Qui d’entre nous, femmes aujourd’hui, n’a jamais connu cette main baladeuse d’un grand-père, d’un cousin, d’un oncle, d’un voisin, du commis de la boutique, de monsieur le professeur, sur notre derrière et nos seins naissants. Qui d’entre nous ne se souvient de cette voisine, enfant comme nous, qui un beau jour a eu un petit ventre arrondi et qu’on a rapidement mariée avec un veuf, un divorcé ou un vieux du village voisin.
Qui a oublié la voix de notre maman, tante et grand-mère qui nous disait de ne jamais laisser aucun tonton attraper, caresser certaines parties de notre corps. Cependant, dans presque le même souffle, elles critiquaient, elles blâmaient, elles condamnaient cette petite fille au ventre arrondi.
Et celui qui l’avait engrossée ? Certains avaient des doutes sur son identité, d’autres en étaient sûrs mais personne, ni dans la famille, ni dans le village n’osait émettre un blâme, un jugement. Enn zom res enn zom, c’était à nous les filles de nous protéger.
Nous avons ainsi eu une enfance schizophrénique, oscillant entre la peur et l’amour des hommes de notre famille et de notre environnement. Mais heureusement que petit à petit, certaines femmes d’aujourd’hui ont commencé à parler, à raconter leur enfance et leur peur cauchemardesque des mains baladeuses. Leurs témoignages ont aidé à briser le silence. On a commencé à prendre la parole des petites filles au sérieux. Des mots comme inceste et pédophilie sont entrés dans le langage courant et ont été inscrits dans la législation de beaucoup de pays, y compris le nôtre, comme des actes criminels, interdits et punissables par la loi.
Cependant, l’inceste et la pédophilie perdurent toujours, un peu partout à la ville comme à la campagne, dans les bureaux, les établissements scolaires, dans l’environnement des lieux de culte, chez les riches aussi bien que dans les cités ouvrières. Bien que le silence soit brisé, la peur du qu’en dira-t-on, le poids du secret de famille, la crainte du scandale continuent à protéger les prédateurs sexuels. Ce n’est qu’après la mort de Jimmy Saville, ancien animateur vedette de la BBC, qu’on a découvert qu’il était un prédateur sexuel qui avait agressé plus d’une centaine de filles ; 80% d’entre elles étaient âgées entre 13 et 16 ans. En 2012, la BBC fut de nouveau ébranlé par un autre scandale de pédophilie. Un second animateur vedette, Stuart Hall, 83 ans, a avoué 14 agressions sexuelles entre 1967 et 1985. Et ce n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg.
A la fin des années 2000, les cas de pédophilie perpétrés par des membres du clergé catholique ont éclaté au grand jour. Ce n’était pas seulement l’horreur des actes qui est exhumée mais aussi l’attitude de la hiérarchie catholique qui n’avait épargné aucun effort pour protéger les prêtres pédophiles et intimider les victimes. Ce ne sont pas que les prêtres catholiques qui ont abusé sexuellement des enfants, certains dignitaires des autres religions sont tout autant coupables. Et comme chez la hiérarchie catholique, il y a beaucoup de complicité silencieuse. L’honneur de l’institution prime souvent sur la protection des enfants !
 Dans notre pays aussi, les scandales de pédophilie dans les institutions scolaires commencent à éclater au grand jour. Le collège Hamilton de Mahébourg est secoué par le cas d’un professeur de musique qui selon le vidéo clip d’une élève, avait joué une partition, de nature sexuelle avec trois élèves, dont deux mineures, dans son campement à Blue Bay. Ce cas allégué fort heureusement, fut rapporté à la police et au CDU. Il semblerait toutefois qu’un autre cas de pédophilie allégué dans une institution tertiaire ne fut pas, pour des raisons encore obscures, traité de la même façon. Cette affaire continuera certainement à faire polémique mais espérons que finalement la vérité triomphera. Si nous avions d’autres parlementaires qui comme le docteur Satish Boolell, savaient poser des questions pertinentes, on serait peut-être plus proche de la vérité. Dommage.
Quoiqu’il en soit, toute société doit être toujours vigilante et très sérieuse quand il s’agit de la protection des mineurs et de la lutte contre les abus sexuels, y compris, la pédophilie. On ne peut traiter du problème à la va-vite en instituant tout simplement des cours d’éducation sexuelle. N’aurait-il pas fallu, au préalable, engager des discussions avec les éducateurs, les parents, les assistantes sociales ainsi qu’avec ceux qui ont travaillé sur ces problèmes, afin de dégager une pédagogie et un programme d’éducation sexuelle approprié selon l’âge des enfants ? Qu’en est-il de la formation des professeurs afin de les responsabiliser davantage dans leurs relations avec les jeunes ? Et comment allons-nous gérer la sexualité de nos jeunes qui sont de plus en plus exposés aux vidéos pornographiques ? Quel apprentissage de la sexualité reçoivent-ils à travers ces films ? Faut-il encourager ou faut-il reconstruire la relation de confiance, d’ouverture, de dialogue entre parents et enfants qui, dans beaucoup de familles, n’existe plus ?
La pédophilie et autres agressions sexuelles contre les enfants exigent bien plus que les avertissements que nous donnaient nos mamans. La protection des mineurs nécessite une politique de zéro tolérance contre toute forme d’agression sexuelle. Il ne peut y avoir aucune excuse pour les prédateurs sexuels. Laissons les autorités compétentes faire leur travail sans peur de représailles. Et c’est à la justice de faire le sien, celui de juger.
Les professionnels travaillant avec les enfants et les adolescents ont le devoir et la responsabilité de ne pas fermer les yeux, de ne pas se fourvoyer dans une politique de protection de quiconque. Ne pas agir serait de la complicité.