La première édition du Winter School Programme (WSP) se tient actuellement dans plus d’une vingtaine d’établissements de l’île et s’achèvera cette semaine avec les dernières activités. Ce programme du ministère de l’Éducation destiné aux élèves de troisième et de quatrième a lieu les mardis, mercredis et jeudis entre 9 h et 15 h. Pour les participants, le WSP n’est pas uniquement une nouvelle approche pédagogique pour « reconnecter l’enfant à l’école » mais une manière de redécouvrir les plaisirs de se rendre à l’école.
Suite au « succès » du Summer School Programme lancé en décembre 2011, le ministère de l’Éducation a décidé de rééditer l’initiative durant les vacances d’hiver, jusqu’au 13 août, à l’intention d’une vingtaine d’écoles affichant moins de 50 % de réussite au CPE. Ce programme de soutien scolaire académique pour les élèves des Standards III et IV est agrémenté d’activités ludiques, récréatives et artistiques. Au final, pour une dizaine de jours d’activités, quelque 900 inscriptions ont été enregistrées.
Pour le WSP, le même système pédagogique que celui du Summer School Program a été appliqué. L’unique différence se situe dans le fait que les ONG spécialisées en approche pédagogique ont été mises de côté, résultat d’un lobbying des syndicats du milieu de l’éducation.
Jacques Lafitte, responsable pédagogique du projet et membre du Mouvement pour l’Éradication de la Pauvreté (MEP), explique : « Le Winter School Programme a été lancé sans consultation avec les ONG qui avaient été parties prenantes de la première édition. Maintenant, ce sont les membres du staff des écoles qui s’occupent des élèves concernés ». Vinod Seegum, de la General Teachers Union, se réjouit pour sa part de ce « tremplin » dont bénéficient les enfants. « Cette initiative fort louable du gouvernement a permis aux enfants qui ont des difficultés de reconsolider la base de l’école », dit-il.
Les objectifs visés sont similaires : reconnecter l’enfant grâce à des activités ludiques pour réussir à l’école. Au Domaine les Pailles, le 22 décembre, Vasant Bunwaree, le ministre de l’Éducation, avait fait part de sa satisfaction pour le programme d’été.
« Certains étaient réticents mais ces enfants ont appris en s’amusant. Les enseignants sont également satisfaits du déroulement du programme. L’année prochaine, c’est sûr, il y aura un programme similaire », avait-il déclaré. Satisfaction partagée par le ministre des Finances Xavier-Luc Duval, qui a souligné lors de son discours l’importance de l’égalité des chances. Une mesure que prône le gouvernement qui commence dès l’école.
Selon les observateurs dans le milieu éducatif, les enfants visés par ce programme sont des laissés pour compte du système élitiste actuel dans l’éducation. Souvent allergiques aux livres et issus de familles à problèmes et de quartiers défavorisés, les enfants sont conduits durant ces vacances dans un environnement agréable qui leur permet de se sentir valorisés, ce qui leur redonne confiance en eux-mêmes. Le mot d’ordre : pas de livres et de pression pour l’apprentissage ! Le savoir-faire et le savoir-vivre sont de mise ; par ailleurs, l’enfant reçoit également un repas chaud durant cette période.
Vasant Bunwaree, qui rappelle que cette méthode d’enseignement « focuses on a new learning mode whereby differentiated pedagogical techniques are applied to attend to the varied learning needs and personality development of children », est également persuadé que cet apprentissage via différentes méthodes rend l’école plus intéressante et agréable. Les résultats concrets, dit-il, seront mesurés sur le long terme, permettant aux slow learners de rattraper leur retard.
Jeudi dernier dans la cour de l’école du gouvernement de la Cité Atlee, quelques voix se font entendre. Mais alors que pendant les jours de classe on y dénombre une centaine d’enfants, ce jour-là, seuls une trentaine des classes de troisième et quatrième y sont présents. Dans les cartables, pas de livres relatifs au cursus scolaire. Les enfants ne portent pas d’uniforme non plus. Pour les vacances, ils ont décidé de profiter de leur temps libre autrement. Pourquoi un enfant s’intéresserait-il à se rendre à l’école durant les vacances ? Interrogés, les enfants s’expliquent. « Nou vinn lekol parski pena nanie pou fer lakaz. Isi nou ena kamarad. Apre pena devwar », répondent-ils. D’ailleurs, explique Amicaduth Ramchurn, Deputy Head Teacher, c’est une autre ambiance qui règne à l’école. « Les enfants sont heureux d’être ici ». Raju Kanakiah, ressource person participant au programme, s’occupe pour sa part des activités outdoor. Il constate que les enfants se sentent beaucoup plus « at home » que pendant les jours de classe conventionnels. De plus, les parents savent où se trouvent les enfants. Après avoir vérifié les fiches de présence ce matin, les responsables de l’école soulignent la ponctualité des élèves. « Pour chaque session, nous avons plus de la moyenne présente », explique M. Ramchurn.
À 10 h, les élèves de la troisième rencontrent M. Kanakiah. Après quelques chants, c’est avec beaucoup d’attention qu’ils répondent aux questions et participent activement. Le thème retenu aujourd’hui est les Jeux Olympiques. Chacun des participants est appelé à participer à une discipline. Saut en longueur, saut en hauteur, basket-ball… l’excitation parmi les enfants laisse comprendre qu’ils sont heureux d’être là. Si les filles, beaucoup plus calmes, se défient au saut à la corde en récitant les lettres de l’alphabet, les garçons, eux, préfèrent le basket-ball et le football. En équipe de trois, ils s’opposent en prenant les noms de quelques joueurs de renom. Parallèlement, plus loin, dans les salles de classe, sont donnés des cours en langues orientales, à l’aide de dessins. Meeneeksha (prénom fictif) s’occupe d’une dizaine d’enfants durant cette matinée. Elle explique son approche. « Normalement, j’utilise des livres pour mes classes de langues orientales, mais avec le WSP, j’utilise des dessins et des couleurs pour permettre aux élèves d’assimiler plus facilement ». Pour elle, cela lui permet de renouer le contact avec ses élèves et cela facilite également la communication. « Ils sont en vacances et ils veulent s’amuser. Grâce aux dessins, ils arrivent à mémoriser certains mots tout en s’amusant », souligne-t-elle. Une matinée qui s’annonce non sans difficultés, avec quelques enfants de la quatrième qui, bien que n’étant pas dans sa classe, veulent assister à son cours. Dans la classe d’à côté, place à la créativité avec le dessin. Certains se portent volontaires pour aller chercher les équipements alors que d’autres, les yeux émerveillés, regardent les boîtes de couleurs posées sur la table. « Lakaz nou pena sa. Isi nou servi li bien. Miss bien ed nou », laisse entendre une élève de la quatrième.