Dans cet entretien, le ministre du Commerce Yogida Sawmynaden soutient que la baisse des prix des produits pétroliers à l’international n’affecte pas automatiquement les prix à Maurice. « Il y a un décalage de deux mois entre le paiement et la livraison des produits pétroliers », affirme-t-il. Et de souligner que l’argent qui sera recueilli du prélèvement de Rs 4 sur le litre d’essence sera versé dans le fonds de solidarité Covid-19 et permettra de soutenir les dépenses effectuées au plan de la Santé, entre autres.

L’annonce du prélèvement de Rs 4 par litre de carburant (essence et diesel) a pris tout le monde par surprise. Comment justifiez-vous cette décision ?

La décision a été prise à la suite d’une réunion au ministère des Finances. La priorité c’est la santé des Mauriciens. Si tout le pays tombe malade nous savons les dépenses qu’il faudrait encourir dans le secteur de la santé. Ces dépenses n’ont pas été budgétées.

Nous faisons face à une calamité que personne n’avait prévue dans le monde. Il nous faut aujourd’hui tout mettre en œuvre pour combattre ce virus. Nous sommes parvenus à la conclusion qu’il était possible de prélever Rs 4 par litre de carburant afin de contribuer au fonds de solidarité Covid-19. Cela ne veut pas dire que tout l’argent sera dépensé.

On vous reproche d’avoir pris la population de court. Que répondez-vous à cela ?

Le virus même nous a pris par surprise. Je crois que ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait planifier et prévoir. Non ? Ce virus a pris tout le monde au dépourvu.

Ce prélèvement vient-il s’ajouter à ceux qui existent déjà ou est-ce que certains prélèvements ont été enlevés ?

Cette mesure s’ajoutera à la liste de prélèvements qui existent déjà mais elle n’aura aucune incidence sur le prix.

Vous parlez du maintien des prix des produits pétroliers. Mais vous ne dites rien concernant la baisse du prix de ces produits sur le marché mondial ?

Le prix du carburant sera maintenu et surtout, cela sera appliqué à partir du mois de mai. C’est à ce moment qu’on commencera à ressentir les effets de la baisse du prix de l’essence à l’international.

Et la STC a-t-elle bénéficié d’un Windfall Gain comme l’affirme l’opposition ?

Non, nous ne bénéficierons de rien. Nous connaîtrons les répercussions au mois de mai. Lorsque la nouvelle cargaison arrivera, nous saurons combien nous économisons. Le Petroleum Pricing Committee, qui est complètement indépendant, continuera à siéger et analysera la situation.

Les associations des consommateurs réclament une baisse du prix du litre de carburant. Est-ce possible ?

Lorsqu’une baisse intervient sur le marché international, les prix ne baissent pas automatiquement à Maurice. Cela n’a jamais été le cas. Pour donner un exemple simple, je voudrais dire que pour le bateau attendu au mois d’avril, la facture du carburant a été payée en février. Il y a donc un décalage de deux mois. C’est un contrat établi depuis longtemps avec la compagnie Vitol. Cet arrangement ne date pas d’hier. Il nous faut respecter les termes et les conditions du contrat.

En période de confinement la consommation des produits pétroliers n’est pas très élevée. Ce qui nous fait dire que cette mesure prendra de l’ampleur après le confinement…

Justement, avec le nombre de litres vendus actuellement, il n’y a pas de revenus pour les distributeurs des produits pétroliers. Ils sont venus me voir pour me dire qu’ils n’ont pas de revenus. L’essence et le diesel ne se vendent pas en quantité voulue. Ils ne peuvent récupérer l’argent de leurs stations de service également.

Donc ils réclament une forme d’aide…

Ils cherchent des facilités. Or nous n’avons pas de fonds et nous avons à jouer le jeu.

En tant que ministre du Commerce vous avez travaillé conjointement avec la MCCI depuis le début. Quel bilan dressez-vous après la réouverture des supermarchés et des boutiques ?

Nous pouvons dire que nous avons travaillé en étroite collaboration avec tout le monde et aujourd’hui nous constatons que cela a bien marché. C’est un travail d’équipe et de longue haleine que nous avons accompli pour mettre tous les systèmes en place dans le but de protéger la population. Nous avons tout fait pour que les enfants ne soient pas contaminés et que nos familles soient protégées. C’était cela le but de l’exercice. Ce n’était pas un exercice facile. Nous avons abattu un travail énorme. Surtout, il fallait faire comprendre à la population pourquoi les mesures sanitaires ont été mises en place. Ce n’était pas de gaité de cœur que nous avions fermé les supermarchés. Nous avons réussi à mettre tout un protocole en place parce que notre objectif principal est de protéger la population. Rien d’autre.

Avez-vous le sentiment que les Mauriciens jouent le jeu plus facilement aujourd’hui ?

J’ai vu cette semaine-ci que les Mauriciens ont été plus disciplinés. Les gens ont réalisé qu’il n’y a aucune pénurie et qu’il n’y a aucune raison d’aller au supermarché pour rien, une fois que vous avez fait vos achats.

Est-ce que l’approvisionnement du pays se passe bien ?

Pour l’instant il y a quelques petits décalages au niveau des bateaux mais c’est quelque chose de normal et de courant tout au long de l’année.

Le problème des prix et de la qualité des produits a suscité beaucoup de commentaires. Vous avez fait état de mesures et sanctions prises ?

Concernant la qualité et les prix des produits, nous avons mis tous nos officiers de la Consumer Affairs Unit sur le terrain. Nous sommes épaulés par des officiers de police et par les inspecteurs de santé au niveau des collectivités locales. C’est-à-dire que tout le monde prête main forte.

Malheureusement dans une période difficile, certains commerçants profitent de cette faiblesse pour faire quelques sous en plus. Ils paieront des conséquences très graves.

Combien de commerces ont été sanctionnés ?

A ce jour, 536 contraventions ont été servies. Et s’il y a récidive, nous envisageons de suspendre leurs permis d’opération.

Qui sont les principaux contrevenants ?

Nous avons eu des contrevenants à tous les niveaux que ce soit au niveau des tabagies, des boutiques, des marchands de légumes, des supermarchés, etc.

Et le gaz ménager ? Où en sommes-nous ?

D’ici la semaine prochaine, la situation devrait retourner à la normale. Hier et aujourd’hui, les petites boutiques ont commencé à être approvisionnées. Ce jeudi matin j’ai constaté de visu que les boutiques ont commencé à avoir du gaz ménager.

Et quid de la façon dont la farine est distribuée dans le commerce ?

C’est pendant des périodes de crise que surgissent des brebis galeuses. Au niveau de la STC, nous fournissons de la farine en bulk que les distributeurs mettent en paquets. Nous prenons note concernant ceux qui ne font pas leur travail comme il le faut et nous prendrons les sanctions requises.

Y a-t-il eu des employés de la STC qui ont été sanctionnés ?

Oui, il y a certaines personnes qui un beau jour ont décidé qu’ils cesseront le travail à midi et ont voulu tout bloquer le lendemain. Nous avons pris des sanctions qu’il fallait. Nous demandons la collaboration de tout le monde ; nous savons que la STC est un important fournisseur de farine et de riz, on ne peut se permettre que les opérations soient suspendues par un coup de tête. Malheureusement certaines personnes ont voulu faire un chantage. Nous ne cèderons pas au chantage.

Et la pomme de terre… ?

La fourniture de la pomme de terre relève du ministère de l’Agriculture. Nous avons sanctionné certains commerçants parce que le ministère du Commerce a fixé les prix, notamment les oignons à Rs 40 le kilo et la pomme de terre à Rs 40 le kilo, c’est-à-dire à Rs 20 la livre. Si un commerçant vend plus cher que cela nous le prendrons en contravention.

Les membres de la MEXA ont commencé à fabriquer des masques qui seront commercialisés dans l’île !

C’est une très bonne initiative. Nous donnons l’occasion aux entreprises de se redécouvrir et de se réajuster à la situation. Beaucoup de PME ont le potentiel de les fabriquer à condition qu’elles disposent de la technicité et des équipements pour le faire.

Sur les réseaux sociaux, nous avons noté que plusieurs personnes se demandent où est Yogida… ?

Je ne sais pas pourquoi ils disent qu’ils ne me voient pas. Je suis sur les antennes des radios presque tous les jours. Certaines personnes me disent qu’elles ne me voient pas, d’autres disent qu’ils ne m’entendent pas. Il est vrai que la semaine dernière nous étions dans une période de crise mais lorsque tout a été stabilisé ; nous sommes là pour faire passer l’information qu’il faut.

Yogida est bel et bien présent. Or Yogida fait le travail qu’il fait. Je suis de ceux qui croient qu’on juge un politicien par le travail qu’il fait pas lorsque vous le voyez à la télévision ou dans le journal. Ce n’est pas ma philosophie de travail. Je suis satisfait lorsqu’un travail a été fait et bien fait. Je l’améliore si je peux. Je ne suis pas là pour faire du tam-tam et une publicité avec le travail que je fais parce que la population m’a élu.

Le gouvernement me paie pour entreprendre ce travail. Laissez-moi faire mon travail ! Je tiens aussi à souligner que nous effectuons un travail d’équipe. On ne peut pas effectuer ce travail tout seul.

La situation économique s’annonce difficile. Quelles sont vos appréhensions ?

L’économie mondiale est en difficulté et nous sommes une petite île vulnérable et nous ne serons pas épargnés. Pendant le mois écoulé, tout le monde a souffert à tous les niveaux. Il nous faut accepter ce que la Nature a décidé.