Comme le disent Nicole Kidman ou Uma Thurman dans la fameuse pub : “Hey ! What did you expect ?” Car le Stand-up que nous vous présentons en une et dans les pages suivantes fait référence à un monologue comique, une forme particulière de one-man-show. C’est à ce jeu que jouera Yanick Guylène, le 3 décembre au Kafét@Komiko. Adepte de l’autodérision, il en profitera pour nous dire quelques vérités. Histoire d’en rire.
Allons-y ensemble pour une petite expérience de rien du tout. Fermez le poing. Dépliez le doigt du milieu vers le ciel. Brandissez aussitôt la main vers les personnes qui vous entourent et attendez leur réaction (bien entendu, la rédaction décline toute responsabilité dans ce qui pourrait suivre). Maintenant (si vous êtes conscient et toujours en état), réfléchissez à cette question fondamentale : en quoi un doigt est-il vulgaire ? Alors, pourquoi autant s’indigner devant un majeur aux allures si innocentes ? À bien y réfléchir, en quoi ce geste est-il si insultant ?
Pour Yanick Guylène, l’énigme n’est plus. Quand la question a commencé à le tarauder, il a engagé des recherches approfondies et a exploré les abysses du web jusqu’à y découvrir son Graal. De la même manière, c’est en s’improvisant explorateur qu’il a trouvé des réponses à plusieurs de ses interrogations. Comme celles liées aux composantes du shampooing.
Contrairement au commun des chevelus, lui peut secouer sa tignasse dans le vent en se vantant de connaître la provenance de l’huile de jojoba, et il sait ce que calendula officinalis (lire la liste des ingrédients du shampooing pour comprendre) veut dire. Et croyez-le, vous vous mordrez les doigts d’avoir eu l’esprit si tordu quand il vous aura expliqué l’origine du fameux doigt d’honneur. Geste qui, depuis son invention, confère une nouvelle utilité au majeur, doigt auquel l’on n’aurait pas trop prêté attention. On ne lui gâchera pas le plaisir de vous exposer le fruit de ses découvertes. Ce qui ne nous empêche pas de vous relayer sa question lorsqu’il se demande à quoi cela ressemblerait si ce même geste voulait dire je t’aime…
Délire.
Ça y est, vous l’avez compris ! Nous voilà embarqués dans du grand délire. Welcome et bienvenue dans l’univers de Yanick Guylène. Rassurez-vous, rien de (très) vulgaire ou de (trop) tordu. L’humoriste s’est un peu amusé à repousser les limites, se rapprochant du gouffre sans jamais perdre pied. Nous sommes aussi (enfin) loin du registre du gros rire facile, saupoudré de caca-pipi-vomi et servi dans un concert de grimaces à effrayer les épouvantails.
Il y avait sans doute un temps pour cela. Une quinzaine d’années après que les jalons de notre humour ont été jetés, le rire mauricien continue son évolution. Yanick Guylène devient ainsi un des pionniers de la nouvelle ère.
Votez dérangé…
Là aussi, asseyez-vous et rassurez-vous. Rien d’intellectuel ou de trop intelligent pour nous faire rire jaune après que nous avons vu s’esclaffer le voisin sans avoir compris pourquoi. Yanick Guylène s’inspire tout bêtement des scènes de la vie, des expériences vécues par tout un chacun, et prend le toupet de soulever le tapis sous lequel ont été cachés quelques tabous qui font rougir. “J’aime bien déranger les choses, oser. Mais j’en parle sans que ce soit vulgaire ou offensant. Je parle, par exemple, du sexe comme d’une chose banale qui fait partie de la vie des gens, en prenant en considération que c’est souvent un sujet de conservation que l’on n’aborde pas.” On parle donc toujours de zizi, de réflexions que l’on a dans les toilettes ou sur le trottoir, de relations entre monsieur/madame, de politique (surtout que le contexte présent inspirerait naturellement tout humoriste), de choses extrêmement banales de la vie quotidienne. Comme pour le doigt d’honneur et le shampooing, il essaiera aussi de réfléchir avec le public sur des questions, euh…, bien choisies.
Comedy Club.
Tout est dans la manière de dire. Le ton et l’énergie du jeu de Yanick Guylène ramènent directement à l’ambiance du Comedy Club de Jamel Debbouze. Un humour persifleur lancé de bon coeur selon un principe d’autodérision dans une pure logique de pran nisa. Même s’il dit des choses qui bousculeront un peu, ne faites surtout pas l’erreur de prendre la réflexion au premier degré. Aucune vérité blessante à balancer dans la gueule, aucune leçon de moral à donner : “Dans ce que je fais, il ne faut rien prendre au sérieux. Mais en même temps, il faut se dire qu’il y a du sérieux dedans.”
Yanick Guylène vient sur scène uniquement pour faire rire. Mais, dans une société où la bêtise et les susceptibilités sont à fleur de peau – et où l’on se croit obligé de rappeler dans l’arène politique des dinosaures en déphasage, en prétextant qu’eux seuls peuvent sauver notre avenir (réflexion qui n’a rien à voir avec le présent sujet), l’humoriste dit préférer se tenir prêt à toute éventualité pour expliquer les malentendus qui risquent de découler de ses conversations. D’où son appel à un public disposé à accompagner l’humour dans cette nouvelle étape : “Ce spectacle est destiné à des adultes consentants.”
“Dépendant de l’ambiance et de la réceptivité du public”, Yanick Guylène sera sur scène pendant une heure trente, voire deux heures. Selon l’un des grands principes du stand-up, tout en sillonnant la scène avec un texte préparé, le show se construira avec la participation et la complicité des spectateurs et évoluera en fonction de l’ambiance de la soirée. L’humoriste s’y est préparé, confiant en son sens inné de la repartie pour savoir faire face à toutes les situations.
Friendly.
Dans un passé pas trop lointain, il avait tenté de persuader son public que l’une des meilleures façons de faire face à la crise économique serait que l’on devienne tous gays. “Au sein des couples, on ferait alors beaucoup d’économies. Il n’y aurait pas lieu d’acheter les mêmes choses deux fois. Les hommes pourraient à tour de rôle utiliser la même chemise; les femmes, la même serviette hygiénique…” Et de préciser en toute sincérité, qu’en gay-friendly, il ne s’aventurerait pas sur le terrain homophobe.
Tout comme cet amoureux des femmes s’en voudrait d’être misogyne. Mais une petite boutade par-ci par-là ne devrait pas trop faire de mal. Et pourquoi pas dans la foulée, parodier à la sauce macho la fameuse chanson d’une de nos célèbres chanteuses pour en faire la réponse du berger à la bergère ?
Mais ne vous en faites pas, Mesdames. Ce ne sera pas la peine de lui cogner le crâne à coups de talons aiguilles, puisque le Sire Yanick aura la galante amabilité de pousser les hommes à rire d’eux-mêmes. Quitte à passer pour un vendu.
Cliff.
À 28 ans, Yanick Guylène est convaincu de connaître les sensibilités du public et de savoir communiquer avec lui. Cela fait bien une dizaine d’années qu’il est engagé presque à plein temps dans l’humour. Après des débuts au collège aux côtés de Thierry François, il a fait partie de la troupe de Lindsay Moutien et des Sérieux, avant de rejoindre Komiko.
Le cheminement aux côtés de Miselaine Duval lui a été enrichissant et lui a permis de vivre plusieurs expériences et de se faire connaître. Pour rappel, dans la sitcom mauricienne Quelle Famille, il jouait le personnage de Cliff. Depuis, le prénom lui est resté collé : “À tel point que certains pensent toujours que je me prénomme ainsi. Je l’avoue : c’est énervant à la fin !” Vous voilà prévenus, la prochaine fois que vous le croiserez, allez-y de bon coeur avec du “Cliiiifff. Jeeee t’aaaaiiimmmeee.”
Enbalao.
Depuis quelques années, Yanick Guylène a décidé de continuer son parcours en solo pour vivre les choses à sa manière. La collaboration avec d’autres amis artistes est régulière, mais il entend bien faire sa révolution. C’est ainsi qu’il a créé Enbalao, one-man-show, qui a commencé à prendre forme dans sa tête il y a trois ans et demi. Depuis, il l’a peaufiné lors de spectacles privés, tandis qu’il se spécialisait dans l’animation, tout en profitant d’un passage au Club Med pour enrichir sa palette. L’affaire a donc été mûrement réfléchie avant que la date du spectacle ne soit finalement décidée. Comme pour le cinéma, ce spectacle du 3 décembre sera présenté en 3D. Décryptage : “Divertissant, détressant, délirant.”
Riez maintenant.
“Le rire, c’est l’étincelle de l’âme”, répond-il sans réfléchir. Comme chez tout humoriste, Yanick Guylène a en lui un côté philosophe qui prend souvent le dessus (pas trop souvent quand même). “Quand on rit avec tou nou bann andan, cela nous amène un vrai sentiment de bien-être que rien d’autre ne peut procurer.” Depuis qu’il a découvert qu’il valait mieux vivre dans la bonne humeur, il a appris à rire de tout, “même des choses qui ne sont pas riables”. Ce mot n’existe pas, mais c’était pour rire…
Soulignons que le Stand-up de Yanick Guylène sera présenté le 3 décembre à partir de 20h au Kafét@ Komiko à Belle Rose. Les billets sont déjà en vente à Rs 200. Plus tôt ce même jour, l’ancien animateur du Kids Club du Club Med sera accompagné de trois amis pour présenter un show spécialement préparé pour les enfants de 4 ans à monter. Les billets coûteront Rs 75. Les réservations peuvent déjà être faites sur le 753-6666. Le détour en vaut vraiment la peine.