La société Dufry AG de Bâle, en Suisse, partenaire et fournisseur de Mauritius Duty Free Paradise Ltd (MDFP) – prise dans le tourbillon de l’opération « Lakaz Lerwa Lion » avec l’arrestation de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam –, prépare une contre-offensive. C’est ce que laissent entendre en fin de semaine des milieux autorisés proches de cette compagnie spécialisée dans les produits de luxe et hors taxes, et représentée dans 63 pays au monde. D’ailleurs, ces mêmes sources révèlent que, depuis lundi dernier, la direction générale de Dufry AG a déjà logé une protestation officielle auprès de l’Attorney General Ravi Yerrigadoo au sujet du traitement infligé à Michel Galet, Deputy Chief Operating Officer, et Simo Carevic, Chief Executive Officer de Mauritius Duty Free Paradise Co Ltd dans la nuit du 16 au 17 février dernier, et leur « blocage contre leur gré » à Maurice jusqu’au vendredi 27 février. Toujours au sujet de cette même affaire, l’ancien Attorney General Rama Valayden est revenu à la charge hier après-midi en soumettant une copie de l’affidavit au Central CID en vue d’accélérer l’enquête sur les allégations accablantes à l’encontre de trois ministres, en l’occurrence Pravind Jugnauth, Roshi Bhadain et Ravi Yerrigadoo.
En marge de cette initiative pour fournir des explications au sujet du contrat liant Dufry AG et la MDFP, dont les deux principaux actionnaires sont Airports of Mauritius Ltd (80% du capital) et la State Investment Corporation (20%), une première action a été déjà été enregistrée. Dès lundi dernier, après un « debriefing » complet avec le tandem Gallet/Carevic de retour en Europe durant le week-end, la direction générale de la société helvétique aurait fait parvenir une lettre de protestations à l’Attorney General faisant état de ses « concerns » et ses préoccupations suite à ce qui s’est passé dans la soirée du 16 au 17 février dernier et les menaces et contraintes sur les déplacements de ses deux représentants à Maurice.
À ce stade, la direction générale de Dufry n’envisage pas encore de rendre publique cette première correspondance à Ravi Yerrigadoo. « Toutefois, suite aux événements de ces derniers jours, toutes les options légales sont actuellement à l’étude en vue de formuler une riposte de la part de Dufry, qui est une société cotée en Bourse », a-t-on fait comprendre au Mauricien en ajoutant que d’ici les prochains jours, le SG de Dufry, à Bâle, pourrait émettre un communiqué officiel.
Entre-temps, des échos divers quant aux relations entre Dufry et la MDFP se font entendre depuis ces derniers jours. Une cargaison de produits de luxe destinés aux boutiques hors taxes du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport reçue en début de semaine aurait été renvoyée en Suisse à la mi-semaine. C’est ce qu’indiquent des sources à l’aéroport, et ce alors que d’autres font également comprendre que Dufry aurait déprogrammé Maurice du Duty Free Map and List of Countries sur son site internet. Toutefois, aucune confirmation officielle n’était disponible au sujet de ces deux détails susceptibles d’établir un diagnostic des relations post-VVIPs Saga.
Indépendamment des moves formels envisagés par Dufry pour se défendre dans la conjoncture, les enregistrements audio des conversations et des discussions représentent un véritable casse-tête pour les protagonistes, dont les noms sont cités dans l’affidavit. Ceux qui ont eu l’occasion d’écouter des extraits de ces enregistrements n’en reviennent pas de ce qu’ils ont entendu. Ainsi, la conversation téléphonique du CEO de la MFDP, Simo Carevic, avec un interlocuteur, dont le nom est mentionné dans l’enregistrement, pour confirmer le rééchelonnement de la dette de l’ordre de Rs 40 millions de Rakesh Gooljaury, est considérée comme « édifiante » à plus d’un titre. Le paragraphe 3 de l’affidavit du 26 février dernier fait état de ce détail avec le nouveau directeur du National Security Service, L. Hoolash, rejettant avec force  les accusations portées à son encontre.
« Simo Carevic, the CEO of MFDP was recently visited by one Mr L. Hoolash, Director General of the Security Services at the Prime Minister’s Office on the 19 th January 2015 at 4:30 at the premises of MFDP. M. Hoolash stated  that he had a request to the MDFP from the Prime Minister of Mauritius to extend the payment due by M. Rakesh Gooljaury. The said payment which was for an amount of Euro 1 millions relates to collections for the last five years in relation to returned goods by MDFP to Fashion Style (Mr Gooljaury being the owner) », lit-on à ce paragraphe en prélude à la reunion de la nuit du 16 au 17 février.
La conversation téléphonique enregistrée avait pour but de confirmer à un intermédiaire que la dette de Rs 40 millions de Rakesh Gooljaury a été rééchelonnée jusqu’à juillet prochain au lieu du 31 décembre de l’année dernière.
D’autre part, toujours en ce qui concerne l’affidavit, Me Valayden maintient la pression pour l’ouverture d’une enquête par le Central CID. « Je suis venu remettre au Central CID une copie de cet affidavit. Il y a des informations qui ont paru et un affidavit en circulation, dont le Premier ministre a déclaré qu’il n’en avait pas de copie. Maintenant, je suis sûr qu’il en aura une à travers le central CID. Il y a des éléments très “disturbing” pour le pays. Ces informations peuvent être vraies ou non. Je ne dis pas que tout ce qui est mentionné dans l’affidavit est vrai, mais je ne dis pas non plus qu’ils sont faux. Je dis simplement qu’il y a un contenu. La personne kine prepar bizin dir si seki bann dimoune la ine dir li se sa mem ek si sa bann dimoune la kompran anglais », a-t-il déclaré à la presse hier après-midi.
L’ancien Attorney General se dit confiant que le Central CID sera à la hauteur des attentes de la population à ce sujet. « Je suis un patriote avant tout, mais je n’aurais pas aimé que, de par la manière de faire, le pays perde sa crédibilité. Avec notre croyance en la police, nous sommes venus vers le Central CID. Maintenant, c’est au Central CID d’agir, d’enquêter et de vérifier ces informations », a-t-il poursuivi.
Rama Valayden a accordé un délai d’un mois au Central CID pour faire la lumière sur ces zones d’ombre. « Passé ce délai et s’il n’y a pas de développement, je saisirai la Cour suprême pour un “Writ of Mandamus”. » Affaire à suivre…