Le président de la fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, Nicolas Hulot, a fait hier un vibrant plaidoyer en faveur de la solidarité des nations dans la lutte contre le changement climatique. « La solidarité n’est pas une option mais une condition à la paix », a-t-il lancé.
L’intervention de Nicolas Hulot a pris la forme d’un dialogue fort intéressant avec Patrick Poivre d’Arvor. Pour le militant écologiste, la question de la solidarité ne se pose plus sur une question d’éthique ou morale, mais « c’est une condition à la paix ». Selon lui, aujourd’hui, « dans un monde de plus en plus connecté, qui est relié et qui est très fluide, il est difficile de cacher les inégalités ». Et d’insister : « Les inégalités s’exposent, que ce soit sur le plan démocratique, sur celui de la santé ou en ce qui concerne l’espérance de vie. »
Le changement climatique n’est pas seulement un problème environnemental, dit-il encore, mais est aussi la conséquence d’un modèle de développement économique et financier « qui fait que 1% de la population mondiale contrôle 95% des richesses ». D’où l’importance, selon lui, « de se mobiliser sur la protection de la nature, mais également pour changer de modèle économique et de production énergétique ».
Nicolas Hulot souligne l’importance de se concerter afin de redéfinir, ensemble, ce qui est essentiel pour nos stratégies politiques. « J’espère que Maurice aura pour objectif l’autonomie énergétique à partir des énergies renouvelables », souligne-t-il, rappelant aussitôt que notre voisine, La Réunion, a opté pour une politique de production énergétique axée sur l’énergie renouvelable. « En raison du changement climatique, nous sommes obligés d’accélérer la transition énergétique et de nous affranchir des énergies fossiles afin de rétablir l’équilibre climatique », insiste Nicolas Hulot, avant d’observer que « ce n’est pas hasard que les sources avouées ou dissimulées des conflits armés ne sont pas éloignées du pétrole ou de la production énergétique ». Par conséquent, affirme-t-il, « si chaque pays était capable de produire ses propres besoins énergétiques à l’intérieur de ses propres frontières, cela pourrait donner lieu à un monde plus paisible ». Ce faisant, l’énergie renouvelable pourrait alors devenir « un facteur de paix ». Raison pour laquelle Nicolas Hulot préconise un partage des connaissances.
Il s’élève également contre la construction de murs de protection, ce qui est « contraire à l’esprit de solidarité » qui devait prévaloir. « Ce n’est pas une solution. Il faut bien comprendre que nous avons une obligation de partager les solutions et les moyens qui doivent être rendus disponibles à tous », poursuit-il. « L’idée, aujourd’hui, n’est pas de rechercher des avantages compétitifs, mais de conjuguer nos forces afin de trouver les bonnes alternatives à l’énergie fossile. » Nicolas Hulot rappelle que l’énergie solaire coûte de nos jours « quatre fois moins cher qu’il y a dix ans ».
Soulignant que les pays développés produisent annuellement quelque 50 milliards de tonnes de CO2, il observe qu’une taxe de USD 10 par tonne aurait permis de rapporter pas moins de USD 500 milliards, « somme qui aurait pu être utilisées pour aider l’Afrique à s’émanciper » sur le pan énergétique. « Il ne faut pas attendre la construction de grandes unités centralisées, qui prendront du temps. L’énergie renouvelable est plus facilement accessible, surtout pour les petites communautés. L’avancement rapide du développement des technologies en vue de stocker les énergies intermittentes constitue un soutien majeur dans ce domaine. »
Nicolas Hulot souhaite également que, de la même manière que les banques centrales « n’ont pas hésité à faire de la création monétaire pour renflouer les banques » durant la crise financière, il faudrait « investir massivement dans la lutte contre le changement climatique pour sauver les populations et permettre l’autonomie énergétique ». À noter que Women’s Forum prend fin cet après-midi.