Une première à Maurice. Xbreed Supersoul lance, en septembre, son troisième album intitulé 1000 Reasons sur son site, www.xbreed.mu. Le groupe rock mauricien se met à la page, proposant sa musique en ligne uniquement. Le nouvel album sera disponible uniquement en téléchargement. Les deux précédents disques (Live @ the BBC et Letter to G) seront aussi en vente sur le site. Une innovation qui est appelée à faire des émules sur notre sol Kadrikolor.
Xbreed pourra vous donner mille raisons sur son choix de proposer une nouvelle formule de vente pour son troisième opus. Après deux disques aux chiffres de vente désastreux à cause du piratage et du fonctionnement des disquaires, entre autres, Xbreed passe par le téléchargement en ligne. Le nouvel album sera disponible uniquement sur son site, www.xbreed.mu. Deux versions du même album (1000 Reasons) seront proposées aux internautes. Une en téléchargement gratuit (en MP3) et l’autre à partir de Rs 50 en Wave (haute qualité). “Nous ne sommes pas les premiers à faire cela. Nous nous adaptons à la loi du marché du disque”, souligne Vincent Brasse.
Téléchargement. Les têtes pensantes de l’industrie de la musique ont déjà donné leur verdict. Le marché de la musique tel qu’il fonctionne actuellement est condamné à disparaître. Le disque emballé dans une belle pochette sera bientôt chose du passé. Certes, il aura son utilité pour la promo. Ou encore lors de ventes directes : après les concerts, par exemple.
Le piratage et la baisse de la vente de CD chez les disquaires ont forcé les grosses boîtes de la musique à imaginer une autre formule. La solution magique qui s’est imposée est la plate-forme de téléchargement via internet. Les sites de téléchargement, à l’instar de Believe, Beezik, iTunes, ArtistMundi, ont poussé comme des champignons. “C’est le marché de demain. Dans dix ans, les CD et coffrets vont disparaître sur le plan international”, a prédit Nathaniel Veyrat, d’artistmundi.com.
Alternative. Emboîtant le pas des grosses boîtes de production, Xbreed veut couper l’herbe sous les pieds des pirates. Grâce à la formule de vente qu’il propose, avec un prix très compétitif, le groupe sera maître de son projet. La saturation du marché, le faible pouvoir d’achat et le piratage ont eu raison de la bonne volonté du groupe de persister à presser des disques en grandes quantités. À titre d’exemple, Xbreed avait publié 2,500 disques de Letter to G (son deuxième album); après quatre ans, Vincent Brasse a encore quelques cartons qui dorment chez lui. À qui la faute ? Au lieu de faire l’autopsie de cet échec, il a préféré, avec son combo, trouver une alternative pour se faire entendre : le téléchargement. “Nous ne visons pas juste à vendre notre disque. Nous voulons aussi que les gens nous écoutent, d’où la raison d’une version à télécharger gratuitement.”
Investissement. Ce projet d’album a été le plus coûteux des trois opus du groupe. Pour 1000 Reasons, Xbreed a fait venir un ingénieur du son de Paris, Geordie Piseri Diaz (ancien ingé-son au Centre Charles Baudelaire). “Nous avons voulu un son de qualité. D’un album qui sonne vraiment rock. Nous n’étions pas totalement satisfaits du deuxième album. Pour celui-là, nous n’allions pas commettre les mêmes erreurs. Nous avons investi gros pour arriver à un résultat qui nous plaît”, souligne Vincent Brasse.
Enregistré chez Scorpio, dans des conditions difficiles, l’opus est de bonne qualité, car il a été mixé et masterisé à Paris. Les fonds ont été puisés des réserves du groupe au travers de Supersoul Music Society. Une structure qu’ils ont mise en place pour financer les projets du groupe. “Nous avons injecté tous nos cachets de concert dans cette société pour financer notre album. Étant un groupe indépendant, cela nous donne plus de liberté dans la direction vers laquelle nous voulons nous aventurer.”
Xbreed a voulu faire les choses en grand pour ce troisième projet discographique. Outre le site et la qualité sonore de l’opus, il a aussi conceptualisé l’album de bout en bout. Que ce soit au niveau de l’agencement de la musique que de l’ordre des chansons. Les titres ne sont pas numérotés, mais font partie d’un texte exposant le concept. Xbreed est allé à la recherche de quelque chose de différent. Tout a été pensé et conçu de façon à ce qu’il s’intègre dans le concept de base pour, au final, constituer un tout.
Maturité. Le groupe a grandi. Depuis 2007, avec son deuxième album (Letter to G) et sa chanson Didapdap faisant la part belle à la dérision et parsemée de termes mauriciens crus (langet…), Xbreed est passé à autre chose. Le discours est plus sérieux, plus mûr. “Il y a plus de cohérence dans ce que nous proposons. C’est un album atmosphérique. Nous donnons à découvrir un univers propre à l’album. Ce n’est pas une série de chansons qui défilent sans aucun lien. Ici, il y a un ensemble. Et ça reste du Xbreed : les mélodies sont encore là, les guitares électriques aussi. C’est du Xbreed mais avec beaucoup de maturité. Il y a aujourd’hui des pères de famille dans le groupe. Nous sommes plus mûrs.
Musicalement, Xbreed fait aussi dans le séga rock avec ce que nous considérons comme le titre phare de l’album, Kadrikolor. Un texte en créole et au rythme mauricien où le groupe fait montre d’assurance pour égratigner la carte postale et politique de notre île, toujours au second degré. Cette chanson est déjà disponible sur la toile (youtube ou soundcloud.com) ainsi que sur le page Facebook du groupe.
Partenaires. Pour pouvoir réaliser ce projet, le combo a eu le soutien de deux gros partenaires : la boîte Tryangle, qui a construit le site web de Xbreed gratuitement, et la MCB, qui finance le projet du groupe sur une année. “Sans ces deux partenaires, nous n’aurions jamais pu monter ce projet. Pour arriver là où nous sommes aujourd’hui, nous avons beaucoup galéré. Mais nous avons toujours cru dans ce que nous faisions. Et nous avons toujours foncé, souvent tête baissée, pour ouvrir les portes et nous faire une place.” Et c’est à force d’insistance et en faisant montre de sérieux que le groupe a pu avoir la confiance des partenaires qui, aujourd’hui, leur donnent les moyens d’aller au bout de leur rêve.
Le site de Xbreed n’est pas encore opérationnel. Il sera lancé en septembre, en même temps que l’album. S’ensuivra une mini-tournée à travers l’île, qui devrait se conclure par un gros concert. Stay online…
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