De candidat malheureux en 2000 avant même d’avoir été assermenté comme avocat à sa démission mardi, un parcours politique semé d’embûches pour l’ancien Attorney General.
Yatin Varma était pressé de se jeter dans l’arène politique et il est parti aussi vite qu’il était venu. C’est ce que l’on peut dire du parcours de l’ancien Attorney Général, qui a été forcé à la démission par le Premier ministre mardi à la lumière des derniers développements enregistrés dans l’affaire de l’accident du 4 mai survenu à la croisée des avenues des Rosiers et Trianon 2 à Sodnac.
Avant même qu’il ne soit assermenté comme avocat, il avait choisi de se joindre au PTr en 1999. Membre de l’exécutif, il s’intéresse de près au dossier syndical. Lorsque Navin Ramgoolam décide d’élections «claires et nettes» en 2000, il fait appel à ce jeune aspirant-avocat de 25 ans pour une investiture au N°12 aux côtés du poids lourd Vasant Bunwaree, député de la circonscription depuis 1987.
Mais la déferlante MSM-MMM ayant emporté tout ou presque sur son passage, avec un score de 54/6, les trois candidats de l’alliance PTr-PMXD mordent la poussière aux élections du 11 septembre 2000. Ceux qui étaient présents le jour du décompte des voix gardent le souvenir d’un jeune homme encore inconscient des réalités du terrain, resté auprès de la grille de l’école Mohabeer Burrenchobay de Plaine Magnien face à des agents travaillistes très remontés qui exigeaient d’être payés sur le champ pour les services dispensés. Et c’est l’élu Ivan Collendavelloo qui volera à son secours en demandant à ses agents rouges surexcités de le laisser tranquille.
Quoi qu’il en soit, cela lui donne le temps de boucler sa formation professionnelle,  Il prête serment comme avocat en janvier 2001 et sa revanche électorale, il la prendra au scrutin suivant, celui de 2005. Et de quelle manière ! Son travail patient de proximité sera payant puisqu’il réussit à devancer le vieux routier Vasant Bunwaree dans son propre fief.
Ses premiers pas de parlementaire sont assez timides mais on s’aperçoit assez vite qu’avec le résultat obtenu, il s’attendait à un ministère. Les choses vont très rapidement s’envenimer avec Vasant Bunwaree. L’un se comporte comme le «propriétaire» de la circonscription et digère très mal que le dernier venu lui ait ravi la première place tandis que l’autre estime qu’il méritait une promotion à un maroquin.
Lorsque le procès MCB/NPF est engagé à la fin de 2005 et que le nom du ministre du Travail Vasant Bunwaree figure dans le document de 287 pages, Yatin Varma réclame sa démission, ce qui jette un profond malaise au PTr. Sur son colistier, il aura cette phrase lapidaire : «Il n’est pas disposé à quitter son fauteuil ministériel ? Je le laisse à sa conscience.» S’ajoutent à cela des tracts qui le visent et qui sont l’objet d’une déposition de sa part au poste de police de Sodnac et, comble d’ironie, c’est après enquête son propre Constituency Clerk, Nirmal Domah, qui est appréhendé «for sending indecent material by post.»
«Appoint me as legal adviser on a monthly retainer basis »
Les choses se calment après l’intervention du Premier ministre mais le ver reste dans le fruit. En 2006, c’est au tour de Yatin Varma d’être pris dans une spirale, celle de l’envoi d’une série de correspondances à des collèges ministres en ces termes : «I would be grateful if you could kindly consider appointing me as legal adisver on a monthly retainer basis to one of the institutions falling under your responsability.» Voilà que ce monsieur propre qui pourfendait son collègue ministre est pris en flagrant délit de quémander du travail.
Et alors qu’il dit n’avoir adressé qu’une seule lettre à un ministre, le leader de l’opposition d’alors, Paul Bérenger, fait circuler à une conférence de presse une correspondance semblable adressée cette fois au Medical Council. Les parlementaires médusés apprendront aussi qu’il est déjà le conseiller légal de la SILWF, de la MFDC, de l’ICTA, du CEB, des municipalités de Quatre Bornes et de Vacoas-Phoenix.
L’affaire est d’autant plus délicate qu’il est le président du comité parlementaire de l’ICAC et que des voix s’élèvent pour qu’il fasse l’objet d’une enquête pour trafic d’influence allégué. La pression est telle  que lorsque l’ICAC initie une enquête, il est contraint de se retirer de la présidence de ce comité. Il y retournera après avoir été «blanchi»’ par l’ICAC, qui statuera que la faute, s’il y a, relève plus de l’éthique que du délit pénal.
Les affaires avec Vasant Bunwaree ne s’arrangent pas pour autant, le député posant des questions de plus en plus embarrassantes sur son collègue. Et lorsque viennent les élections de 2010, le couperet tombe. Navin Ramgoolam décide de ne pas l’aligner comme candidat mais en fait son campaign manager au N°5 avec promesse d’être fait Attorney General après les élections.
C’est chose faite. Il sera Attorney General jusqu’au mardi 18 juin. On a découvert une nouvelle facette de sa personnalité dans l’affaire de l’accident de l’avenue des Rosiers. Il n’en est d’ailleurs pas à une contradiction près. Celui qui a eu au moins le mérite de faire voter la légalisation de l’avortement thérapeutique s’était carrément prononcé pour la peine de mort.