Le nouveau disque de Ziskakan sera en vente le 5 novembre. Gilbert Pounia porte dans 32 Desanm les écrits des autres, dont deux auteurs mauriciens, et s’approprie leurs univers. Ce disque, dont la pochette est signée Patrice Offman, sonne comme un retour aux sources, avivé par une touche indienne et des subtilités séga-jazz. Le titre éponyme de l’album se décline comme la peinture d’un jour idéal.
Le tout dernier Ziskakan, enregistré à Clementine Studios, Chennai (Inde) et masterisé en Israël, est disponible en version digitale depuis le 22 octobre, et le sera en format compact disc, le 5 novembre. On se rappellera qu’en septembre 2011, Scope avait rencontré Gilbert Pounia et quelques paroliers en résidence d’écriture à Souillac, lors de l’élaboration du présent opus. Un album sous le label Sakifo Records et qui voit le chanteur enregistrer pour la première fois un morceau en français, après plus de trente ans de carrière.
Rencontres.
Le disque compte onze chansons qui permettent à la voix de Ziskakan de porter les écrits de plusieurs auteurs. Gilbert Pounia ne signe que deux textes (Papa – un poème d’amour à son père décédé, et Kasho No 5 “Yolanda” – une évocation poignante écrite après la visite de l’ancienne cellule de Nelson Mandela) et s’ouvre aux poètes et paroliers qui lui apportent des choses nouvelles et un regard autre sur le monde. Il laisse la place aux rencontres des générations et aux diverses écoles de l’univers créolophone. Se mêlent ainsi dans l’opus 32 Desanm les mots de Michel Ducasse, Lisa Ducasse, Maya Pounia, Serge Ulentin, Sergio Grondin et Carpanin Marimoutou. Le livret accompagnant le CD contient des traductions en français (signées Michel Ducasse) et en anglais (de Mo Akbi) de tous les textes.
Dépouillement.
Les mélodies posées sur ces paroles oscillent entre dureté et douceur. Selon les histoires ou les situations dépeintes. Selon que Gilbert Pounia chante une histoire qui a marqué son adolescence (Madame) ou les paroles volées et voilées d’un inceste (Silans). La musique entraînante de cette chanson renvoie au séga d’antan, ponctué de phrasés de violon de B.V. Raghavendra Rao. Rien ne laisse présager le drame qui se joue, si l’on ne prête pas attention au texte du poète Michel Ducasse qui, pour l’occasion, écrit en créole réunionnais.
La surprise de l’album est probablement le dépouillement du guitare-voix Madame où Gilbert Pounia dit en français les mots tendres et forts de Lisa Ducasse, qui a écrit ce texte à seulement 14 ans. Des mots qui content une histoire vécue à l’adolescence du chanteur. L’histoire d’un gamin dans une cité à Saint-Denis, cognant son ballon contre le mur d’une vieille dame juive qui semble enfermée dans un autre monde…
Voyage.
Le leader de Ziskakan possède la particularité d’inviter les autres dans son monde et de s’approprier leurs univers : tel est le cas avec Mon Nasion de Carpanin Marimoutou ou In sirandane pou troi zakor de Sergio Grondin. Sans doute une des meilleures créations de 32 Desanm. On peut la résumer comme la poésie d’une histoire d’amour ou l’amour d’une histoire de poésie. Les deux se mêlent en mélodie sur les accords du guitariste Daniel Riesser, qui signe tous les arrangements de ce disque, réalisé par Patrick Sebag et Yotam Agam à Chennai en Inde.
C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir surgir des pointes de musique de la Grande Péninsule dans les compositions. L’écoute du nouveau Ziskakan suscite une sensation de voyage en terre indienne. Impression donnée par la musique et une présence vocale (Anurhada Genrich et Mahesh Vinayakram) et instrumentale particulières de certains morceaux. Soulignons également des notes séga-jazz portées par la basse de Jérémie Lapra et les percussions de Gérard Clara, ainsi qu’une grande richesse instrumentale travaillée en subtilité dans le morceau A ou fanm, hymne ingénieux à la langue créole.
Jour plus humain.
C’est une démarche vers d’autres sonorités, entreprise depuis un moment déjà, mais aussi une approche du musicien et chanteur de s’approprier les mots et de les sublimer par la musique. L’ensemble peut paraître épuré, donnant toute sa dimension à l’écrit. Voilà qui devrait ravir les nostalgiques des premières créations de Ziskakan.
Mais 32 Desanm aborde également des préoccupations plus contemporaines. Comme l’environnement (Saarang, écrit par Maya Pounia). Et revisite aussi le thème de l’esclavage grâce à un texte tout en nuances de Serge Ulentin, Pou troi piès lor.
Lors d’un précédent déplacement en Inde, le leader de Ziskakan s’est rendu à Bodhgaya, village où Siddharta Gautama a atteint illumination et l’état de Bouddha. À sa manière, 32 Desanm veut ajouter un jour plus humain au calendrier. Le morceau éponyme de l’album procède d’un texte fantasmé, écrit collectivement par Serge Ulentin, Gilbert Pounia et Michel Ducasse pour évoquer un jour idéal. Un idéalisme également présent sur la pochette de l’album, imaginée et créée par le graphiste mauricien Patrice Offman.
32 Desanm est une fantasmagorie représentée par fragments et portée par une ligne de basse quasi élastique, qui renforce une sensation de voyage en caravane. Ou en taxi bé (taxi de brousse de Madagascar), pour reprendre le titre du morceau signé Serge Ulentin. Un voyage qui semble atteindre un but lorsque retentissent, sans ambages, les accents indiens qui ponctuent l’univers musical et le souffle créolophone de Ziskakan.
32 Desanm est certainement un album qui fera date…