoindre en bateau rapide en moins d’une heure. Histoire de rendre son séjour encore plus inoubliable !