Pour marquer la Journée internationale de la lutte contre le sida, le ministère de la Santé a organisé une activité en présence de plusieurs ministres, parlementaires et militants dans ce combat. C’était ce matin sur l’esplanade de la mairie de Port-Louis. Ont pris la parole le directeur de Pils Nicolas Ritter et les ministres Rashid Beebeejaun (Services publics) et Lormus Bundhoo (Santé). Selon les statistiques du ministère de la Santé, Maurice comptait à fin octobre 2011, 5 124 porteurs du virus. Le thème retenu par l’OnuSida cette année est « Objectif : z?ro nouvelle infection, z?ro discrimination et z?ro d?c?s li? au sida ».
« Je ne crois pas que le ministère de la Santé m’a invité ce matin pour “passer du beurre”… À Pils, nous reconnaissons que du progrès a été fait ces dernières années sous la pulsion du National AIDS Secretariat (NAS) », a déclaré Nicolas Ritter, premier Mauricien à avoir avoué publiquement vivre avec le Sida.
Le directeur de Pils, qui marque cette année ses 15 ans d’engagement dans le pays, a expliqué que « mon rôle, comme activiste, est aussi de relever ce qui ne marche pas. Je ne peux ainsi passer sous silence qu’à ce jour nous avons plus de 4 000 Mauriciens usagers de drogues injectables (UDI), qui représentent la population la plus à risque et qui bénéficient du programme de substitution à la méthadone. Ce n’est pas suffisant ! »
Nicolas Ritter a souligné que « la méthadone ne consiste pas uniquement à donner une cuillère de sirop aux patients… Il y a un encadrement à suivre, une prise en charge, car c’est quand il y a ces manquements que des situations complexes et discriminatoires émergent ». « Je vis avec le virus depuis 17 ans maintenant. Sans une bonne hygiène de vie, la prise de médicaments régulière et un encadrement propice, cela n’aurait pas été le cas. […] Bon nombre de PVVIH ne prennent pas leurs traitements. »
Rappelant le thème « Objectif : zéro » de l’OnuSida, le directeur de Pils a fait ressortir que « depuis le début de l’année, nous avons recensé à l’organisation le décès de 24 patients. Nous savons aussi que 20 PVVIH – des détenus – sont mortes de causes liées au sida, enchaînées à leurs lits d’hôpital au Jawarhalal Nehru à Rose-Belle. »
Nicolas Ritter a aussi rappelé deux cas concernant des PVVIH et des problèmes rencontrés en milieu hospitalier. « Si Pils n’était pas intervenu auprès des autorités, un patient serait décédé car un médecin avait refusé une intervention chirurgicale parce que la personne est séropositive. Et on n’oubliera pas de sitôt le cas de cette femme à Rodrigues, qui a été victime d’insultes et de maltraitances verbales de la part d’un gynécologue qui a appris, après lui avoir prodigué des soins, qu’elle était porteuse du virus ! Ces situations sont intolérables ! » Le directeur de Pils a, dans cette optique, lancé un appel à Lormus Bundhoo. « Je compte sur vous, M. le ministre pour que de telles situations ne se reproduisent pas. »
Rashid Beebeejaun,VPM et ministre des Secteurs publics, a lui fait écho aux propos de Nicolas Ritter et demandé à Lormus Bundhoo « de prendre les actions nécessaires. Les PVVIH sont des malades comme les autres avec les mêmes droits ! »
Le ministre de la Santé a relevé que « selon les estimations, plus de 8 000 Mauriciens sont porteurs du virus ; dont 5 000 sont âgés entre 15 et 47 ans. Soit l’âge fort ! » Lormus Bundhoo a axé son intervention sur le fait que « personne ne contracte le virus du sida par choix ! Aucun Mauricien n’est fier de dire : “Je suis porteur du sida”. Aucun toxicomane ne veut rester esclave des substances.
C’est un concours de circonstances qui amène les gens à devenir esclaves des drogues et à contracter le virus. » De ce fait, a poursuivi M. Bundhoo, « il est impératif que si nous voulons que le progrès initié se poursuive, les efforts doivent émaner du gouvernement et des ONG mais surtout de la population ! » À cet effet, a rappelé le ministre, « le dépistage est primordial. Si les gens ne viennent pas vers nous, nous irons vers eux. Depuis quelque temps, la caravane de la santé se déplace dans diverses régions du pays pour réaliser le dépistage volontaire. Nous étions récemment à Mon Choisy et en moins de trois heures, plus de 600 personnes ont fait un test de dépistage ! Il faut continuer ! »
Nicolas Ritter a aussi salué l’initiative « long overdue » de l’introduction du programme de méthadone « en prison qui commencera incessamment ». Rashid Beebeejaun a souligné que « nous assurons tous les sceptiques que ce gouvernement est totalement engagé dans ce combat ». Dans le même souffle, le VPM a rappelé que « chaque Mauricien, PVVIH ou pas, est reconnu par la Commission de l’égalité des chances ».
Étaient présents à l’activité de ce matin des élus, les ministres Mireille Martin et Shakeel Mohamed, et les députés Kalyanee Juggoo, Aurore Perraud et Abdullah Hossen.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
5 124 porteurs du virus à octobre
5 124 Mauriciens sont officiellement porteurs du sida à Maurice. C’est ce que révèlent les chiffres des services de la santé avec les 29 nouveaux cas détectés à fin octobre. Ils sont donc 4 119 hommes et 1 005 femmes à avoir contracté le virus. Pour le mois d’octobre, 20 hommes et neuf femmes ont été testés positifs au VIH.