L’une ne sait ni lire ni écrire. Elle écoute. L’autre se bat contre les qu’en dira-t-on. Cette autre femme, ancienne activiste découragée, est encore plus forte aujourd’hui pour s’engager dans la politique active car elle a le soutien de son mari. Comme elles, 215 femmes ont suivi la formation proposée par Women in Politics, une plateforme émanant de Women in Networking et se disent prêtes à se lancer dans la politique active.
« Mo ekout parol. Mone fer li plizir foi », lance Gurtie Clifford. Cette habitante de Karo Kalyptis âgée de 50 ans, qui ne sait ni lire ni écrire, découvre un nouveau monde. Après avoir suivi plusieurs sessions de formation par Women in Politics (WIP), elle n’a plus peur. Elle a gagné en assurance. « Premye fwa, mo ti pé pensé ki mo pou al fer laba. Mo pa kon narien. Dezièm foi, mo koumans senti moi pli alez ek mo senti mo kapav sanz kitsoz pou bann madam dan sa pei-là », soutient-elle. Aujourd’hui, dit-elle, l’illettrisme n’est plus un problème majeur bien qu’elle a l’intention de suivre des cours dès le début de 2012. « Je suis à l’aise. Je n’ai plus besoin de papiers pour rentrer dans un bureau, pour solliciter les entreprises ou autres institutions pour soutenir la communauté, pour faire des démarches… » Introvertie jusqu’ici, cette grand-mère de quatre petits-enfants affirme avoir récemment frappé à la porte de la municipalité de Port-Louis et d’autres départements pour organiser une fête pour 105 enfants. « Mo al rod gato ek zis pou zot », raconte-t-elle toute émue. Gurtie Clifford n’hésite pas non plus à aller frapper à la porte des ministres pour faire états de la situation et des urgences des gens de sa localité. Active au niveau social, elle souhaite apporter sa contribution de manière active à l’éducation des enfants pour éviter qu’ils ne tombent dans les pièges de la rue.
Combat contre la discrimination
Idem pour Nicole Jolicoeur. « Je voudrai aider les enfants de la localité et les encadrer pour qu’ils ne tombent pas dans la drogue », affirme l’habitante de Ripaille. Mme Jolicoeur met l’accent sur l’importance de l’éducation et la construction d’une société mauricienne sans distinction aucune. Elle raconte, « le coeur encore blessé », des démarches qu’elle a entreprises pour son enfant après qu’il ait suivi un cours en secrétariat. « Dan enn konpani zot dir moi bann katolik nou pa pran. » Elle ne veut pas que d’autres jeunes et parents aient à faire face à de telles situations. Même si elle essuie des critiques, Nicole Jolicoeur ne baisse pas les bras. Elle encourage également les femmes à devenir autonome. « Mon mari est plutôt tranquille. C’est moi qui assume la responsabilité familiale même si les gens nous critiquent. Il faut que nous les femmes, nous avançons », soutient Nicole Jolicoeur. Elle a suivi le cours dispensé par WIP à Curepipe. Elle découvrait aussi à cette occasion la ville.
Bernadette Jhowry, elle, n’est pas nouvelle en politique. Après avoir travaillé pendant dix ans pour un parti, elle a pris ses distances il y a quelques années, car elle ne sentait pas reconnue et appréciée à sa juste valeur. « Person pa ti rekonet mo kapasité », lance-t-elle. « Zot dir ou organiz bis, organiz rénion, fer dimoun vini… Me zot pa trouv mo potensiel pou vinn kandidate. » De plus, poursuit-elle, elle n’avait pas le soutien de son mari, car souvent absente à cause de ses activités politiques. Bernadette Jhowry a assumé des postes de responsabilité dans plusieurs mouvements sociaux et est aujourd’hui une « case worker », à la National Empowerment Foundation (NEF). Aujourd’hui avec la formation de WIP, elle souligne avoir appris à mieux structurer les procédures en vue d’avancer dans sa démarche de politicienne, appris à vaincre sa timidité surtout a pu convaincre son mari, qui la soutient dans ses actions aujourd’hui. Motivée, elle avance : « C’est décidée, je serai candidate aux prochaines élections. Mon but n’est pas de devenir ministre mais de siéger au parlement. Je ne sais pas quand mais je compte bien y arriver ». Elle lance un appel aux maris, aux pères et aux fils de soutenir leurs femmes, filles et mères dans leur engagement politique.
Shaina Woodun, Bhawna Atmaram ou encore Jaya Darbarry, qui ont aussi suivi la formation, lancent un appel aux femmes, en les rassurant qu’elles peuvent et ont le potentiel de s’engager en politique.
Megha Venkatasamy, secrétaire de WIP constate que les femmes, qui suivent la formation de deux jours dispensée en créole, savent ce qu’il faut faire. « Quand on leur demande de faire une enquête sur les problèmes de leur localité, elles en sont déjà au courant et proposent même de suite des solutions », soutient-elle. Lors des sessions, elles apprennent à s’organiser, à faire campagne et à parler aux gens.
À ce jour, 215 femmes ont suivi la formation, un chiffre appelé à doubler d’ici trois mois.
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1 300 femmes pour les élections dans les collectivités locales
Avec l’amendement de la Local Government Act, 1 300 femmes devraient se porter candidates aux prochaines élections dans les collectivités locales, selon la WIP Champion Nushrat Gunnoo. Elle observe que le pays en compte suffisamment et que « les partis politiques ne pourront plus dire qu’il n’y a pas assez de femmes. Ils ont toujours pu compter sur la contribution des activistes et des ailes féminines. C’est le moment de puiser dans ces groupes ».
De plus, elle indique que 215 femmes ont été formées par WIP. La formation, qui a débuté en janvier 2011, se poursuivra l’année prochaine. Le but : avoir une masse critique de femmes prêtes à s’engager.