Arrêtez de détruire la jeunesse. Tel est le titre du double CD que lance Wesley Appiah, Suisse d’origine mauricienne. Titre simple et à la limite banal, mais qui traduit exactement le message que veut faire passer le chef cuisinier, qui troque sa toque blanche pour le micro. Un message pour la société suisse et pour le monde entier. Un coup de massue par les mots et le flow pour éveiller les consciences.

Thierry Runghen 

Bandana sur le crâne rasé, blouson en cuir et jeans larges, Wesley Appiah se présente à nous dans le style des rappeurs. Né en Suisse il y a 39 ans, le chef cuisinier n’a pas trop de mal à s’exprimer en kreol. Sa mère, d’origine mauricienne, lui parle dans sa langue maternelle depuis son plus jeune âge. Dès qu’on lui parle en français, il insiste pour s’exprimer en kreol. “J’aime parler le kreol et j’aime Maurice. Je suis content car je suis ici au chaud alors qu’en Suisse, il fait très froid actuellement.”
À travers ce double CD, c’est avant tout un message qu’il veut faire passer. “En Suisse, il y a beaucoup d’argent. Mais les gens qui font face à des problèmes sont livrés à eux-mêmes. Là-bas, tu ne peux compter que sur toi-même pour te sortir de ta mauvaise situation. Je pense aux gens qui ont des problèmes d’alcool ou des problèmes de drogue, par exemple. Je me dis que l’exclusion est quelque chose d’international.”

Quatre ans de sa vie.
Il confie qu’il a décidé de faire un double album pour que son message ait plus de poids. “J’aurais pu sortir deux albums avec ces morceaux, mais ils sont intimement liés. Ils ne peuvent être dissociés.” Il s’agit d’un travail qui lui a pris quatre années de sa vie. “Je voulais faire les choses bien pour mon premier album. Quand j’ai su que j’allais enfin sortir un album, j’ai commencé à travailler sur les 30 morceaux. Il faut compter deux mois par morceau entre l’écriture et la mise en musique. Il n’y a que le morceau éponyme qui existait déjà car je l’ai écrit à 16 ans.” Deux chansons, L’Éveil et Si dur quand tu n’es pas là, sont dédiés à son fils.

 

Le son de cet album est particulier. Il s’apparente au bon rap français, avec des paroles dénonciatrices et un rythme plein d’allant. La voix de Wesley Appiah s’y pose à la perfection : un timbre simple, qui résonne et qui invite à découvrir son univers et son flow explosif. Pourtant, Wesley Appiah n’écoute pas vraiment du rap français ni ne s’en inspire. “Puisque je chante en français, je n’avais pas envie de me laisser influencer par les autres. J’écoute plutôt du rap américain, des chanteurs comme 2Pac et Nas.”

Fan de Marley et de Kaya.
Depuis son enfance, il s’exprime à travers l’écriture. “J’ai toujours aimé écrire des histoires.” Lorsqu’il découvre le rap, il se sert de sa passion pour l’écriture pour la mettre au profit de ce style. “Rap pa bizin bel kitsoz, zis twa ek to lavwa e to kapav rape”, dit-il en souriant. Il ajoute : “Le rap est un style qui te permet de t’exprimer, une façon de transmettre un message qui reste dans la tête.”
Pourtant, pendant dix ans, Wesley Appiah a mis sa passion de côté pour se concentrer sur ses études. Mais l’appel du rap étant trop fort, il s’y est remis après avoir complété ses études. Il a d’ailleurs participé à des festivals en compagnie d’une choriste et d’un percussionniste.

Il fait du rap depuis son adolescence, mais écoute principalement du reggae et du seggae. “Je suis un grand fan de Bob Marley et de Kaya. Je prépare d’ailleurs un album exclusivement en créole, qui sera un mélange de dancehall, de séga et de reggae. On a commencé à y travailler, avec des artistes mauriciens comme Nivem, que j’ai connu en Suisse. L’album devrait sortir au début de l’année prochaine. C’est très important pour moi de sortir un album en kreol morisien.”