Alors que le budget est actuellement examiné dans les moindre détails par les parlementaires durant les travaux du committee of supply à l’Assemblée nationale, un nouveau front s’est ouvert pour le ministre des Finances Xavier-Luc Duval, qui doit croiser le fer avec le gouverneur de la Banque centrale, Manou Bheenick. Ce dernier est intervenu mardi sur Radio Plus alors même que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, intervenait à l’Assemblée nationale avant que le VPM et ministre des Finances ne résume débats.
Évoquant les travaux du Monetary Policy Committee (MPC) durant lesquels il a été mis en minorité à plusieurs reprises, Manou Bheenick a fait comprendre que comparativement à 2007 lorsque le MPC était composé de « top professionals » et était moins controversé, le comité actuel est composé des membres de moindre envergure.
Le ministre Xavier-Luc Duval, par le biais d’un communiqué, rétorque que « ce n’est pas à M. Bheenick de décider de la composition du MPC puisque cela relève des prérogatives du Premier ministre et du ministre des Finances ».
Il poursuit en posant une série de questions à Manou Bheenick : « Pourrait-il indiquer clairement lesquels de ces membres du MPC ne seraient, selon lui, pas à la hauteur ? Ceux qui ont été nommés par le Premier ministre ou ceux nommés par le ministre des Finances ? M. Bheenick pourrait-il expliquer comment lui et ses deux adjoints sur le MPC se sentent-ils plus qualifiés que les cinq personnes précitées ? » Et d’insister : « Il serait bon que M. Bheenick éclaire le public sur toutes ces questions. »
Le communiqué du ministère publie également la liste des membres du MPC, à savoir :
1) le Professor Jeffrey Frankel, titulaire d’une chaire à Harvard University’s Kennedy School of Government ; directeur du programme International Finance and Macroeconomics au National Bureau of Economic Research des États-Unis ; membre du President’s Council of Economic Advisers de la Maison Blanche, aux États-Unis, en 1983-84 et en 1996-99. Le professeur Frankel a également écrit plusieurs ouvrages, notamment On Exchange Rates (1993), Financial Markets and Monetary Policy (1995), Regional Trading Blocs in the World Trading System (1997) ;
2) Professor Sylvia Tenreyro, titulaire d’une chaire au Department of Economics de la London School of Economics ; membre du comité éditorial de la Review of Economic Studies et Associate Editor du Journal of Monetary Economics ;
3) Pierre Dinan, l’un des économistes les plus connus de Maurice, formé à la London School of Economics en économie et sciences politiques ;
4) Hemraz Jankee, ancien Chief Economist de la Banque de Maurice, membre du conseil consultatif de l’Official Monetary and Financial Institution Forum (OMFIF), premier Mauricien à faire partie de cette instance internationale de dialogue qui regroupe des économistes et autres experts en politique monétaire et finance de différents pays ;
5) Nishan Degnarain, détenteur d’un Harvard Degree in Development Economics, diplômé de la Cambridge University et de la Kennedy School of Government, de Harvard ; ancien membre de la UK Prime Minister’s Strategy Unit ; consultant chez la firme McKinsey pour l’Afrique.
Dans le cadre de son interview, le gouverneur de la Banque centrale, qui n’était pas présent au Parlement lors de la présentation du Budget et qui ne s’y est pas rendu non plus alors que le Premier ministre prononçait son discours mardi, estime par ailleurs que l’investissement public aurait dû augmenter pour compenser la baisse du taux d’investissement venant du privé. Il considère que les hubs proposés par le ministre des Finances ne donneront rien l’année prochaine et préconise la création d’un service spécialisé dans la planification et qui serait basé au bureau du Premier ministre. Il justifie le prélèvement sur les banques privées et tire la sonnette d’alarme contre la hausse du crédit privé.