Samedi dernier, Yan de Maroussem, randonneur professionnel, a escaladé les sommets des cinq principales montagnes de l’île Maurice dans le cadre de « Stand Up for Green Mauritius ». Quel était l’objectif de cette opération et qui est son promoteur ? Nous essayons de répondre à ces questions dans le portrait qui suit.
C’est dans sa maison de Rivière-Noire, d’où l’on peut voir au loin le Piton de la Petite Rivière Noire, que Yan de Maroussem nous reçoit. Il rentre tout juste de sa première randonnée de la journée qui l’a mené au sommet de la montagne du Morne, frais et dispos, comme s’il venait de faire un simple jogging. Cela fera bientôt dix ans que Yan de Maroussem gagne sa vie en emmenant des gens se promener à travers les sites naturels du pays. Comment devient-on randonneur professionnel à Maurice ? « C’est la suite d’un cheminement physique et spirituel et l’aboutissement d’un parcours de vie. » Fils d’un responsable de club nautique, Yan ne pouvait que s’intéresser au sport. Il pratique le football et le rugby avant de s’intéresser à la course à pied et fait partie de l’équipe de cross du collège du St-Joseph. Il va continuer à pratiquer le cross en Afrique du Sud où il fait ses études en économie et ressources humaines avant de rentrer à Maurice en 1995. Il prend de l’emploi dans une firme de Port-Louis, continue à pratiquer le cross mais tout en ayant une vie agréable, sent qu’il lui manque quelque chose d’essentiel. « Je me posais des questions sur ma vie et son orientation et je ne trouvais pas les réponses. J’ai alors décidé d’aller chercher les réponses en faisant un long séjour dans une communauté religieuse en France. » A la surprise de sa famille et de ses amis, il démissionne de son emploi et part vivre au sein de la Communauté du Chemin Neuf, dans une abbaye située dans les montagnes de la Savoie. « Ma manière de voir les choses et d’avancer dans la vie peut se résumer ainsi : tant qu’on n’a pas essayé, on ne peut pas savoir. J’ai senti qu’il fallait que je fasse autre chose et je suis allé vivre deux ans dans une abbaye. Ces deux années à l’abbaye m’ont donné le goût de la quête intérieure, le plaisir de passer du temps en pleine nature qui contribue beaucoup à mon épanouissement personnel et physique et spirituel. » Ces deux années permettent également à Yan de Maroussem de continuer à pratiquer la course dans les montagnes et de rencontrer Dastée, qui deviendra son épouse. « Elle est originaire de la Lettonie et était venue effectuer un séjour au sein de la communauté du Chemin Neuf. Nous nous sommes mariés en 2001, puis nous avons vécu à Lyon et à Toulouse avant de rentrer à Maurice en 2003. » Au lieu de chercher un travail dans une firme de la capitale, Yan de Maroussem décide de faire autre chose pour gagner sa vie : se lancer dans le trekking et la randonnée pour touristes. En apprenant que vous comptiez gagner votre vie en emmenant les touristes se promener dans la nature, vos parents et vos amis ont dû se dire que le séjour à l’abbaye vous avait donné de drôles d’idées ? « On m’avait déjà pris pour un fou quand j’ai décidé de tout quitter, travail, perspective de promotion, famille, pour aller vivre dans une abbaye. On a dit la même chose quand j’ai décidé de commencer mon activité. Mes proches avaient l’habitude de me voir prendre des décisions hors des sentiers battus, sans jeu de mots. Je me suis dit au pire : si ça ne marche pas, j’arrête et je vais retourner sur le place de Port-Louis chercher un travail plus conventionnel dans les ressources humaines. Au moins, j’aurais eu le privilège d’avoir essayé de faire quelque chose qui corresponde à mes envies. » Après des débuts lents, le rythme s’accélère et les randonnées de Yan deviennent une des activités nature que les hôtels proposent à leurs clients qui veulent sortir du concept plage, mer et farniente pour aller à la découverte du pays en faisant du sport. Encore que pour Yan, il ne faut pas confondre randonnée et exploit sportif. « La randonné, pour moi, n’est pas une épreuve sportive, c’est plus un moment d’échange et de rencontre avec des êtres humains dans un cadre naturel magnifique. Je vis cela plus comme un bien-être. Mon corps se retrouve dans l’effort physique et je participe surtout aux compétitions pour le plaisir. J’ai 43 ans, ce n’est pas maintenant que je vais aller chercher des performances, des médailles et des titres. Dans la randonnée, l’âge n’est pas un frein, on peut continuer à avancer et à se faire plaisir sans penser à la compétition. Ce sont plus des défis avec soi-même. » Est-ce que la randonnée nourrit celui qui en fait son métier ? « Ce n’est pas évident dans la mesure où on est vulnérable puisque dépendant du temps qu’il fait, de la saison touristique. S’il fait trop chaud ou s’il pleut, les clients préfèrent annuler. Des fois, je me dis que si j’étais resté dans un bureau à Port-Louis, j’aurais sans doute gravi des échelons et financièrement c’aurait sans doute été plus facile, mais je ne suis pas sûr que j’aurais eu autant de satisfaction professionnelle. »