La Journée mondiale des donneurs de sang, célébrée chaque année le 14 juin, nous rappelle l’importance du sang dans notre vie car il sauve des millions de personnes à travers le monde. Environ 40 000 pintes sont collectées par an à Maurice pour alimenter les hôpitaux publics et les cliniques privées. C’est hélas toujours insuffisant. « Il faut continuer à sensibiliser, éduquer et motiver les donneurs, surtout les jeunes », déclarent des professionnels.
À la Banque de Sang à l’hôpital Victoria, Candos, des techniciens s’affairent autour des équipements médicaux et des pintes de sang qui arrivent de différentes régions pour être analysées et traitées avant de repartir vers les hôpitaux, selon la demande. Sans la collaboration de volontaires, cette banque serait vide et ne pourrait plus approvisionner nos établissements de santé.
« Le sang n’est ni acheté ni vendu. Il n’est ni produit en laboratoire ni dans une usine. Seul le corps peut en produire », déclare le blood donor coordinator Rohit Teeluckdharry. « Si l’eau est une ressource rare, le sang est beaucoup plus rare. Nous sommes en urgence quotidienne et en sensibilisation permanente. Nous éduquons et motivons les donneurs éventuels et essayons de les retenir. C’est une campagne continue. Nous devons toujours avoir de nouveaux donneurs. »
Pour pouvoir satisfaire la demande, la Banque de sang sensibilise les jeunes pour qu’ils deviennent des donneurs réguliers. Pour ce faire, elle n’hésite pas à utiliser des moyens de communication modernes. « Nous essayons d’attirer les jeunes avec des idées innovatrices. Par exemple, à travers Facebook où la plupart sont connectés, les messages sur téléphone portable et le recrutement en ligne. Nous les ciblons aussi lors de leur 18e anniversaire en les invitant à faire un don de sang. Nous leur offrons un cadeau pour leur acte. Nous faisons la même chose à l’occasion des anniversaires de mariage, entre autres », indique Rohit Teeluckdharry.
Sur 100 personnes contactées, uniquement 5 % acceptent de donner leur sang. Tout doit ainsi être fait pour les retenir car elles sont des donneurs sains et coûtent moins cher à l’État que le recrutement d’un nouveau volontaire. Des organisations non gouvernementales (ONG) sillonnent ainsi l’île à la recherche des donneurs.
Sobhanand Seegoolam s’occupe de la Blood Donors Association. Il nous conte les difficultés rencontrées sur le terrain : « Les jeunes sont indifférents parce qu’ils n’ont pas eu ces moments difficiles dans leur vie. Ils ne réalisent pas l’importance d’un don de sang, pour eux-mêmes et leur famille. Certaines personnes sont décédées à cause d’un manque de sang. Ils croient aussi qu’on peut tout avoir facilement dans la vie. D’autres craignent cet exercice croyant que c’est douloureux. Mais les recherches ont prouvé qu’une personne qui donne son sang régulièrement reste en bonne santé et a moins de risques cardiaques. Elle se sent très bien dans sa peau. Le plus important est qu’elle sait qu’elle a aidé à sauver des vies », fait-il ressortir.
Reena Chummun et Pratima Nundram de l’Association of Blood Donors Organisers (ABDO) font aussi partie des volontaires. Si la première nommée trouve que le nombre de femmes donnant leur sang est en hausse, la seconde, elle, ne peut malheureusement pas le faire à cause d’un taux d’hémoglobine bas. « Je ne suis pas admissible. Je suis triste mais je peux quand même sensibiliser les autres à le faire. D’où ma décision de me joindre à cette ONG », déclare Mme Nundram. Reena Chummun dit, pour sa part, ne pas comprendre la raison pour laquelle les jeunes ont peur de faire ce geste. « Ils pensent que c’est un exercice douloureux mais ce n’est pas vrai », fait-elle ressortir.
Parmi les Mauriciens, il y a un qui a donné son sang en 64 occasions, dont une fois aux États-Unis. À 70 ans, Neerunjun Sahaban veut continuer à le faire mais les médecins le lui ont interdit. « J’ai donné mon sang pour la première fois à l’âge de 28 ans. Deux jours après, je me suis senti léger et en forme. Ce qui m’a le plus touché, c’est lorsqu’une personne m’a dit qu’en faisant ce geste j’aide à sauver une vie. Je me sens capable d’en donner encore car le sang est quelque chose que mon corps produit, alors pourquoi ne pas en faire cadeau ? Aux États-Unis, j’en ai proposé à des infirmiers qui s’occupaient d’un blessé après un accident de la route. Ça a été un très grand honneur pour moi », déclare-t-il.
Shaalinee (nom fictif), la trentaine, a dû subir une transfusion sanguine lors de sa grossesse, il y a quatre mois, pour sauver sa vie et celle de son bébé. « Ma grossesse était arrivée à six mois lorsque le médecin a trouvé que mon taux d’hémoglobine était faible. J’ai ensuite eu des complications qui auraient pu me faire perdre le bébé qui est né prématurément. Nous avons dû subir tous les deux une transfusion sanguine pour continuer à vivre. Sans ce sang, ni moi ni mon bébé ne serions vivants. Je dois en remercier le donneur », dit-elle.
À Maurice, 2 % de la population font don de leur sang régulièrement, selon les autorités. Mais 5 % sont nécessaires pour que les hôpitaux puissent fonctionner normalement avec la grande demande de sang à cause de nombreux accidents, des opérations cardiaques et des dialyses. On est encore loin du compte…