Malgré les événements dramatiques de Port-Louis, le concert du groupe réunionnais Ziskakan, qui présentait à l’occasion son dernier album, 32 Desanm, a bien eu lieu à l’IFM à Rose-Hill devant un parterre de fans conquis d’avance.
Plus de dix ans après un mémorable concert au Plaza, en 2002, la bande à Gilbert Pounia a encore une fois enthousiasmé le public, dont bon nombre découvrait pour la première fois le groupe réunionnais. Accompagné de sa fille, Maya, ainsi que des musiciens Daniel Riesser (guitare), Frédéric Riesser (percussions), Jérémie Lapra (basse) et Gérard Paramé (batterie), le leader emblématique du groupe a montré qu’il n’avait rien perdu de sa maestria à la guitare et de son timbre de voix envoûtant qui emporte son auditoire dans des contrées connues et lointaines à travers des mélodies où un savant mélange de musique orientale, africaine et celtique sont agrémentés de touche locale mauricienne et réunionnaise.
Pas étonnant que Ziskakan revendique que l’album 32 Desanm est le résultat de la fusion d’esprits et d’instincts d’une grande famille d’artistes de la région. Et le produit brut qui en émerge est enivrant. La preuve ces spectateurs qui se sont « battus » pour trouver de la place pour s’asseoir, et qui se mettent debout, tapant dans les mains et reprenant les refrains. Une ambiance du tonnerre qui a fait oublier un instant la pluie de plus loin et son lot de dégâts.
Certes, les anciens titres cultes du groupe, intercalés entre les nouvelles chansons, dont les mythiques Mo pei bato fou et Ral si ton koukoune remis au goût du jour et superbement soutenus par Maya, la fille du maître, parée d’une voix puissante et sensuelle, ont contribué à la montée d’adrénaline. Mais 32 DDesamn est en lui-même un album pluriel qui donne au texte en kreol, habillé par des musiques adaptées, tantôt rythmées, tantôt plus graves, tout son sens, toute sa profondeur.
Au fil des titres, Saarang, In Sirandane Pou Troi Zakor, Taxi Be, Pou Troi Piès lor… 32 Desamn est mieux qu’un point de départ d’une nouvelle aventure comme le prône le sieur Gilbert Pounia qui, malgré sa tignasse poivre et sel, maintient une énergie communicative. Qui tonne toujours lors de l’interprétation d’une chanson en français, Madame, composée par Lisa Ducasse, dont le père Michel Ducasse et son complice de toujours, Patrice Offman, ont aussi contribué au nouvel ouvrage réussi de Ziskakan.
Des musiciens heureux, un public enthousiaste, une salle insuffisante, témoignages d’un décollage réussi pourtant par temps nuageux et pluvieux. De belles escales sont donc promises à 32 Desanm, en Chine, au Japon, au Cap Vert, en France… et à La Réunion.