Pas de réforme idéale, donc, point de réforme. Ils sont nombreux ceux qui diront qu’il vaut bien mieux maintenir le statu quo que de progresser. Même si ce n’est pas dans la direction que chacun du million et plus de la population mauricienne le souhaiterait.

Au train où vont les débats sur les bribes du projet de réforme électorale qu’a arrêté le gouvernement MSM/ML et qui sont distillés par petites doses, alors qu’il s’agit d’une composante fondamentale de la démocratie, il est désormais clair que les prochaines élections se dérouleront selon le modèle que nous a laissé, pour une grande part, le pouvoir colonial. Avec sa classifi cation communautaire d’un autre siècle. Et nous sommes pourtant indépendants depuis 50 ans. C’est vraiment dommage et c’est surtout très triste. A chaque fois que l’on croit être près du but, on reste sur la ligne de départ à regarder constamment dans le rétroviseur.

Les positions les plus irréconciliables se télescopent avec une certaine acrimonie. Les politiques sont frileux, parce qu’ils croient que le peuple ne va pas les suivre. Comme ils sont souvent sous la pression de leurs mandants les plus rétrogrades, sous constante surveillance et qu’ils sont l’objet d’une campagne permanente visant à les décrédibiliser au risque de voir fascistes et socioculturels prendre le dessus, la plupart préfèrent fi nalement le confort au risque, le conservatisme à l’audace. Comme en 2014, on proposera un petit amendement pour permettre à ceux qui veulent vivre leur mauricianité dans toute son authenticité et sa plénitude à ne pas décliner le nom de la tribu dans laquelle on a longtemps voulu les cantonner. Et on continuera indéfi niment avec le même système qui, fi nalement, n’est ni juste ni vraiment démocratique. Dans un autre pays où les politiques auraient été moins prisonniers de ce qu’ils croient être les revendications profondes de leurs origines communales, le dossier aurait été considéré de manière dépassionnée et un effort aurait été fait pour avancer, même si ce n’est pas sur la voie de l’unanimité.

Si le gouvernement voulait vraiment faire date et réaliser cette réforme électorale tant attendue, mais jamais arrivée, et si les autres partis représentés à l’Assemblée nationale et en dehors se mettaient aussi de la partie, ils pourraient trouver une issue. A travers un Select Committee, par exemple. C’est vrai qu’on en a déjà eu, mais cela remonte à très longtemps. A 2005. Il y a eu beaucoup d’événements depuis. Un inventaire du dossiers et une remise à plat ne seraient pas inutiles, parce qu’entre-temps, il y a eu les observations du Comité des droits de l’homme des Nations unies. Il y a quelque chose à faire, et on le souhaiterait urgent, prioritaire. Le Select Committee pourrait se pencher sur tous les aspects de cette réforme et travailler à un système qui s’approche du consensus. Pendant que l’Electoral Boundaries Commission peaufi ne son rapport pour délimiter les circonscriptions dans des proportions plus équilibrées. Mais, malheureusement, cela semble un objectif irréalisable.

Ce fait-là, il est, lui, plus que dommage. Il est carrément révoltant. Menacer de déportation un fi ls du sol de la République de Maurice parce qu’il a protesté contre le peu de moyens et de facilités dont disposent ceux qui tombent malades à Agaléga pour se soigner est inadmissible. On ne sait pas qui est derrière cette décision à relent colonial, mais s’il n’est pas sanctionné c’est qu’il faut entretenir les pires inquiétudes quant à l’intégrité territoriale et à l’égalité des droits de chacun des citoyens de la République. Agaléga c’est Maurice et on ne déporte pas un natif d’une île à un autre. Des confrères ont, dès la semaine dernière, déjà posé le problème de savoir ce que Maurice entendait faire, même si cela reste très hypothétique, des Chagos et des chagossiens, si d’aventure nos îles, du moins pour certaines d’entre elles, vraiment paradisiaques, celles-là, nous étaient restituées. C’est une vraie question. Les colonisés qui se transforment en colonisateurs, l’histoire contemporaine n’est est pas exempte.

Un peu comme l’esclavage et ces esclavagistes que l’on attendait ne pas voir là où ils se trouvaient. On peut faire comme l’a si bien réalisé le gouvernement de 2001 en procédant à une dévolution des responsabilités à Rodrigues, que certains tristes passéistes veulent aujourd’hui recoloniser politiquement, et qui, sous bien des aspects depuis, notamment en matière d’environnement, nous montrent la voie. Ou continuer à entretenir le plus lourd des secrets sur les intentions des uns et des autres sur Agaléga. Il y a l’unité territoriale à encourager et à préserver, mais il y a aussi, avant tout, le respect des peuples qui ont habité ces îles depuis tant d’années. En parallèle de nos aspirations en tant que peuple, il y a notre quotidien. On ne sait plus que penser de ce déferlement de violence qui gagne les jeunes de ce pays. Les images de ce groupe de voyous, parmi lesquels l’époux, en liberté conditionnelle, de la jeune fi lle de 13 ans morte, alors qu’elle était enceinte, qui ont violenté un caporal, sont choquantes.

Et, non contents de l’avoir molesté et de lui avoir craché dessus, ils sont allés jusqu’à saccager sa résidence et sa voiture. Qui aurait pu penser un jour voir de tels actes, ici, chez nous? Et, à peine a-t-on digéré cet épisode scabreux qu’un autre jeune est venu, en cette fi n de semaine, défrayer l’actualité. Celui de l’assassin déclaré d’une jeune femme de 25 ans. Qu’arrive-t-il à notre jeunesse ? Pourquoi paraissent-ils si démunis face aux difficultés de la vie, au déboire amoureux, à la rupture? Pourquoi expriment-ils tant de détresse ? Lorsque l’école faillit et que les parents démissionnent, il faut organiser les recours et les secours. A quand les assises de la jeunesse ?