La France souhaite redynamiser sa politique de promotion auprès des étudiants mauriciens. D’où la visite à Maurice il y a quelques jours de Yoann Le Bonhomme, un expert de la promotion de l’enseignement supérieur français. Le Responsable géographique Maghreb/Afrique/Moyen-Orient au Département de la Promotion et Valorisation de l’Enseignement supérieur avoue qu’il y a une baisse depuis quelques années du nombre d’étudiants Mauriciens dans les universités françaises. Il en parle dans cette interview et fait part aussi de son appréciation du niveau des étudiants mauriciens. « L’objectif du gouvernement français n’est pas de vider les établissements mauriciens, mais de faire venir les meilleurs éléments pour poursuivre leur formation après l’obtention de leur licence chez vous », dit l’expert français. Il affirme que les autorités françaises exercent un contrôle rigoureux et que le Mauricien peut s’inscrire sans aucune crainte à n’importe quelle université en France.
Vous avez eu des rencontres dans des institutions d’enseignement supérieur publiques et privées ainsi que dans les collèges ; quel est votre constat ?
C’est ma première visite dans votre pays et mon premier constat est que la francophonie est très présente même si la langue officielle du pays est l’anglais. Les étudiants que j’ai rencontrés se sont exprimés dans un français parfait et cela a été une excellente surprise. Les Mauriciens ont cette grande chance d’être bilingues, voire trilingues avec le kreol. Les étudiants ici sont très motivés et sont demandeurs d’informations sur les études en France. J’ai noté aussi l’inquiétude chez des nombreux jeunes par rapport à la langue. Comme ils ont fait leur scolarité secondaire en anglais, ils se demandent s’ils seraient capables de poursuivre en français. La France est le troisième pays d’accueil des étudiants étrangers. Il y a des dizaines de milliers d’étudiants qui ne sont absolument pas francophones et qui ne comprenaient que quelques bribes de français à leur arrivée et qui parviennent à s’adapter. J’ai rassuré les jeunes Mauriciens en leur faisant prendre conscience de l’avantage qu’ils ont eu égard au français, une langue qu’ils parlent couramment.
 
Quel est le nombre de Mauriciens dans cette masse estudiantine en France ?
Pour l’année universitaire 2013-2014, il y a environ 1 600 Mauriciens pour tous les diplômes et ce chiffre est en légère baisse depuis quelques années et c’est là une des raisons de ma visite à Maurice. Nous voulons comprendre pourquoi il y a moins de demandes pour la France et voir comment y remédier. Le système d’enseignement supérieur se développe et c’est la principale raison à mon avis de cette baisse. Les parents se disent « Pourquoi aller à l’étranger s’il y a une offre sur place ? » Il y a environ 300 000 étudiants internationaux dans les établissements publics et ce nombre représente un peu plus de 12 % du total des étudiants. Nous avons quatre-vingts universités, dont treize à Paris, et les autres sont réparties sur tout le territoire dont une à La Réunion. Il n’y a pas de quotas quant au nombre d’étudiants étrangers. Un Mauricien peut envoyer sa candidature dans un maximum de quinze universités.
 
Ne croyez-vous pas que le coût pour aller étudier en France pèse lourd dans le budget aujourd’hui ?
La France offre un meilleur rapport qualité-prix pour les études aujourd’hui et l’État français prend en charge les frais de scolarité de tous les étudiants indistinctement. Nous sommes un des derniers pays à ne pas faire de distinction entre étudiants français et étudiants internationaux.
 
Mais l’hébergement est un souci majeur pour les étudiants mauriciens ; est-ce que cette question a été soulevée dans les rencontres ?
Pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une bourse, je leur conseillerai d’éviter les établissements à Paris. Trouver un logement dans cette région est déjà très compliqué pour un étudiant français et l’est davantage pour un étranger qui vient de débarquer et qui n’a pas de la famille en France. Nous avons de très bons établissements universitaires sur tout le territoire et je conseille aux jeunes Mauriciens de choisir les villes où les demandes sont moins fortes et où ils auraient de la chance d’avoir une chambre en résidence universitaire à un coût modeste, c’est-à-dire entre 200 et 400 euros par mois. Il y a des sites internet qui donnent des adresses pour des logements à un prix raisonnable. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a mis en place un nouveau système qui s’appelle « La clé » et qui est en vigueur depuis cette rentrée universitaire. Le système se porte garant pour l’étudiant au cas où celui-ci n’arriverait pas à payer son logement. Cette mesure rassure les parents à revenus modestes et tout aussi bien ceux qui louent ces logements.
 
Le ministère de l’Enseignement supérieur a-t-il déjà fait une étude sur la performance des étudiants étrangers ?
Il n’y a pas d’études concernant spécifiquement les Mauriciens, mais nous en avons fait une pour comparer la performance des étudiants français à celle des étudiants étrangers en général. C’est ainsi qu’on peut dire que le taux d’échec est plus ou moins le même des deux côtés pour ce qui est du premier cycle d’études. En effet le taux d’échec pour la licence tourne aux alentours de 25 %-30 %. Les étudiants sont moins nombreux en Masters et le taux d’échec est très minime, car à cette étape ils sont beaucoup plus mûrs. Dans l’ensemble un étudiant sur quatre n’arrive pas au bout de sa Licence. On essaie de comprendre la raison de l’abandon et de l’échec et on a mis en place un système de tutorat dans les universités et dans les grandes écoles. En même temps, à Campus France, nous demandons aux étudiants étrangers qui repartent après leurs études s’ils acceptent que nous transmettions leurs coordonnées aux étudiants de leurs pays qui projettent de venir en France. Les anciens peuvent alors aider les nouveaux dans leurs démarches et leur communiquer des informations utiles sur la méthodologie universitaire. Les universités demandent aussi aux internationaux qui sont chez elles depuis au moins deux ans d’accueillir et d’encadrer les nouveaux venus.
 
Y a-t-il une raison spécifique de l’échec de l’étudiant étranger ?
C’est très variable. Certains se rendent compte qu’ils se sont trompés de filière d’études. C’est pour cette raison que nous conseillons aux Mauriciens qui ont un projet d’études en France de s’adresser très tôt à Campus France qui se trouve à l’IFM pour avoir toutes les informations nécessaires et cela permet de faire le choix qui correspond le mieux à leurs besoins.
 
Justement en ce qui concerne la filière d’études, quelle est la tendance chez les Mauriciens ?
Il y a d’abord les Sciences Humaines et Sociales (Humanities) ; ensuite les Sciences dures, et en troisième et quatrième positions respectivement, la médecine et le droit. Actuellement il y a 350 Mauriciens qui étudient la médecine en France.
 
La performance des Mauriciens est-elle satisfaisante ?
En général, les Mauriciens sont de bons étudiants et sont bien appréciés pour leur niveau. D’ailleurs, ceux qui terminent leur licence ici peuvent accéder à un Master en France. Les établissements examinent les dossiers des candidats avant de les accepter. Si les universités françaises considéraient que le niveau des Mauriciens était en deçà elles les accepteraient, mais leur demanderaient de refaire une année de Licence pour une remise à niveau. Mais ce n’est pas le cas des Mauriciens. C’est une donnée qui permet de dire que les universités mauriciennes sont de bon niveau. J’ai pu m’en rendre compte ici à partir des questions que les étudiants m’ont posées et par rapport à la qualité de l’environnement des universités publiques et établissements privés que j’ai visités. Ils se posent de bonnes questions et ils peuvent se renseigner auprès de campus France à l’IFM et obtiendront toutes les informations qu’ils souhaitent obtenir.
 
Existe-t-il des opportunités d’embauche pour les étrangers après leurs études ?
Un étudiant qui vient pour un Master en France a la possibilité après ses études de rester pour une première expérience professionnelle qui correspond bien sûr à la formation reçue et celle-ci est renouvelable chaque six mois. Mais le détenteur de la Licence ne peut pas passer du statut d’étudiant au statut de salarié en France sauf s’il décide de poursuivre des études pour un Master.
 
Est-ce que votre souci principal en visitant à Maurice est le nombre d’étudiants ?
Pas du tout. L’objectif du gouvernement français n’est pas de vider les établissements mauriciens, mais de faire venir les meilleurs éléments pour poursuivre leur parcours après l’obtention de leur licence chez vous. En accord avec les autorités mauriciennes, toutes les bourses offertes par l’ambassade de France sont désormais pour les diplômes de Masters et de Doctorat et cette année il y a 18 Mauriciens qui ont obtenu ces bourses. L’objectif de Campus France est aussi de favoriser des coopérations entre les établissements français et les universités du monde. Il n’est pas impossible qu’on fasse venir à Maurice en 2016 des représentants d’établissements publics et privés pour mettre en place des accords avec les institutions mauriciennes dans plusieurs domaines tels les échanges entre les étudiants, la recherche, la formation des professeurs. Il y a des discussions à un stade avancé entre les gouvernements mauricien et français sur l’implantation des grandes écoles de formation françaises à Maurice et celles-ci s’installeront à Ébène.
 
Il y a aujourd’hui l’exigence de la qualité ; quel type de mécanisme de contrôle avez-vous en France pour veiller au respect des normes à tous les niveaux ?
Il y a deux types d’établissements en France, d’un côté les universités publiques et de l’autre les grandes écoles de formation privées. Il y a un contrôle rigoureux par le ministère de l’Enseignement supérieur. À tour de rôle, un tiers des universités sont contrôlées chaque année par une agence indépendante et après cet exercice, ces établissements reçoivent une accréditation du ministère pour pouvoir délivrer des diplômes. Un étudiant mauricien peut s’inscrire à n’importe quelle université les yeux fermés et obtiendra un diplôme qui est reconnu dans le monde entier. S’agissant des établissements privés, comme partout dans le monde, il y en a qui sont excellents et d’autres qui sont moins bons et dont certains diplômes ne sont pas reconnus. Heureusement que les établissements privés ne sont pas nombreux chez nous et on identifie facilement ceux qui ne sont pas d’un niveau acceptable. Nous avons un barrage pour empêcher qu’un étudiant étranger ne se fasse arnaquer par une école privée. L’étudiant mauricien doit obligatoirement passer par Campus France pour avoir un visa étudiant et le conseiller voit que l’étudiant a eu une inscription dans une institution d’un niveau douteux, il va lui dire de considérer d’autres offres qui correspondraient mieux à ce qu’il souhaite faire. Plus l’étudiant se renseigne tôt à Campus France, plus il a des chances d’avoir un projet d’études mieux réfléchi.
 
Quelles sont les mesures prises par les universités françaises pour prévenir les risques de reproduction des documents dans les travaux des étudiants ?
Les universités sont équipées de logiciel spécial qui permet de scanner tous les travaux de recherches pour le Doctorat et pour le Mémoire dans le cas de Masters. Grâce à ce logiciel le responsable de la thèse peut voir si un étudiant n’a pas fait consciencieusement son travail. En ce qui concerne la Licence le travail de dissertation n’est pas fait à la maison, il est donc plus difficile de plagier.