Yianna Amodine a 26 ans. Elle est animatrice culturelle, rédactrice et traductrice. Notre invitée nous écrit ses premières passions littéraires. Sa sélection comprend le classique Petit Prince, le Journal d’Anne Frank, mais aussi un roman bien de chez nous…
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé lire. Je pense que l’envie d’écrire a toujours été présente aussi. J’ai écrit ma première pièce de théâtre à 8 ans; ça parlait d’un voyage en train qui se déroulait à l’époque victorienne. Je me demande ce que je savais de l’époque victorienne, ou encore des trains, à l’époque !

Puis, à l’adolescence, je me suis un peu fâchée avec la grammaire et je n’ai plus rien écrit jusqu’à mes 17-18 ans. J’ai lu la plupart des livres qui ont contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui – et dont je vais parler plus bas – à peu près à cette période, et c’est là que je me suis mise à l’écriture de nouvelles, puis de pièces de théâtre, de poèmes et, plus récemment, de livres pour enfants. Je publie d’ailleurs les deux premiers tomes d’une collection de romans premières lectures pour les 6-8 ans chez l’Atelier des nomades, en décembre prochain. La collection s’intitule “La carte magique”, et les deux premiers tomes sont Le trésor de la Citadelle et Le mystérieux phare d’Albion. J’ai déjà publié deux nouvelles dans la Collection Maurice d’Immedia : Dilo Bwi en 2016 et Selebre Lavi en 2017.

Le Petit Prince
Antoine de Saint-Exupéry

J’ai découvert ce classique de la littérature (jeunesse ?) à 18 ans – relativement tard, comparé à la plupart des gens qui le lisent lorsqu’ils sont plus petits. Ce qui m’a frappée en premier dans l’histoire de la rencontre entre un aviateur “sérieux” et ce petit bonhomme extraterrestre venu d’une autre planète, c’est l’écriture simple et imagée de Saint-Exupéry. Mes cours de littérature m’avaient un peu convaincu, à tort, que pour que la littérature soit belle, il fallait à tout prix qu’elle soit compliquée. Or, ce chef-d’œuvre, qui parle aussi bien aux enfants qu’aux grandes personnes, est la preuve qu’une histoire peut être aussi belle que complexe, tout en restant simple. Les habitants loufoques des autres planètes, les renards sages, les fleurs capricieuses, entre autres, m’ont beaucoup amusée, mais j’y ai également vu bon nombre de métaphores et autres allégories qui m’ont beaucoup fait réfléchir à la vie, aux rêves, à l’écriture et aux possibilités infinies. J’ai refermé ce livre en me disant : “Moi aussi, je peux écrire !” Et je m’y suis tout de suite mise avec passion !

Le Journal d’Anne Frank

 

Je me suis d’abord plongée dans ce livre/journal car il allie mes passions pour l’Histoire et les histoires. Et comme cela a été le cas pour la plupart de ses lecteurs, il m’a bouleversée. D’abord pour les raisons évidentes : la Seconde Guerre mondiale, le génocide, le nazisme, la peur, le besoin de se cacher tels des hors-la-loi, la place d’une jeune fille dans ce chaos international. Mais ce qui m’a également interpellée, c’est la place de l’écriture dans une tragédie comme celle-là. La plume d’Anne Frank, qui conserve toutefois une certaine innocence, arrive à traduire, avec une précision accessible à tous, le désordre politique, social et moral de ces temps de crise. J’ai aussi été fascinée par l’histoire derrière la publication de ce journal; les éléments manquants des premières versions, qui témoignent de la crainte profonde que tous éprouvaient – y compris le père d’Anne Frank, qui est à l’origine de cette compilation, même après la guerre. Et une phrase d’Anne, inscrite sur une des premières pages du livre, m’est toujours restée en tête : Le papier a plus de patience que les gens.

L’œuvre de Shenaz Patel

J’ai découvert la plume de Shenaz Patel grâce à son roman Sensitive. J’ai une profonde admiration pour la littérature mauricienne, que je prends beaucoup de plaisir à explorer depuis quelques années. Sensitive, ainsi que d’autres écrits de Shenaz – des romans aux contes, en passant par les chroniques journalistiques – font partie de ceux qui me parlent le plus, car je trouve qu’elle aborde avec brio des sujets omniprésents qui nous touchent tous, à différents niveaux. Les lettres de la petite fille qui évolue – ou devrais-je plutôt dire, survit – dans un milieu social difficile, sont emplies de naïveté mais aussi de vérités. Dans Paradis Blues ou encore dans Le Portrait Chamarel, Shenaz dit tout haut, à la force des mots et de ses convictions, ce que les autres pensent tout bas. Elle fait, selon moi, partie de ces écrivains qui, grâce à leurs rugissements, mûris par le processus de l’écriture, nous encouragent à rugir à notre tour !