Photo d'archives (2020)

L’Angus commence carrément à devenir indigeste, d’autant que ce sont les morceaux les moins juteux qui sont servis et ce, avec parcimonie. C’est le sentiment qui prévalait à l’Assemblée nationale, mardi dernier, après la troisième Private Notice Question posée sur l’Angus Road Saga par Arvin Boolell. Le leader de l’opposition avait emprunté une voie détournée pour en venir au nébuleux dossier de l’achat de terrains par Pravind Jugnauth et sa famille pour un montant total de Rs 27 millions. Le Premier ministre a ainsi expliqué avoir appris de l’ICAC qu’une première enquête avait été ouverte le 15 mars 2011 et stoppée le 9 mai 2011, parce qu’il n’y avait pas eu d’infraction établie sous la Prevention of Corruption Act ou la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act et qu’une seconde investigation a été conduite le 20 octobre 2013 et qu’une fin y a été mise le 27 juin 2014.

Pravind Jugnauth a néanmoins annoncé que, compte tenu de nouvelles dénonciations faites en 2020, les enquêtes se poursuivent sur de possibles infractions sous la POCA ou le FIAMLA. Comme c’est une enquête en cours, aucune information y relative ne peut être divulguée, a déclaré le Premier ministre. Avant d’en venir à la question spécifique d’Angus Road, Pravind Jugnauth avait indiqué qu’il y avait eu 77 condamnations pour blanchiment d’argent et aucun cas d’acquittement et 91 pour des délits de paiementen espèces de plus de Rs 350 000 et de Rs 500 000 et 16 acquittements dans ces affaires judiciaires.
Le temps de la réponse liminaire passé, le ton montera de plusieurs crans lorsque le leader de l’opposition va s’embarquer dans ses supplémentaires et sur les paiements en espèce de Rs 3,5 millions signés pour l’acquisition des terrains d’Angus Road.
Navin… Kumar Chandra Ramgoolam
Pravind Jugnauth commencera aussitôt à s’énerver et à dire que les enquêtes de l’ICAC avaient été discontinuées lorsque le directeur de la commission était Anil Kumar Ujoodha et le Premier ministre Navin Kumar Chandra Ramgoolam provoquant l’hilarité dans les travées de l’opposition. Plutôt décontenancés par ce lapsus très révélateur qu’il a attribué son propre nom à son adversaire Navin Chandra Ramgoolam, ils lui souffleront: “Chandra” pas “Kumar”. “Kumar is me”, rectifiera-t-il un peu penaud. Et d’ajouter que le Dr Boolell était lui aussi au gouvernement au moment où les enquêtes avaient été fermées faute de preuve établissant qu’un délit avait été commis.
Alors que le Dr Boolell insistait sur le caractère délictueux des paiements en espèces, le Premier ministre l’a invité à s’en remettre à la police tout en soulignant que, durant le mandat du PTr, aucune déposition à cet effet n’avait été faite à la police. Le leader de l’opposition évoquera des paiements illégaux faits en 2002, mais il sera stoppé par le Speaker qui lui intimera à retirer le mot “unlawfullhy”, ce qu’il fera après des échanges acerbes avec le président de séance.
Sur l’insistance du chef de l’opposition à obtenir des éclaircissements sur cette affaire de paiement en argent liquide, Pravind Jugnauth n’admettra pas qu’il y a eu paiement en espèces, mais il martèlera que “ICAC, under the Labour Government, had inquired in this matter and did not disclose any offence of money laundering or any payment of cash in excess of Rs 350,000”.
Poussant le bouchon — pas celui d’un bon millésime qui peut sublimer la dégustation d’un Angus—plus loin, le Dr Boolell demandera au Premier ministre de rendre publiques ses déclarations d’impôts et ainsi justifier ses sources de financement. Une question qui a fait bondir Sooroojdev Phokeer qui revendiquera son statut de Loudspeaker pour demander au leader de l’opposition de ne pas crier et que sa question n’était pas admissible.
Invité à changer de registre, le chef de l’opposition fera encore mieux. Il demandera à Pravind Jugnauth s’il a pris connaissance des propos de l’ancienne présidente de la République Ameena Gurib-Fakim qui a publiquement affirmé que si elle savait qu’il y avait des accusations de corruption contre lui, elle n’aurait jamais donné son assentiment à sa nomination comme Premier ministre. “To krwar mo gayn letan al ekut li mwa”, lancera le chef du gouvernement au leader de l’opposition.
Quant à la question sur l’expiration du contrat de l’actuel directeur de l’ICAC, Navin Beekharry, le PM a botté en touche en rappelant que Anil Kumar Ujoodha avait été nommé à la direction de la commission le 31 janvier 2006 par Navin Ramgoolam après un amendement à la loi qui stipulait que celui qui accédait à cette fonction devait être désigné par le trio président de la République, Premier ministre et leader de l’opposition. Il a aussi dit que le nominé de l’ancien Premier ministre travailliste était resté en poste jusqu’au 26 décembre 2014. “Pourquoi n’avez-vous pas changé le mode de désignation du directeur de l’ICAC si c’est mauvais?”, a demandé le chef de l’opposition sans obtenir de réponse précise si sur cet aspect et encore moins sur le contrat de l’actuel titulaire.
L’ICAC: le vendeur convoqué, mais pas l’acheteur en cash
C’est alors que Shakeel Mohamed se mettra de la partie avec ses petites piques teintées de sarcasme pour demander que, maintenant que le Premier ministre a confirmé qu’il y a une nouvelle enquête, si l’Attorney General fera des démarches en vue d’annuler la demande faite par Ravi Yerrigadoo en janvier 2015 et relancer le Serious Fraud Office pour une collaboration dans les investigations sur l’Angus Road Saga. C’est l’ICAC qui décide, a répondu Pravind Jugnauth.
Plus direct, son collègue Patrick Assirvaden reviendra sur tout ce qu’a raconté le Premier ministre sur les enquêtes commencées et terminées et demander au chef du gouvernement s’il a été convoqué par l’ICAC. Réponse étrange du principal concerné qui, très catégorique plus tôt, a, cette fois, déclaré que “ce n’est pas moi qui ai dit que l’enquête a été complétée… ce sont les informations que j’ai eues de l’ICAC…”
Prenant le relais, Arvin Boolell va rebondir sur cette question non répondue pour demander si l’ICAC n’a pas jugé utile de convoquer cet acheteur qui a payé cash pour une acquisition foncière. Pas de réponse non plus. Le leader de l’opposition, plus perfide cette fois, posera la question de savoir comment ça se fait que, dans le cadre de cette enquête, le vendeur a été convoqué, mais par l’acheteur qui a payé en espèces.
C’est au terme de vifs échanges et sur l’insistance de l’opposition travailliste que le Premier ministre finira par admettre que dans  le cadre des deux enquêtes initiées par l’ICAC, il n’a jamais été convoqué par la commission. Nouveau brouhaha avec des invectives fusant de part et d’autre et des membres de la majorité scandant “dehors, dehors” à l’endroit des députés Mohamed et Assirvaden.
On a aussitôt entendu le Speaker dire “walk out from the chamber”, une expression qui a suscité des ricanements dans les rangs de l’opposition. Sooroojdev Phokeer a alors demandé à Shakeel Mohamed de “withdraw from here”. Le député a voulu savoir pourquoi, mais il n’a pas obtenu de réponse, puisque le Speaker a choisi ce même moment pour dire qu’il le sanctionnait avant de suspendre la séance. Lorsqu’il quittait l’hémicycle, Shakeel Mohamed a lancé : “You are a walking contempt, a walking disaster”, ce qui a eu le don de provoquer le Speaker qui, à un moment, s’est arrêté pour répliquer, mais il s’est rappelé à quoi servent ses fonctions et a finalement continué son chemin vers la sortie.  Au retour de la suspension des travaux, le Premier ministre a présenté une motion pour la suspension du député Mohamed pour quatre séances.
C’est d’ailleurs par une longue leçon de pratiques parlementaires au leader de l’opposition que le Speaker a démarré la séance suivant les incidents du mardi précédent. Une fois la motion approuvée par la majorité, le Speaker a apporté une clarification selon laquelle le député Assirvaden n’était suspendu que pour la séance du jour.
La tranche des questions pour le Premier ministre a commencé avec le problème de cybercriminalité posée par Subashnee Luchmun-Roy. Renforcement des délits annoncés et questions supplémentaires de l’auteure et de ses amis de la majorité qui ont obtenu des réponses très détaillées de “leur” Premier ministre. Pas de question supplémentaire, par contre, sur ceux qui peuvent “annoy” le Premier ministre avec leur caricature seulement Pinocchio.  Comme d’habitude, que trois questions considérées avec le plus gros du temps englouti par celles posées ou, arrangées, entre les élus de la majorité.
“Après la mort, la tisane”
C’est l’accident qui a coûté la vie à quatre ressortissants bangladais qui a dominé l’item de questions pour les ministres avec un Alan Ganoo mis à rude épreuve après les révélations de nombreuses failles dans ce dossier et qui a été obligé d’annoncer de nouvelles mesures de sécurité routière. Poussant la députée Arianne Navarre-Marie, généralement calme, à observer “après la mort, la tisane”.Pas moins de trois questions sur ce triste événement, le ministre contraint d’admettre que l’autobus n’était pas détenteur d’une licence pour transporter des employés. Il a également dit que c’est la police qui devra établir le nombre de passagers qui étaient à bord au moment du drame.
Le décès du petit garçon de Midlands, Ayaan, a, par ailleurs, été évoqué par la ministre Kalpana Koonjoo-Shah à l’heure des déclarations ministérielles. Elle a annoncé que des amendements au Children Bill seront introduits pour renforcer les peines prévues pour violence sur les enfants de la part des proches. Place ensuite aux débats sur le Climate Change Bill avec des interventions de Tania Diolle, de Naveena Ramyead, de  Renganaden Padayachy, de Mahen Seeruttun, de Fabrice David, de Joe Lesjongard, d’Ivan Collendavelloo, de Paul Bérenger, du ministre Anwar Husnoo et de Nando Bodha. Les débats ont été interrompus pour l’examen de la motion d’annulation de la contribution sociale généralisée présentée par Arvin Boolell qui a parlé de cette décision d’en finir avec le fonds national de pension comme d’une “malédiction”. Soodesh Callychurn, Reza Uteem, qui a secondé la motion, du Dr Aumeer, Fazila Jeewa-Daureeawoo, Kushal Lobine, Mahen Gungapersad, Aadil Ameer Meea, Renganaden Padayachy sont intervenus sur cette motion.
C’est l’intervention de Reza Uteem qui a été la plus remarquée sur la CSG avec  des arguments allant jusqu’à avancer que le ministre des Finances pourrait être accusé de délits sous la POCA pour avoir édicté des règlements donnant un avantage aux officiers du public dont les ministres eux-mêmes, tandis que le bénéficiaire du salaire minimum devra, lui, payer la CSG.
A l’issue du résumé des débats sur cette motion du leader de l’opposition, elle a été mise au vote et rejetée par la majorité. Il était alors 3h20, mercredi.

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