La MCCI a été au-devant de la scène depuis la fermeture des frontières, en passant par le confinement et le couvre-feu… Quel est le constat durant ces dernières semaines ?

Notre devise est « not for us but for the country » et c’est ce que nous sommes en train de faire en cette période difficile. La Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), en tant qu’organisation du secteur privé, a le devoir de défendre et de promouvoir les intérêts de ses membres. Nous agissons également dans l’intérêt national. Au vu de cette crise sanitaire sans précédent, il est crucial aujourd’hui de penser à la santé publique, d’abord, mais aussi de s’assurer que les activités économiques essentielles puissent se poursuivre en prenant toutes les précautions nécessaires. Nous avons vu durant ces derniers jours un élan de solidarité extraordinaire parmi beaucoup de nos membres et acteurs économiques pour aider la population dans ces moments sans précédent. À notre niveau, à la Chambre, nous les avons encouragés et aidés afin qu’ils puissent servir le public tout en mettant l’accent sur l’aspect sanitaire dans la conjoncture.
La MCCI avait pour tâche de s’assurer que les secteurs prioritaires fonctionnent. La demande en alimentation a été lourde et nous avons dû travailler d’arrache-pied pour pouvoir honorer ce challenge. Peut-être les gens ne réalisent pas la complexité de cette situation, car on a dû regrouper toute la « supply chain » du port jusqu’aux étagères. Nous avons aussi été en pourparlers avec les autorités pour que certaines compagnies puissent procéder au dédouanement des marchandises essentielles, par exemple. De même, nous avons aidé dans la préparation de ces « packs » de vivres qui ont été distribués aux familles se trouvant sur le Social Register de Maurice. Pas moins de 36 000 « packs » en 40 heures, cela démontre la force de mobilisation parmi ceux qui ont de la volonté. La MMCI aura été un instrument dans cette aide. L’expérience que j’ai acquise en « Crisis Management » lors de mes précédentes affectations m’a grandement aidé.

Quel a été le message véhiculé à vos membres avec l’arrêt des activités économiques pour une durée indéterminée ?

Le message est clair : la santé de la population est prioritaire. Nos membres ont bien accepté le fait qu’il faut respecter toutes les conditions imposées par l’État dans l’intérêt national. Toutefois, il faut aussi souligner que certaines entreprises des « secteurs essentiels » offrent un service minimal avec un effectif restreint pour continuer à servir la population, et ce sans mettre en danger la santé de leurs collaborateurs. Cela requiert une excellente organisation, et nous les remercions de tout mettre en œuvre pour que le confinement se passe dans les meilleures conditions. Il y a certes une inquiétude économique, mais cela dépend de nous tous. L’enjeu principalement demeure dans notre rapidité à surmonter la crise sanitaire. Sinon, ce sera catastrophique. Singapour, par exemple, s’est rapidement relevée après que le pays a strictement observé le confinement imposé. L’impact économique dépendra de la vitesse à laquelle les Mauriciens neutraliseront la propagation du coronavirus. Il n’y a toutefois pas uniquement que des conséquences économiques, mais aussi psychologiques, découlant de ce confinement. Plus les gens restent à la maison, plus ils auront besoin d’alimentation, d’énergie et d’eau. La relève économique dépend grandement du respect du confinement imposé.

Parlez-nous des discussions avec les supermarchés pour la commercialisation des produits en ligne ?

Before it’s about food for the neeedy. On a dû superviser toute la chaîne avant la mise sur pied de cette plateforme. Cela a impliqué des discussions avec les services portuaires en passant par les opérateurs des camions, des logistiques, le côté « mechandising » ou encore la sécurité. Si enn pa fonksione, tou tonbe. C’est un gros travail que de s’assurer que tous les camions puissent circuler, et que les embarquements et débarquements se passent dans de bonnes conditions, entre autres. Dans l’esprit de faciliter la distribution des produits essentiels et de décourager les gens à sortir, la MCCI a jugé bon de mettre un portail d’achat en ligne afin de décourager les gens à sortir pour faire des achats. Le système d’achat en ligne est quand même bien utilisé à Maurice, même si les gens en général préfèrent aller faire leur shopping dans les grandes surfaces et magasins.
Nous n’avons qu’à voir le nombre de services d’achat en ligne offerts qui circulent à travers les réseaux sociaux. Petit à petit, ce système prend sa place dans le paysage commercial mauricien. Plusieurs rencontres ont eu lieu avec les dirigeants des grandes surfaces et les opérateurs en ligne pour voir comment mieux servir la population dans cette période de confinement. Donc, le système d’achat en ligne fait partie des mesures de facilitation qu’offre la MCCI. Pour le moment, cinq opérateurs y sont inscrits. Nous espérons que ce nombre augmentera dans les prochains jours. D’ailleurs, nous notons un réel engouement pour l’achat en ligne dès le lancement du site. À un moment donné, il y a même eu une saturation des sites Web proposant ce service, avec plus de 110 000 demandes. Mais nous sommes confiants que ce système fonctionnera normalement dans les jours qui suivent.

Le gouvernement a l’intention de rouvrir les supermarchés, entre autres, dans les jours à venir avec des contrôles stricts. Les opérateurs jouent-ils le jeu ?
Bien sûr. Nous pourrons compter sur le soutien des opérateurs à ce propos. Au niveau de la MCCI, nous avons eu beaucoup de rencontres et de discussions avec les opérateurs du secteur de la grande distribution. D’ailleurs, nous venons avec un plan d’action pour la sécurité sanitaire dans le cadre de l’ouverture des supermarchés. Un plan travaillé dans une logique de faire respecter le « social distancing ». Il faut rouvrir les supermarchés, oui, mais il faut plus que jamais casser la chaîne de contamination du Covid-19.

Quelle évaluation économique faites-vous quant aux répercussions du coronavirus sur les affaires à la fois dans le monde et à Maurice ?

Le monde est en train de vivre une catastrophe sanitaire sans précédent avec le Covid-19 ! Trois milliards de personnes sont actuellement confinées à travers le globe avec, pour impact, un ralentissement synchronisé de l’économie mondiale. À Maurice, comme partout, il n’y a que les services essentiels qui fonctionnent. Le secteur du tourisme est l’un des premiers touchés, suivi par l’industrie manufacturière. Les répercussions économiques se font sentir déjà. Le commerce est un secteur qui subit également les conséquences de ce confinement, même si les supermarchés rouvriront leurs portes.

Croyez-vous que le pays pourra se remettre sur les rails quand la crise sera passée ?

Il nous faut être optimiste. Ce ne sera pas facile de recommencer après ce choc. Je dis « choc » car c’est un phénomène nouveau pour tout le monde, même pour les plus grandes puissances. La collaboration privé/public est plus que jamais nécessaire. Je suis confiant à l’effet que le pays pourra redémarrer sur une bonne base si tous les acteurs de développement s’y mettent. Le Covid-19 a montré que les Mauriciens sont solidaires. Si tout le monde se met de la partie pour le redémarrage, il n’y a pas de raison que nous ne réussissons pas ! Maurice doit impérativement conserver sa capacité productive. Car après ce qui se passe dans le monde, le pays qui réagira promptement en termes de capacité productive remontera plus facilement la pente. C’est pour cette raison qu’on salue le plan de soutien du gouvernement aux entreprises, notamment le Wage Support Scheme, afin que l’emploi soit conservé face au spectre du chômage technique. Pour l’heure, nous ne pouvons que suivre l’évolution du Covid-19 à Maurice en souhaitant que les Mauriciens réalisent le besoin de respecter le confinement.