Ce White Paper sur la réforme électorale est intelligemment réfléchi afin que ceux qui dominent la vie politique du pays continuent à le faire. D’abord, cette proposition d’introduire une dose de représentation proportionnelle, avec un seuil de 10 % des suffrages pour être élu, va inexorablement exclure de la course électorale les petits partis politiques. L’argument à l’effet qu’un seuil de moins de 10 % pourrait permettre aux partis extrémistes de se faire représenter à l’Assemblée nationale ne tient pas la route. Il existe déjà des organisations socioculturelles extrémistes qui ont l’écoute des grands partis qui sont alternativement au pouvoir.
Je soupçonne qu’en maintenant le seuil pour être élu à 10 % selon la méthode de la représentation proportionnelle, le présent pouvoir PTr/PMSD ne vise qu’à conserver et consolider l’influence de l’argent dans la vie politique à Maurice. Car sans la volonté de réglementer le financement des partis politique, ceux au pouvoir (quels qu’ils soient) vont continuer à profiter des ressources financières illimitées et occultes. Le financement occulte des partis politiques va continuer à permettre aux grands partis de dépasser ce seuil de 10 % pour se faire représenter à l’Assemblée nationale. Finalement, rien ne va changer, excepté que le nombre de députés des grands partis à l’Assemblée nationale va augmenter, cela au détriment des petits partis politiques sans ressources.
Deuxièmement, qu’est-ce que cette histoire de ne plus avoir à déclarer son appartenance ethnique pour être candidats, alors qu’on doit garder une « balance de représentativité » entre les communautés ? Le White Paper ne fait que masquer le Best Loser System sans vraiment l’éliminer.
Navin Ramgoolam sait que s’il maintient le BLS, il est obligé de procéder à un recensement de la population. Or, s’il fait cela, il risque fort de découvrir que le poids des communautés a changé depuis le dernier recensement et que cette croyance que le poste de Premier ministre doit revenir à la communauté majoritaire peut alors se heurter à la réalité des chiffres.
Le White Paper continue donc à conserver sous une forme déguisée le BLS et on introduit une dose de proportionnelle (à 10 %) de façon à ce que les grands partis (dont le gouvernement PTr/PMSD) continuent à profiter du système, grâce au pouvoir de l’argent. Et cela continuera aussi longtemps que le financement (souvent occulte) des partis politiques ne sera pas réglementé.
Chapeau donc à Navin Ramgoolam, car son gouvernement a intelligemment réfléchi pour continuer à dominer. C’est insulter l’intelligence des Mauriciens !