Le Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois a mis en place depuis l’année dernière une structure spéciale pour les enfants de 12 à 16 ans. Baptisé Zenes Lalimyer, ce groupe offre un encadrement à ceux qui se retrouvent en dehors du système scolaire et souvent, livrés à eux-mêmes au cours de la journée. Quatre animatrices sillonnent les rues de la localité, allant jusqu’au dépotoir et la plage de Baie-du-Tombeau, à la rencontre des enfants qui errent dans les rues. Grâce à cet accompagnement, certains ont pu réintégrer l’école et sont aujourd’hui au collège.
Au coeur de la cité Roche-Bois, se dresse le nouveau centre du Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois (MPRB). Un bâtiment qui a permis à l’organisation, engagée dans le social depuis de nombreuses années, de donner une nouvelle dimension à son travail. Edwige Dukhie, la responsable des lieux, a vu défiler des enfants avec des problèmes divers. Ce qui a permis au mouvement, au fil des années, d’étendre ses services pour répondre aux besoins des habitants.
Le groupe Zenes Lalimyer est le dernier exemple en date. Grâce à cette structure, des adolescents de 12 à 16 ans, qui ne sont plus scolarisés, peuvent bénéficier d’un encadrement leur évitant de se retrouver dans la rue. « La plupart d’entre eux ont quitté l’école depuis deux ou trois ans. Ils passaient leur temps dans la rue et rentraient chez eux uniquement dans la soirée. Pour les retrouver, nos animatrices font le tour du quartier. Certains ont été repérés au dépotoir, fouillant dans les ordures, d’autres, sur la plage de Baie-du-Tombeau. Il faut du temps pour gagner leur confiance et les amener jusqu’ici », confie Edwige Dukhie, la directrice du centre.
Quinze filles et garçons se retrouvent ainsi au sein de Zenes Lalimyer pour l’année 2012. Ils bénéficient de différentes formations quatre fois par semaine, de 9 à 14 h. Le parcours commence souvent par une initiation à l’alphabétisation, car dans bien des cas, ils ne savent ni lire ni écrire. « Le but, en les accueillant ici, est de les aider à devenir autonomes, afin qu’ils puissent se débrouiller dans la vie. Des cours de life skills management, d’hygiène et d’estime de soi font partie intégrante de la formation à côté des autres activités. »
Le plus dur pour les encadreurs est d’amener ces enfants à intégrer le groupe. Car, tout ce qui a trait à la discipline et aux règlements, les rebutent. « Ce sont des enfants qui ont été livrés à eux-mêmes et qui ne connaissent pas la discipline. D’ailleurs, ils n’aiment pas être en groupe. »
Découvrir son rêve
Au sein de Zenes Lalimyer, les adolescents réapprennent la socialisation et se préparent pour l’avenir. Ceux qui ont le niveau sont préparés pour le CPE, tandis que les autres ont droit à une formation professionnelle. Les animatrices racontent avec fierté que certains enfants ont pu poursuivre leurs études jusqu’au secondaire. L’un d’entre eux se prépare actuellement pour le School Certificate. « Souvent, lorsque les enfants arrivent ici, ils n’ont aucun rêve. Nous les aidons à découvrir leur rêve. »
Marie-Noëlle Léveillé, Josiane Chung, Patricia Nanette et Vanessa Seebattun sont les quatre animatrices du groupe. Entre les classes d’alphabétisation et les activités de couture et cuisine, entre autres, elles réservent un jour par semaine pour le travail de terrain. Elles vont dans les différents coins du quartier, jusqu’à Batterie Cassée et dans des endroits très fréquentés par les jeunes, comme la plage, à la rencontre de ceux qui ne vont plus à l’école. « Si on n’intervient pas tôt, ces enfants deviendront plus tard, des enfants des rues. L’expérience nous a démontré qu’il est plus difficile de réintégrer les grands. Entre 13 et 16 ans, on peut encore les récupérer. Nous faisons en quelque sorte, un travail de prévention. » Les adolescents sont parallèlement suivis par un psychologue.
Relation de confiance
Le fait que les animatrices habitent la région facilite grandement leur tâche. Parfois, ce sont les parents eux-mêmes qui viennent vers elles, lorsqu’ils ont un enfant qui refuse d’aller à l’école. « Nous constatons que les parents sont très conscients de leurs responsabilités, peu importe leur situation. Ils viennent régulièrement aux réunions. De même, pour ceux qui ne fréquentent plus notre centre, nous encourageons les parents à rester en contact avec leur école afin de s’assurer qu’ils aillent au cours. »
Les animatrices attribuent cette situation au travail que fait le MPRB auprès des habitants du quartier depuis de longues années et qui commence à porter ses fruits. Josiane Chung précise que les règlements du centre exigent un certificat médical lorsqu’un enfant s’absente. « Il faut que nous sachions où est l’enfant lorsqu’il n’est pas à l’école. De même, cela oblige les parents à assumer leurs responsabilités. »
Lorsque la situation lui échappe, le MPRB fait appel à la Brigade des mineurs. Cette unité de la police travaille en étroite collaboration avec le mouvement, tout comme la Child Development Unit (CDU) du ministère de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille. « Il y avait, par exemple, un groupe d’enfants qui jouaient aux jeux d’argent à un endroit de la localité. Comme nous ne pouvions intervenir, nous avons prévenu la Brigade des mineurs. »
La collaboration s’opère également dans le sens inverse. Lorsque l’unité spécialisée de la police se retrouve avec des enfants encore récupérables, elle les envoie au MPRB au lieu de les confier à la CDU. Dans certains cas, malheureusement, ce sont les animatrices du mouvement elles-mêmes qui doivent rechercher l’intervention de la CDU. « Certains enfants vivent dans des milieux à risques. Nous sommes contraints d’entreprendre des démarches pour les retirer de là. »
Les animatrices précisent qu’elles interviennent auprès des familles uniquement dans le but d’aider. « Nous ne sommes pas là pour juger. Nous le faisons bien comprendre aux personnes que nous rencontrons. C’est ainsi que s’installe le climat de confiance. »
Dans un environnement où les fléaux sont très présents, un travail de prévention est nécessaire à la fois auprès des enfants et de leur famille. Des intervenants spécialisés dans différents domaines, à l’exemple du Centre Idriss Goomany pour la drogue, viennent régulièrement animer des sessions de formation pour les parents. Au-delà des fléaux, les parents sont aussi motivés à assumer leurs responsabilités. « Nous les encourageons à trouver du travail au lieu de toujours attendre de l’aide. Des fois, nous les aidons même à trouver du travail. »
Pour faire les choses bien, le MPRB offre aux enfants un repas chaud chaque jour, avec le soutien financier de l’association des retraités de la Mauritius Commercial Bank. Ce n’est un secret pour personne que dans les familles démunies, souvent, les enfants ne vont pas à l’école parce qu’ils n’ont pas à manger.