Les témoignages au sujet de l’heure d’arrivée de l’ambulance du Samu les jours où Dylan Dennemont (14 ans) et Britney Joomum (8 ans) ont perdu la vie diffèrent avec la version des médecins de ce service, qui sont intervenus dans les cas de ces deux enfants ayant trouvé la mort au Waterpark. Des proches de la famille Dennemont, présents au parc aquatique ce jour-là, ont tenu à relever ce détail qu’ils considèrent « crucial » aux membres de la Commission d’enquête, présidée par la magistrate Shameen Humuth-Laulloo.
Les informations communiquées à la Commission d’enquête durant la semaine, au cours des témoignages des médecins du Samu qui étaient à bord des ambulances dépêchées par l’hôpital de Flacq, sont que le Samu a enregistré l’appel de détresse dans le cas de Dylan Dennemont à 13h46 et que l’ambulance est arrivée sur les lieux à 14h. Dans le cas de la petite Britney, l’appel a été enregistré à 12h30 et l’ambulance est arrivée sur les lieux à 12h52. Ce qui est en contradiction avec les témoignages des proches de la famille Dennemont, qui étaient présents ce jour-là (le 10 octobre 2013), ces derniers ayant soutenu que l’ambulance est arrivée une heure après le drame. Quant à la mère de Britney Joomun, elle a indiqué pour sa part que le véhicule a pris 45 minutes avant d’arriver. Les différents témoins ont tenu, à la Commission d’enquête – qui siège depuis deux semaines à la New Court House –, à pointer du doigt le retard de l’ambulance du Samu le jour où Dylan a trouvé la mort. Par conséquent, ces derniers ont introduit une requête pour être entendus par les membres de la Commission après que la séance initiale, prévue pour 14h, ait été levée. Demande par ailleurs agréée par ladite Commission.
La première personne à témoigner sous serment est Annabelle Agathe. Ce jour-là, lors de la sortie organisée par l’école préprimaire Le Petit Marin, celle-ci avait emmené des spaghettis. Dylan en aurait mangé « un peu » de l’assiette de son fils Adrian (qui n’était pas présent en Cour hier). Racontant en détail les faits, après que Dylan se soit écroulé sur le rebord de la piscine, Annabelle Agathe fait ressortir qu’elle a proposé aux lifeguards et au first aider, qui tentaient de réanimer le garçon, de transporter ce dernier en voiture à l’hôpital de Flacq au lieu d’attendre l’ambulance du Samu, qui, selon elle, « tardait à venir ». L’ambulance serait arrivée sur les lieux une heure après. Elle a aussi tenu à souligner que l’équipe du Samu n’était « pas bien équipée ».
Le témoignage de Joanna Emilien abonde dans le même sens. Celle-ci a en effet expliqué avoir proposé aux sauveteurs d’emmener l’adolescent à l’hôpital de Flacq en voiture. « SAMU ti pe tarde », a-t-elle déclaré. Sous serment, Kenden André a affirmé pour sa part n’avoir pas vu la responsable de l’école Le Petit Marin porter secours à Dylan, comme elle l’avait affirmé en début de semaine à la Commission d’enquête. Un témoignage, pour rappel, qui a été contredit par quatre témoins. « Mo pane trouve miss ine arrive ditout », a-t-il dit. Même son de cloche concernant la suggestion aux employés du Waterpark d’emmener l’adolescent garçon à l’hôpital.
Convaincus que Dylan était encore vivant
Les membres des familles endeuillées ont tenu à témoigner devant la Cour, l’une étant convaincue que Dylan respirait toujours après avoir dégurgité le contenu de son estomac. Mais le Dr Swagath Porun, du Samu – un des assesseurs de la Commission–, devait expliquer au père de l’adolescent, Gino Dennemont, que son fils était déjà décédé. Il devait aussi lui expliquer le protocole du Samu en cas de noyade et les raisons pour lesquelles son fils a été intubé. Gino Dennemont, envahi par l’émotion après ce drame – qui a coûté la vie à son fils –, a déclaré que sa famille est « très affectée » depuis. « Mo contant ki sa commissyion la ine mette dibout. Mo anvie konne la verite. Me li pas vre ki Sami ine arrive dan 13 minutes », a-t-il soutenu aux membres de la Commission.
Autre témoignage : celui de la mère de la petite Britney Joomum, âgée de 8 ans et décédée le 29 septembre, alors qu’elle participait à une sortie scolaire du CEDEM. Relatant les circonstances du drame, Julietta Deenoo a expliqué qu’elle se rendait aux toilettes et se trouvait à quelques pas de Britney – qui se trouvait dans la Kid’s Pool (elle désigne une certaine distance dans la Court Room, représentant une dizaine de mètres) – quand elle s’est retournée et a vu son enfant sur le ventre dans l’eau. Elle a alors accouru vers la piscine pour extirper sa fille de l’eau. « Mone mette li lor rebord. Li ti pe kime. Ti ena banne dimoune ti pe fer bous a bous avek li. Pas ti ena soveter. Apres 10 minutes ki zotte vini », a-t-elle relaté. Lorsque les secouristes sont arrivés, le corps de la fillette a été placé en position latérale. Elle a tenu à faire la remarquer que le Waterpark n’était pas suffisamment équipé, de même que l’ambulance du Samu qui, dit-elle, n’est arrivée sur les lieux que 45 minutes plus tard.
Interrogé par Leckram Chineea, l’autre assesseur de la Commission d’enquête – et qui occupe le poste de Chief Occupational Safety & Health Officer au ministère du Travail –, sur le fait de savoir si elle avait confié la surveillance de sa fille à une autre personne, Julietta Deenoo a répondu par la négative, affirmant que son concubin, Gulbert Burono Stephen Jean Sevance, qui l’accompagnait lors de la sortie scolaire du CEDEM, était « sur ses pas » pour « aller griller une cigarette » à l’extérieur du parc. Ce dernier sera entendu lundi prochain.
Témoignage émouvant de la mère de Britney
L’audition s’est alors interrompue un instant, la mère de Britney ne pouvant retenir ses larmes, affaiblie par le chagrin de la perte de son unique fille, laquelle devait en outre célébrer sa première communion. « Ziste ene sel zanfan mo ti ena. Mone fer tout pou li. Boucou sacrifice mone fer pou li. Zordi mo la vie ine gate », a-t-elle dit, d’une voix sanglotante. Bien que souffrant d’un handicap, Britney n’en laissait rien paraître, tant elle était débrouillarde.
Auparavant, lors de la première séance, le couple Dennemont avait déposé simultanément. Les parents, Gino et Patricia, ont souligné que leur fils Dylan était un bon nageur et faisait même de la plongée sous-marine. « Il était en bonne condition physique », a expliqué le père. Des mineurs, accompagnés de leurs parents, ont également été entendus hier, dont le cousin de Dylan Dennemont ainsi que ses frères Evan et Cédric Savriomootoo, auprès de qui Dylan s’était plaint d’avoir mal à la tête juste avant de s’écrouler sur le rebord de la piscine.