William Cullen, consultant et conseiller en matière pénitentiaire du Counter Piracy Programme de l’United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), en est à sa troisième visite à Maurice. Après son apport dans le plan stratégique de réforme des prisons mauriciennes, il travaille maintenant avec les autorités locales pour une révision de la loi afin de la rendre conforme aux normes des Nations unies pour les droits humains. « Nous voulons d’un système orienté de sorte à ce que lorsque les prisonniers quittent la prison, ils sont mieux à même de vivre en société et d’y apporter leur contribution », dit-il.
Quel est le but de votre visite à Maurice ?
Je travaille avec l’UNODC. Une partie du programme est de renforcer les capacités des pays qui gèrent les pirates. Comme Maurice en compte quelques-uns dans ses prisons, je suis là pour soutenir et pour aider le département des prisons à développer un plan de réforme. Nous avons travaillé sur un plan stratégique de dix ans et maintenant nous travaillons sur la révision de la loi pour la rendre conforme aux normes des Nations unies pour les droits humains.
Ce travail de réforme concerne non seulement une structure qui gère les pirates mais tout le système carcéral mauricien ?
Effectivement, cela concerne tout le système, que ce soit des prisonniers qui y sont de manière provisoire ou ceux qui ont été condamnés.
Qu’est-ce qui demandait à être revu dans le système mauricien ?
Le point majeur est que le système pénitentiaire mauricien a été mis en place selon le système britannique et a été là pour maintenir les prisonniers à l’intérieur. Il y a eu une tentative de pourvoir une formation et de l’éducation. Il y a un fort taux de récidive parmi les ex-prisonniers et notre but est de soutenir le gouvernement mauricien dans sa politique de réduire ce taux afin de faire de Maurice un pays plus sûr en matière de sécurité. Nous voulons d’un système orienté de sorte à ce que lorsque les prisonniers quittent la prison, ils sont mieux à même de vivre en société, d’y apporter leur contribution. Qu’ils puissent prendre de l’emploi au lieu de revenir en prison.
Quand avez-vous commencé à travailler dessus ?
Nous avons commencé à développer le programme l’année dernière. Pour être honnête avec vous, apporter une réforme en prison n’est pas un processus facile et c’est pour cela que le plan stratégique s’étend sur dix ans. Déjà certaines choses ont changé. Des initiatives ont été mises en place et je suis confiant qu’on aura des résultats positifs.
Combien de temps faudra-t-il attendre pour une première évaluation de la réforme mise en place ?
Je dirai au moins deux ou trois ans. C’est ce que prévoit le plan. Je suis confiant qu’il aura un changement significatif avec une vie constructive des ex-prisonniers lorsqu’ils regagnent la société.
De quand date votre première visite à Maurice ?
De mars 2012.
Comment se prépare et s’organise la mise en place de cette réforme ?
Je travaille avec les officiers pour les aider à s’impliquer dans le développement du nouveau programme. Cela concerne un changement organisationnel. C’est fixer des objectifs et s’assurer qu’ils aient un programme de réhabilitation approprié pour chaque prisonnier. On a eu une session, par exemple, au cours de laquelle les officiers qui ont participé à la précédente formation en Australie ont témoigné de leur expérience. Ils ont évoqué le rôle de chacun dans ce système qui est orienté vers un programme pénitentiaire mais aussi de réhabilitation de chaque prisonnier. On souhaite bouger d’une “turn key operation” vers un système de réhabilitation.
Avez-vous eu l’occasion de parler aux prisonniers pour les sensibiliser aux objectifs de la réforme ?
J’ai un problème de langue. Je ne parle ni le kreol, ni le Français mais j’ai pu parler à quelques-uns qui parlent et comprennent l’anglais.
Le plus important dans ce plan stratégique c’est qu’il fait provision pour une rencontre avec tous les prisonniers afin qu’ils aient l’occasion de donner leur avis sur le présent système, de dire ce qui ne va pas et comment ils pensent qu’on pourrait l’améliorer et ce qu’ils souhaitent tirer de là. Cela peut paraître ridicule mais comme ils y sont pour une longue période, il faut qu’ils puissent en tirer le maximum de bénéfice, développer des aptitudes qui leur donneraient l’occasion de faire quelque chose lorsqu’ils sortent. La plupart d’entre eux souhaitent un retour dans la société. C’est une partie du plan stratégique. Les membres du personnel ont aussi eu à répondre à un questionnaire. Nous travaillons beaucoup avec eux pour avoir leur avis sur les changements à apporter. Le travail se fait de concert avec tous ceux concernés. Ce n’est pas à moi de venir imposer quoi que ce soit.
Quand repartez-vous ?
Le 7 juin.
Où aura lieu leur formation ?
Ils seront à Perth et en Australie occidentale où nous avons une World Class Academy. Ils y apprendront plein de choses intéressantes.
Seront-ils présents aux côtés des officiers australiens dans leurs tâches ?
Oui. Un programme est proposé. Ils suivront des conférences et seront exposés aux nouvelles techniques utilisées dans les prisons australiennes. Il y a un certain nombre de techniques que nous y introduisons comme la gestion des crises, la planification pénitentiaire, la gestion des départements, choses qu’ils ne font pas ici. Ils mettront à exécution ces nouvelles techniques à leur retour à Maurice à la nouvelle prison de Melrose.