Si la Chine se relève doucement de l’épidémie qui aura mis son économie à genoux, la situation reste extrêmement préoccupante dans de nombreuses autres régions du monde. En Europe, l’Italie, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, et la plupart des autres pays de l’Union, continuent en effet de compter leurs infectés et d’enterrer à la va-vite leurs morts.

Aux Etats-Unis, la crise sanitaire, provoquée soit dit en passant par un virus dont le président avait d’abord sous-estimé la dangerosité, atteint des proportions inédites, avec des statistiques qui le sont tout autant et ce, alors que sur le même continent, plus au sud, le Mexique, le Brésil et l’Argentine, pour ne citer qu’eux, risquent de rapidement devoir émettre l’état d’urgence. Sans compter l’Afrique qui, bien que relativement épargnée jusqu’ici, craint une flambée du nombre de cas, sachant en effet que le continent ne pourra faire face aux conséquences d’une expansion rapide de la maladie par manque de moyens.
On le voit, la pandémie de Covid-19 est loin d’être finie, plongeant chaque jour un peu plus la planète dans le chaos.

Par manque d’anticipation et de préparation essentiellement. Cette léthargie des activités inspire en outre de grandes craintes au monde économique, plus que bousculé en la conjoncture. Une peur hautement justifiée, car la paralysie des transports et de la production mondiale aura forcément de « dramatiques » effets sur l’économie mondiale, et davantage encore pour les nations qui auront été les plus touchées par la pandémie, une fois cette dernière passée. Pour autant, il convient de relativiser tout cela, et de d’abord se rappeler que c’est à peu près l’ensemble de la planète qui se retrouvera confrontée au même problème. Ce qui devrait permettre d’augmenter les chances de trouver une solution commune, tout le monde (y compris les pays du G20) étant logé à la même enseigne.

Par ailleurs, soyons honnête, l’impact du Covid-19, si ce n’est évidemment le triste nombre de ses victimes, est-il une si mauvaise chose en soi ? D’un prime abord, il est vrai que cette posture, dans la conjoncture que l’on connaît, peut paraître déplacée, peu compatissante et même carrément relevant de l’alexithymie, mais dans les faits, cette question est-elle si inappropriée que cela ? Prenons l’exemple de la qualité de l’air, qui, comme l’affirment les climatologues, s’est profondément améliorée depuis le début de la crise, du fait entre autres de la fermeture d’usines et de la paralysie du transport mondial. Ainsi, les scientifiques ont évalué qu’en Chine, et plus particulièrement dans la région de Wuhan, berceau de la pandémie, dans une période similaire à la prévalence du Covid-19, la pollution fait d’ordinaire 400 000 morts, contre quelques milliers « seulement » pour le nouveau coronavirus.

Autre exemple : confinement oblige, on dénombre de par le monde moins de véhicules sur nos routes, et donc moins d’accidents mortels. Idem pour le nombre d’agressions urbaines, qui devrait lui aussi connaître une baisse drastique. Même dans les zones de conflits, des combattants auront déposé les armes face à un ennemi plus sournois, prêt à attaquer à tout moment, caché dans l’air, le plus souvent dans leur propre camp.

Plus généralement, le Covid-19 aura réussi en quelques semaines à peine ce que les activistes écologistes n’auront pu faire en de longues années, en l’occurrence à mettre un frein à la pollution industrielle et à permettre à nouveau à la planète de respirer, ne serait-ce qu’un temps. Tout cela devrait en tout cas nous pousser à tirer les leçons de la crise actuelle, comme de perpétuer, une fois la propagation du virus maîtrisée, le réseau d’entraide communautaire que notre confinement obligatoire nous aura poussé à construire. Mais aussi à aider nos voisins, à revoir nos priorités, à profiter des moments en famille, avec nos amis… Et pourquoi pas, ensuite, de mettre en place un changement profond de paradigme en bâtissant une société inspirée des valeurs humaines et humanistes, et non plus basée sur le seul profit. Bref, de se débarrasser une bonne fois pour toutes d’un système plus grippé que ne l’auront été toutes les victimes du Covid-19.

Michel Jourdan