En ce 1er décembre, Journée internationale de la lutte contre le Sida, (World AIDS Day), le directeur de PILS « déterre la hache de guerre ». Premier Mauricien à avoir évoqué publiquement vivre avec le sida, Nicolas Ritter est très remonté ! La raison : « J’accuse un système dépassé et pourri ! Bien sûr, il y a eu des avancées, mais surtout aussi, de belles promesses de part et d’autre de nos autorités. Et quand nous voyons la lenteur avec laquelle les choses concrètes se mettent en place, nous ne pouvons plus taire notre colère. D’autant que toutes les conditions sont réunies pour pouvoir, en temps voulu, éradiquer l’épidémie ! » L’activiste est révolté : « Actuellement, on n’a que quatre médecins référents pour 5 200 patients ! À cause de cet état de choses, chaque semaine, on perd un patient ! Ce n’est plus possible ! On ne va pas rester les bras croisés, à regarder mourir nos frères et soeurs PVVIH ! »
« Trop, c’est trop. Je ne peux plus me taire ! » Nicolas Ritter sort de ses gonds. Ce qui l’y pousse : « Nous avons actuellement 5 200 Mauriciens vivant officiellement avec le VIH. Pour autant de patients, nous n’avons que quatre médecins référents. Qui se défoncent et se démènent comme ils le peuvent, et ce, malgré des conditions particulièrement difficiles, pour assurer un service de qualité au maximum de ces patients ! » Et pour cause, souligne M. Ritter, « nous perdons, en moyenne, chaque semaine, un patient ! C’est révoltant de voir mourir des malades à défaut d’un encadrement adéquat et d’un système qui fait défaut ! » D’autant, rappelle-t-il, que « le traitement est là. La technique aussi. Les protocoles sont connus. Il n’y manque que la volonté de pouvoir donner ce traitement à tous ceux concernés ».
Notre interlocuteur reconnaît que « certes, avec 4 médecins pour 5 200 patients, nous sommes mieux lotis que les 170 000 diabétiques qui n’ont que 2 diabétologues ! Mais il faut savoir que, sur ces dernières années, 45 médecins Mauriciens ont été formés en sidénologie. Où sont-ils passés ? Pourquoi ne pratiquent-ils pas dans le domaine pour lesquels ils ont été formés par l’État ? Est-ce que, au final, cela n’a été qu’un gaspillage des fonds nationaux que de financer leurs études pour qu’après ils ne pratiquent pas dans ce domaine précis ? » Et de rappeler que « le sida est une pathologie complexe. Il requiert, de ce fait, une approche et un traitement tout aussi indiqués ».
Nicolas Ritter n’en démord pas : « Oui, c’est vrai, nous n’enregistrons qu’entre 20 à 30 nouveaux cas en moyenne, ces derniers mois, (ndlr : contrairement aux chiffres enregistrés, surtout dans les années 2002 à monter où l’épidémie avait pris une sérieuse pente ascendante). Cette diminution résulte de l’application des mesures de réductions de risques (RdR), telles la méthadone et l’échange de seringues. »
Mais ce qui révolte surtout Nicolas Ritter, c’est « le manque d’égard et d’engagement dans la lutte contre le sida ». Il s’explique : « À l’échelle mondiale, il a été trouvé que les conditions en termes de ressources, de techniques, de traitement et de politique, sont réunies pour pouvoir éradiquer le sida. À Maurice, aussi, ces conditions sont réunies. » Pendant un bon moment, explique notre interlocuteur, « nous avons joué le jeu. On a accepté, nous, la société civile, de ne pas nous braquer systématiquement contre les autorités ; de ne pas avoir recours automatiquement aux médias, pour dénoncer les dysfonctionnements de part et d’autre et de donner une chance à un partenariat avec l’État ».
Reproches à Navin Ramgoolam
Nicolas Ritter remarque que « cela a marché. Dans un sens. Par exemple, avec le National AIDS Secretariat (NAS), nous avons une cellule très déterminée et engagée à nos côtés ». Pourtant, des problèmes subsistent, continue-t-il. « Surtout quand on en arrive aux prises de décisions. Tout l’arsenal politique, la question de hiérarchie administrative, entre autres, bloque le processus. » Au point, relève notre interlocuteur, « où je me demande si l’État veut vraiment en finir avec le sida, puisqu’il en a les moyens, ou s’il ne préfère pas laisser les choses s’empirer ?! Peut-être est-ce un moyen pour avoir des financements étrangers ? »
Le directeur de PILS en veut au chef du gouvernement : « Navin Ramgoolam n’a animé qu’un unique National AIDS Committee (NAC) depuis les calendes grecques ! Depuis, fini ! Alors, nous, la société civile, on travaille sans filet ! » Et de renchérir : « On peut comprendre qu’il n’a pas le temps. Mais alors, qu’il délègue la responsabilité à l’un de ses vice-Premiers ministres ! »
Nicolas Ritter dit en déduire que « si le PM a démissionné de ses responsabilités comme leader dans la lutte contre le sida, c’est qu’il ne fait pas grand cas des vies humaines en jeu ! » Le directeur de PILS relève que « le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, parle en de termes toujours très élogieuses de son “patron”, le PM. Or, force est de constater qu’au final, ce ne sont que des paroles. Encore et toujours ! » Notre interlocuteur est catégorique : « Nous ne voulons plus de leurs paroles. Nous voulons des actes, maintenant. Que l’on prenne conscience qu’il y a des vies en jeu et qu’on les sauve. Tous ensemble ! »
Au cas contraire, note-il, « nous n’aurons d’autre choix que de recommencer à nous battre, via les médias et autres supports. Si tant est que c’est le seul langage qui peut faire avancer les choses, alors oui, nous allons nous y remettre ! »
Et même là, ajoute Nicolas Ritter, « jusqu’où pouvons-nous aller ? S’agissant des manquements dans le service hospitalier, par exemple, où il y a eu rupture de la confidentialité d’un patient ou manque d’égard, on a écrit, réécrit aux autorités concernés. On a demandé des réunions où on a expliqué la situation. Résultat : rien ! Aucune réaction des autorités ! » Il en arrive donc à préconiser l’alternative : « Devra-t-on réserver des encarts dans la presse locale, faire des photos de ceux que l’on dénonce et le publier pour que le gouvernement en prenne acte ? »
Sachant que « cette attitude provoquera certainement des réactions négatives, je souligne que je ne jette pas la pierre à quiconque en particulier, mais à un système sclérosé. Bien sûr, certaines choses ont été mises en place. Des améliorations notées. Mais pour chaque avancée, nous reculons de deux pas ! Alors quand en verrons-nous la fin ? »
Aujourd’hui, samedi 1er décembre, Nicolas Ritter compte bien se faire entendre lors de la cérémonie protocolaire organisée par le gouvernement pour marquer la Journée internationale de la lutte contre le sida. « En souhaitant que, et le ministre de la Santé et le PM, prennent des engagements plus concrets à partir de là ! »