Port-Louis

 En fin de semaine, cette agence de notation internationale a transmis un signal fort à l’Hôtel du GM en rétrogradant la note allouée à l’économie avec la reconduction du “Negative Outlook”

   Le poids de l’endettement massif pèsera sur “the GM’s ability to maintain a large social safety net, with a potential increase in social risk”

Après la grey list de la Financial Action Task Force (FATF) et la black list de l’Union européenne de 2020, l’économie mauricienne se présente sous le signe du downgrade en 2021. Ainsi, la très conservatrice agence de notation internationale Moody’s Investors Service a ouvert la voie en fin de semaine avec un Downgrade of the Ratings pour Maurice, tout en précisant deux zones à risques découlant d’un poids accru de l’endettement public, notamment un weakening of economic and fiscal strength et une capacité réduite d’assurer un large social safety net en faveur des plus vulnérables de la société. Un premier signe s’est déjà manifesté avec la décision du gouvernement de ne pas accorder la compensation de Rs 375 à partir de janvier dernier aux bénéficiaires de la Basic Retirement Pension (BRP) et autres prestations sociales. Mais avec la décision de downgrade l’économie à Baa2, une nouvelle menace encore plus sérieuse se profile à l’horizon. Cette fois-ci, Moody’s Investors Service pourrait cibler les banques, présentées par la Banque de Maurice comme étant “highly resilient” dans la conjoncture marquée par les séquelles de la pandémie de coronavirus.

Dans cette prochaine perspective, des observateurs aguerris du monde des finances s’interrogent sur l’empressement de la Mauritius Bankers’ Association (MBA) de se lancer dans l’opération de marketing politique axé sur l’argument du maintien de l’Investment Grade de Maurice visant à contrer vainement la conclusion de Moody’s à l’effet que “given the negative outlook, an upgrade is unlikely in the near future.” Il n’empêche que dans les boardrooms des principales banques commerciales du pays, le sentiment prévalant après la récente rating action de Moody’s n’a aucune touche jubilatoire.

La principale crainte demeure que dans un proche avenir, cette agence de notation internationale pourrait être amenée à ajuster à la baisse, littéralement un downgrade, les ratings respectifs des banques opérant à Maurice. “Cette éventuelle démarche relève presque de la logique même des choses, car l’on ne peut s’attendre à voir une entité bénéficier d’un rating nettement supérieur au sovereign rating, laisse entendre à Week-End un spécialiste du monde des affaires, qui ne cache pas ses appréhensions devant le fait que le downgrade a dorénavant pris le relais des grey et black lists de l’année dernière.

À ce stade, aucune des principales banques du pays ne veut s’aventurer pour prévoir le prochain move de Moody’s dans les secteur. Toutefois, dans les banking towers, l’on croise les doigts à l’effet de voir cette agence de notation internationale acheter la thèse de “banking sector highly resilient” colportée par la Banque de Maurice. Dans un communiqué réagissant à la sanction de Moody’s Investors Service de la fin de la semaine, le régulateur du secteur bancaire note que, “as a result of the rolling out of the Bank’s COVID-19 Support Programme and the creation of the Mauritius Investment Corporation Ltd, the banking sector has remained highly resilient. Capital and liquidity buffers of banks still remain above minimum regulatory requirements.”

Ce qui est sûr dans le sillage de la rating action de Moody’s, cest que “the downgrade to Baa2 reflects the weakening in fiscal and economic strength as a result of the shock brought on by the coronavirus pandemic. The large share of economic activity, export earnings and employment derived from tourism and related sectors will weigh on the pace of the economic recovery. This in turn will slow the pace of fiscal consolidation.”

Répercussions su le front de l’endettement

Les prévisions sont que la croissance sera de 6,5% cette année et de 5% l’année prochaine après la contraction de 15% du PIB en 2020. La reprise de l’économie est tributaire d’un rebond dans l’industrie touristique, qui représente une contribution directe de 8,2% au PNB, mais allant jusqu’à 23% en tenant compte de l’apport du transport, de l’hébergement et de la restauration. À ce même chapitre, Moody’s fait néanmoins comprendre “a return to pre-pandemic tourist arrivals is likely several years away.”

Tout en concédant que “the government’s fiscal policy response to the coronavirus shock has been one of the largest among Moody’s-rated sovereigns”, l’analyse de cette agence de notation fait état des répercussions sur le front de l’endettement. “Overall, Mauritius’s debt burden was already higher than comparable Baa-rated sovereign peers and will rise further as a result of the pandemic. Central government debt increased to 73,4% of GDP at the end of fiscal year 2020 (ending 30 June 2020), above the Baa-rated median of 63,8%. Moody’s expects government debt to peak at just over 80% of GDP in 2021, before gradually declining. An unconditional grant from the Central Bank, worth 12% of GDP, prevented an even larger increase in government debt”, note le document officiel.

Pour Moody’s, les risques de plus en plus pressants de l’endettement pourraient se faire sentir sur la plan du Welfare State, dont les bénéficiaires ne sont que ceux faisant partie des groupes socio-économiques les plus vulnérables. Cette analyse est accompagnée d’un warning à peine voilé, car “ a continued deterioration in debt metrics, beyond Moody’s current expectations, would likely lead to a downgrade. This may be consistent with weaker fiscal policy effectiveness. Furthermore, weakening monetary policy effectiveness as demonstrated by rising inflationary risks would also likely result in a downgrade. An increase in domestic or external imbalances, as reflected in an increase in price and exchange rate volatility, accompanied by a deterioration in the country’s balance of payments position, could also lead to a downgrade.”

Sur un autre plan, Moody’s Investors Service reconnaît un point positif en soulignant que “the country’s business-friendly investment environment has attracted foreign investment, mainly in the financial sector, which has contributed to accumulation of international reserves. The accumulation of a large stock of international reserves provides a significant buffer to external shocks.” Le Free Trade Agreement avec la Chine, qui est entré en vigueur le 1er janvier, et le Comprehensive Economic Cooperation and Partnership Agreement (CEPCA) avec l’Inde, opérationnel à partir du 1er avril sont présentés comme des instruments susceptibles de “boost trade and investment with both countries over the next several years.”

Pressentant que l’ajustement à la baisse de la notation de l’économie allait susciter des réactions à tous les niveaux, Moody’s prend le soin d’avancer que les conclusions de cette évaluation ont fait l’objet de consultations préalables avec le gouvernement, notamment le 1er mars, soit “the main points raised during the discussion were: the issuer’s economic fundamentals, including its economic strength, have materially decreased. The issuer’s fiscal or financial strength, including its debt profile, has materially decreased. Other views raised included: The issuer’s institutions and governance strength, have materially decreased. The issuer’s susceptibility to event risks has not materially changed”.

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